Place maintenant à nos comptes-rendus de voyages, de « Missions » comme nous les appelons à l·ODS. Le premier relate un voyage de mai 2002 et porte un titre « clin d'Oeil ». Il avait été précédé par une visite à Londres que nous vous avons relatée dans notre précédent numéro. Une visite durant laquelle André Douzet avait découvert la boisson favorite de nos amis anglo-normands. Hélàs, cette fois-ci, il n·y a·······

Philippe Marlin ©

Les photos ont été réalisées par les équipes de l·ODS ©


Dimanche 5 mai 2002 : la limousine de l·ODS quitte dans un feulement rauque la capitale. Direction Carcassonne. A son bord, outre votre serviteur, Rémy l·Ancien Astronaute (AA pour la suite). Un voyage sans histoire. Rémy aura le temps de me parler de ses problèmes avec sa machine à laver avant de plonger dans un sommeil minéral.
La cité d·Alaric est humide et venteuse. Nous y retrouvons André Boudet-Goudonnet (BG pour la suite) pour un premier cassoulet de mise en condition. André, on l·aura compris, est un spécialiste du décryptage de la « Vraie Langue Celtique », travail qui l·a amené à commettre un dictionnaire au demeurant fort bien fait1. Notre première discussion portera tout naturellement sur cette cryptomania dans laquelle baigne toute l·affaire de Rennes-le-Château. Avec toujours cette lancinante interrogation : pourquoi se livrer à de telles acrobaties, alors qu·il existe des modalités plus simples (testament par exemple) ? Et à titre subsidiaire, pourquoi prendre le risque de transmettre au premier venu d·indicibles secrets ?


J'aurai du reste à mon retour une discussion perturbante avec Joseph Altairac ; ces affaires de cryptage sont caractéristiques de tout un courant de la littérature populaire (Verne, Leblanc, Holmes, Poe etc·.). Mais a t·on des exemples d·utilisation de ces techniques dans la vraie vie historique ?
Autre échange sur les travaux de Chaumeil visant à clore la saga du Prieuré de Sion. André défend la thèse selon laquelle les parchemins de Saunière ne sont pas des faux, et plus particulièrement le Petit Parchemin. Une thèse que nous retrouverons ultérieurement au cours de notre voyage.
Contact téléphonique rapide avec l·autre André, Douzet-la-Guinness (DG pour la suite). Il réside à Durban, dans une bergerie coupée du monde par un petit ruisseau que l·on passe à gué. Il craint de ne pas pouvoir nous rejoindre dans les jours qui suivent en raison des pluies torrentielles qui nimbent la région.


Lundi 6 mai 2002 : en route pour Limoux, première étape de notre voyage. Yves Lignon, qui n·arrivera que mercredi, nous a fait préparer une visite de Notre-Dame de Marceille par André Galaup, ancien journaliste.
L·intervention d·André Galaup été enregistrée.

° Moi, j'ai toujours comparé Saunière à un événement qui s'est passé presque un siècle après ici, en 1884. Le toit tombait en ruines et un dimanche, lors de la messe, le recteur a dit « Voilà, nous fermons, parce qu'on ne peut plus assurer la sécurité des fidèles. Y a-t-il des âmes volontaires pour nous aider ? ». Et il a lancé une souscription et des appels aux dons. Dans le Bulletin Paroissial, il avait le souci de dire où en était la situation financière. Et en quatre ans, il a réussi la restauration de l'église. Il a alors dit « C'est fini, arrêtez de donner de l'argent. Nous pouvons maintenant rouvrir la basilique ». Tout ça pour dire que je me demande si Saunière n'a pas fait la même chose, mais en ne disant, contrairement au recteur d'ici, jamais aux fidèles d'arrêter les dons. Il se serait même pris au jeu en demandant toujours davantage, annonçant qu'il allait faire autre chose : maison pour les prêtres âgés, etc. Ce que je dis est peut-être naïf, mais ce n'est pas impossible. Comme on ne peut rien prouver · Mais au cours de ses travaux de restauration, il a peut-être trouvé quelque chose, ou il a peut-être été aidé par des personnes, qui, tout en l'aidant, ont fait passer des choses dans cette église. Ce ne serait pas la première église où des messages sont délivrés aux gens et qu'il faut savoir lire. Il est possible que Giscard, notoriété française de la Franc-Maçonnerie, ait fait passer des messages que seuls des initiés peuvent ou pourront décrypter et qui nous amènerons à trouver un trésor ici ou ailleurs. Je dis que cela est crédible. L'argent qu'il a réussi à avoir en pleurant lui a peut-être permis de découvrir quelque chose ou d'amener là des gens qui auraient eux laissé quelque chose, peut-être plus important que ce qu'on croit. Je crois que l'histoire de Rennes-le-Château est très simple ; tant qu'on n'aura pas les parchemins authentiques, tout n'est que de la spéculation. Mais je ne dis pas qu'il n'y ait rien. J'en ignore toutefois l'importance.


La Vierge Noire de NDdMIl y a autre chose. On dit toujours que Saunière a fait une maison pour les prêtres âgés. Cette histoire a été déformée. Dès le premier coup de pelle, la villa Béthanie est au nom de Marie, puisque les premières factures sont à son nom. J'en ai les preuves. Donc mensonge au départ ; la maison n'était pas pour les prêtres. Ensuite il a dit à Monseigneur Beauséjour :

« Moi, je voulais donner ça, mais vous m'emmerdez, je ne vous le donnerai plus ». Là, c'est la réalité. On a aussi des documents de l'Evêché sur le fait qu'il ait demandé à ce qu'on continue à lui envoyer de l'argent, bien qu'on ait lui dit qu'il ne devait plus le faire.

° Derrière ici se trouve une petite colline du nom de Redhae. C'est Simon de Montfort qui a détruit l'ancien Limoux construit sur la colline Redhae en 1510. Jamais personne n'a étudié cela. Tous les historiens citent Rennes-le-Château, en disant bien qu'on ignore où se trouvait Redhae ·
La pointe de Redhae, là, est attestée depuis Simon de Montfort, et Limoux était construite là-dessus. Le château a été détruit, et Limoux est descendu dans la plaine. On a un lieu qui s'appelle Redhae qui est un point d'interrogation·
Un jour, un ami de Béziers, boulanger à Lamalou-les-Bains, vient me voir et me dit « je crois qu'il y a à Lamalou une vieille église qui s'appelle l'église de Redhae ». Je vais voir cette chapelle dans la forêt : c'est St-Pierre-de-Rédhae. C'est étonnant. L'autel est une pierre centrale avec une table dessus, exactement ce que devait être Rennes lorsque Saunière l'a prise, car l'église, aujourd'hui fermée, est restée en l'état, avec des sarcophages sur les bas-côtés. Y avait-il là-haut un ou deux châteaux ? On est sûr qu'il y en avait un, très vieux : une salle qui remonte aux Wisigoths. C'est la seule partie ancienne qui reste de Rennes-le-Château et du château de Rennes.

° Vous ne pouvez vous imaginer le nombre de signatures et de signes qui figurent dans l'église de Rennes et que vous ne pouvez voir qu'avec l'ordinateur. J'ai trouvé quantité de signatures 'H Cros, 1897', à des endroits bien précis. J'ignore qui il était. La majorité de ces signatures sont autour de St-Antoine-de-Padoue.
Il y a des choses étranges dans la décoration de l'église. Je ne parle pas du Chemin de Croix. L'un des quatre anges ne porte pas du tout le même habit que les autres. Pourquoi ? Le Diable, pourquoi ? Il en existe d'autres ailleurs. Ensuite, le grand panneau du fond : c'est un tableau, très fin, avec quelque chose qui est rapporté dessus. Pourquoi ? Dans les détails, il y a un château avec sept ou huit tours, des fenêtres et des cheminées. Pourquoi ? A droite, aucune maison n'est semblable ·

° Sur la droite de l'autel de ND de Marceille, il y a deux petites chapelles, avec un tableau, magnifique : Le Baptême de Clovis. Je ne sais pas s'il existe beaucoup d'églises où figure Le Baptême de Clovis ·Je ne vois d'ailleurs pas pourquoi ce tableau se trouve ici ·

° Ici, le Seigneur de Rennes a payé à vie ; il est enterré en bas, aux Cordeliers, mais son c·ur est ici. En tant que structure, c'est la chapelle où était la Vierge qui est la plus ancienne : toute petite chapelle. La Vierge est un morceau de bois posé sur un truc tenu avec des ficelles ·
Mais il y a un détail. A l'évidence, c'est une Vierge noire. Or, j'ai fait un recensement des sites connus qui, en France, possèdent une Vierge noire à l'enfant. Partout l'enfant est noir, sauf ici, où il est blanc. De plus, sur le bandeau qui n'existe plus, mais dont on a des photos, figure la phrase de dédicace 'Ne me regarde pas, car je suis devenu brune'.


André Douzet et André En fait ce qui est intéressant est de savoir pourquoi Monseigneur Billard a acheté cette église ·
Si Boudet est lié à l'affaire de Rennes-le-Château, l'intérêt qu'il a eu pour Notre-Dame de Marseille est allé jusqu'à un bouquin qui à mon avis est écrit sur cette dernière et qui a été signé d'un autre curé (l·abbé Lasserre). Lorsqu'on lit le livre, on voit que la première couverture est la même que celle du livre de Boudet et les caractères sont les mêmes.
On se rend compte que notre région, certainement très riche, a été complètement occultée, et volontairement, par les curés, car ils avaient tout en mains pour la faire découvrir et ils ne l'ont pas fait. Ils n'ont laissé que ce qu'ils ont bien voulu laisser. Après Saunière, ils sont partis et maintenant ils reviennent. Et pourquoi ? Ce sont les interrogations qu'il faut se poser.

° Lorsque je suis une fois allé à St-Polycarpe, il y avait des fouilles. On a trouvé des magasins souterrains et qui ne se justifiaient pas dans ce lieu sauf si on avait affaire à un endroit fortifié. Or là il y a quand même tout cet aspect dans l'architecture romane qui montre qu'on avait ici un poste fortifié. J'ai toujours pensé que cet aspect fortifié qu'on retrouve dans l'architecture, sans ésotérisme · là, on se situe sur le simple plan architectural · est celui de l'Ordre du Temple, avec son système traditionnel pour défendre un escalier. L'Ordre était d'ailleurs propriétaire d'un bon nombre de lots situés derrière l'église. Tout cela a ensuite été tripatouillé et remis à la Commanderie de l'Aude.

° Le puits, dans l'église de ND de Marceille, est également intéressant. Il a été nettoyé dans les années 50. Il était là, à gauche. Il n'y est plus. Ne reste que l'emplacement ·J'ai toujours pensé que ce puits était un drain, qui permettait par gros temps de pluie, de pouvoir réutiliser le passage souterrain sans problème. Deux détails m'autorisent à dire qu'il y avait là-dessous un grand souterrain d'évacuation ou au moins des bâtiments souterrains : les écrits disent qu'on a déplacé des tombeaux à partir de caveaux et d'une crypte. On a ensuite comblé la crypte. Le deuxième récit sur lequel on peut s'appuyer en toute confiance date de la Révolution. Lorsque fut saisie Notre-Dame de Limoux, tout ce qui pouvait être fondu a été pris. Restait la Vierge noire. Les révolutionnaires décident de la brûler. Ils mettent donc des piquets de garde et s'aperçoivent, un beau matin, que manquent des calices. Le lendemain, d'autres disparaissent et les responsables renforcent les gardes. Mais les disparitions continuent. Et le troisième soir, entendant du bruit dans l'église qui est vide, ils accourent pour constater la disparition de la Vierge noire et voient partir dans le champ en contrebas une femme après laquelle ils courent. En face des hommes attendent, de pied ferme : on avait monté un commando pour sauver la Vierge. La femme avait donc pu rentrer plus bas alors que toutes les issues étaient gardées.
Par ailleurs, à deux reprises, des paysans qui travaillaient avec des socles à déraciner, ont vu ces derniers tomber. Il a fallu faire un autre tracteur avec des câbles. Il y a donc bel et bien des boyaux qui descendent.

° Dernièrement, j'étais ici avec le chef des Lazaristes. Nous sommes passés par un petit couloir et il me dit ; « Regardez là où nous sommes. Dessous ça tient tout juste ». Et il m'explique qu'il a failli tomber, il y a environ deux mois, par un petit bout de plancher. Avec une lampe, il a exploré et m'a certifié qu'il y avait des piliers et qu'il devait y avoir là une chapelle enterrée.
· Mais où a-t-il découvert ce trou ?
· Dans ses appartements, derrière la cloison du fond.

° Jos (Berthaulet), je l'ai connu parce que d'abord, il parlait bien le français. Il avait monté un scénario énorme. Son second bouquin était celui du journaliste qui lui posait des questions. C'est-à-dire qu'il me donnait des questions dont il faisait les réponses. Et il voulait que ce soit moi qui arrange tout ça à la façon du journaliste. Puis il est mort alors que j'étais descendu chez mes enfants. Ce qui fait que j'ai tous les documents ·
· Mais ce sont des documents sur quoi ?
· C'est le bouquin entier sur son affaire, celle de Rennes-le-Château. Le bouquin était pratiquement fini, il y avait toutes les photos d'en bas, car lui y était rentré je ne sais combien de fois. Il aurait pu y rester là-dedans, c'était dangereux. Mais je me garderai bien de donner cet ouvrage. Je ne m'en séparerai jamais. · Cela m'avait choqué car il avait fait de magnifiques photos. Quand on voit ces plaques de marbre rouge et blanc · Il y a des choses très bizarres ici.
· La végétation a tout envahi. Il y a forcément des bâtiments, importants ; de l'autre côté, quand il y a eu un recensement sur ordre de la Préfecture, pour, je crois, les eaux, ont été retrouvés des morceaux de construction, identiques. Moi, j'ai toujours pensé qu'il pouvait y avoir une communication entre les deux. Ce n'est pas compliqué de passer sous une rivière.
· Quand on considère la grandeur des pièces, on se demande pourquoi cela a été édifié ·Mais il faut y aller, à quatre pattes, pour entrer : ce n'est pas facile.
· Jos m'avait emmené une fois avec lui. J'ai eu peur tout le temps. Si l'on veut aller jusqu'à la dernière salle ·

° Jos Berthaulet a fait une étude très poussée sur Notre-Dame de Marceille · Quelqu'un m'a appelé un jour pour me demander si je pouvais lui donner des renseignement sur l'ancien monastère qui faisait partie de Notre-Dame de Marceille. Devant mon air dubitatif, l'homme m'a certifié qu'un tel monastère avait existé. J'ai depuis essayé de me renseigner, sans succès à ce jour

° Si vous avez bien lu Boudet, il y a un mot qui revient souvent. C'est celui d'une colline, la Mataline. Moi, je suis né dans une maison, à St-André, à côté de la première cure de Boudet, au pied de la Mataline. J'ai un enregistrement d'une de mes grand-mères, décédée à quatre-vingt-dix-neuf ans, qui a très bien connu Boudet, puisque lorsqu'elle avait neuf ans, elle a été soignée à Rennes-les-Bains. Mon arrière-grand-mère avait donc emmené sa fille voir Boudet, qui était plus ou moins guérisseur, au presbytère de Rennes-les-Bains. Et elle me le décrit comme elle l'a vu, de petite taille. Et elle dit « il me donnait toujours du chocolat d'Annecy et des pilules, comme des grains de Vals, qu'il faisait venir, qui s'appelaient 'Mill-Piles' ».

° Au sujet du tombeau du mystérieux Vison à ND de Marceille :
Il n'y a nulle part à Carcassonne, ni à Limoux, de trace de cette personne. Apparemment, Mr Vison n'existe pas ni pour les gendarmes, ni pour l'état-civil, ni pour l'hôpital.· C'est extraordinaire.


André DG qui a finalement pu franchir le gué nous rejoint, avec son fidèle ami René. Le temps est trop humide pour aller voir l·entrée de la grotte sous NDdM. Nous nous contenterons d·une promenade sur la « voie sacrée », à la découverte de la fontaine miraculeuse et de la tombe du fameux Vison qui n·existe pas··.

Les équipes aux Pommes Bleues

Départ pour la colline envoûtée, avec une première étape aux « Pommes Bleues », histoire de reconstituer nos forces. Nous dégustons un confit d·oie particulièrement croustillant, pendant qu·André DG nous délivre son premier cours de douzetologie (cercle des néophytes, premier degré). Il y est question de sujets périphériques comme le Mont Pilat, Sainte Croix en Jarez et Arginy··.. La présence discrète de notre bon Bérenger dans les faubourgs lyonnais est également évoquée, à voix basse··· Il est vrai que le patron de ce fameux restaurant (du reste en vente) rôde bizarrement autour de notre table. André BG sauve la situation en créant une diversion attendue : armagnac pour tout le monde···.
Puis c·est la visite du site ; le domaine de l·abbé Saunière est désert en ce début d·après-midi. Fort des tuyaux d·Antoine Galaup, nous tentons de percer de nouveaux mystères dans l·église, et notamment celui du petit château qui figure sur la grande fresque du fond. La lumière est faible, et je ne sais pas si les clichés que nous avons pris se prêteront facilement à un traitement sur ordinateur. J·ai hâte de découvrir l·invraisemblable citadelle invisible à l··il nu·· Je m·éloigne discrètement du groupe, le temps d·allumer une petite bougie rouge pour rentrer en contact cosmique avec Stella Maris qui n·a hélas pas pu participer à notre expédition. Je ne fais que de suivre ses instructions et apprendrai par la suite que l·expérience a été couronnée de succès.
Petit tour dans le cimetière. L·état de la tombe du curé aux milliards fait peine à voir·· Ainsi du reste que celle de sa bonne Marie. Puisque ceux qui touchent les recettes des visites, et de façon plus générale qui profitent de la manne touristique, ne font rien, l·ODS va prendre une initiative : créer une association pour la rénovation de la tombe de Bérenger Saunière.
Dernière escale à l·Atelier Empreinte, le temps de faire provision sous l··il complice de Sonia de quelques raretés. Rémy l·AA achètera ainsi, discrètement, les deux cassettes de Jimmy Guieu sur RLC. Un véritable monument de saunièrologie.

La journée se terminera sur le thème des portes closes : l·église de Rennes-les-Bains est fermée ; la cathédrale de Limoux est fermée. Nous nous réfugions dans l·un des rares restaurant de la Cité de Carcassonne pour déguster notre cassoulet quotidien.


Mardi 7 mai 2002 : malgré une panne de réveil qui immobilisera (provisoirement) notre Ancien Astronaute, les équipes finiront par se rejoindre à la cathédrale de Limoux, cette fois ouverte·· Le temps d·admirer ces étranges vitraux en forme de pentacle de Salomon que nous retrouvons du reste à Alet les Bains. Puis direction Arques où l·église nous offrira elle aussi porte close·. Le personnel de la mairie nous expliquera que sur les deux agents détenant le fameux passe, l·un est en congé (avec la clef ?), l·autre a disparu (avec la clef ?). Il y a manifestement de la conspiration là dessous··.
Tant pis pour le Jésus à la petite poire ou pour le tableau du Christ juif. Nous nous contenterons des descriptions données par André Douzet dans son dossier RLC no 2 © :

L·étrange Christ Juif·Arrêtons-nous d·abord au décor du fond bleuté de l·abside en ogive. Derrière, et de part et d·autre du maître-autel, se trouvent deux statues sur des consoles lourdement décorées. D·un style assez banal elles représentent, à droite l·ancien patron de l·église d·Arques : St Jean le Baptiste, et à gauche la nouvelle patronne du lieu : Ste Anne avec l·enfant Jésus debout à sa droite. Les deux personnages encadrent un Christ d·une taille impressionnante peint à même l·enduit intérieur de la travée d·ogive centrale. Il s·agit d·un Christ crucifié, mort. En effet sur son flanc droit le coup de lance a été porté, du sang s·écoule de la plaie. Les clous sont représentés plantés dans les paumes des mains, la droite s·est refermée sur elle-même, et la gauche (pour le sujet) est largement ouverte. La tête auréolée penche sur l·épaule gauche, les yeux sont encore ouverts mais sans vie, et du sang est tombé de la couronne d·épines. Notons que l·auréole se trouve entre le bois de la croix et l·écriteau ·INRI· cloué sur la partie haute de la poutre verticale. Les jambes, dont la droite recouvre la gauche, ne semblent pas illustrer l·affaissement de l·ensemble du corps qui est représenté, notons le bien avec une tenue ferme et droite. Les pieds sont cloués selon la tradition, l·un sur l·autre avec un seul clou, et du sang s·en écoule. L·assemblage des bois de la croix n·est pas représenté planté en terre mais stabilisé dans le vide et sans personnage ni décor annexe. Le socle supportant les pieds du supplicié porte une inscription :·Ernest Bott Frabo 1941·.
Etrange peinture en vérité méritant un petit rappel tragique de notre Histoire aux époques tragiques de la dernière guerre mondiale. Les Juifs sont pourchassés partout où l·autorité des Nazis est instaurée, et ceux qui le peuvent tentent d·échapper à cette répression se terminant généralement par la destruction massive de ces malheureux. Certains sont hébergés ici et là par quelques âmes aussi charitables· que courageuses. Ce fut le cas à Arques. Un couple de Juifs trouve refuge chez une personne de la commune qui semble s·occuper de l·entretien de l·église. C·est en remerciement pour cette action que cette peinture fut faite· Le couple disparaîtra assez curieusement une fois ce témoignage réalisé. Cette disparition peut s·expliquer par le fait que Rennes-les-Bains· a servi de camp transitoire de ·parcage· (il ne peut hélas y avoir d·autre mot !) des victimes de la ségrégation juive· et que lors d·un ·départ· pour les camps d·extermination le couple d·Arques s·est fait ·rafler· à cette occasion. C·est un moment honteux de notre Histoire mais il semble prendre sa place dans ce chapitre, ne serait ce qu·au simple titre du devoir de mémoire !
L·auteur de cette peinture a laissé son nom sur le petit socle où reposent les pieds du Christ : Ernest Bott, de la ville de Fribourg (Frabo). Il s·agissait d·une personne ayant une excellente culture et des pôles d·intérêts se situant dans les domaines universitaires, archéologiques, religieux, traditionnels· et hermétiques concernant essentiellement sa ville (Fribourg) et le cycle médiéval dans le sud de la France. Nous ne saurons sans doute jamais si cet intérêt se portait aussi sur le fait que Fribourg fut ·acheté· en 1358 par les familles de Habsbourg et les rapports de cette famille avec différents aspects historiques...
Ernest Bott disparut sans laisser de traces et nul, à Arques n·en saura plus sur cet épisode aussi insolite qu·affligeant de notre Histoire. La mémoire de cette personne nous interdira d·en ajouter davantage.
Mais, pour revenir à cette représentation du Christ en croix, il faut tout de même apporter une ou deux remarques. La tradition juive n·est pas portée à illustrer la mise en croix de Jésus· elle y serait même assez hostile. On peut alors se demander si la reconnaissance était suffisante pour que ces deux personnes passent outre leurs dogmes ou· s·ils avaient d·autres raisons les autorisant vivement à réaliser cette représentation. De plus ce Christ est bien représenté ·isolé· de la terre, sans aucun décor autour de sa croix, et sans le moindre personnage habituellement représenté au pied de la dite croix· SEUL le Christ ·mort·· avec les yeux ouverts, semble justifier cette peinture au demeurant émouvante. Est-il possible, en ce cas, d·affirmer que, toute autre remarque exclue, SEUL le Christ en croix semblait digne d·être représenté dans l·église d·Arques ?
Si nous voulions extrapoler nous pourrions, de ce constat, tirer quelques remarques amusantes :
Un Christ mort certes· mais sans les apparences cadavériques des effets de la mort, donc un corps non effondré et les yeux ouverts·
Une croix (pièce de charpente) qui n·est pas fichée en terre, complètement suspendue dans l·espace ou le vide. On pourrait dire : non rattachée à la terre de la Passion· ni à un lieu identifiable présentement·
Pas de paysage non plus alors qu·élément habituel de cette scène, ni rien de céleste lié à la tradition en Palestine·
Aucun personnage masculin, féminin, ou angélique·
Avec une audace insolente nous pouvons sous-entendre que ce Christ signifie n·avoir rien en commun avec la terre de Palestine au moment de sa mort· Mais, ici, rien ne nous autorise vraiment tangiblement à des affirmations d·une telle hérésie.

Etude insolite d·une sainte famille.

Ce tableau s·inscrit dans un carré parfait. Nous y trouvons la Sainte Famille réunie ; A droite, debout, le plus haut des personnages, Saint-Joseph (puisque auréolé) de ses deux mains appuyé sur une sorte de bâton ou canne. Au centre la Vierge Marie, assise, (auréolée) tient sur sa jambe droite, donc plus bas qu·elle, l·enfant Jésus (auréolé). Enfin à gauche un quatrième personnage à peine plus bas que la Vierge Marie. Il s·agit d·une très vieille femme (auréolée) agenouillée, regardant intensément l·enfant Jésus en lui tendant un fruit insolite.

En arrière plan trois grandes zones de couleurs différentes délimitent le volume peint.
N.B. arbitrairement nous donnerons nos remarques en convenant de la gauche et de la droite du lecteur et non de celles des personnages.



-1 A droite derrière Joseph, on distingue le fond d·un paysage crépusculaire illuminé faiblement à sa base d·un rougeoiement diffus. Un arbre avec des grappes de feuilles ferme le volume à droite contre le cadre. En observant attentivement le tronc de cet arbre est aperçu comme le déroulement d·un serpent enlaçant l·arbre en un seul tour. Une sorte de poutre verticale, peut-être un montant de porte, délimite l·extérieur, donc Joseph, avec l·intérieur d·une construction. C·est le passage à la seconde couleur.

-2 Ici la couleur est celle d·un enduit grisâtre dans lequel s·inscrivent la Vierge Marie et l·enfant Jésus. Au-dessus de marie dans un ovale luminescent se trouve un grand oiseau survolant la scène les ailes largement déployées. Il s·agit à l·évidence du Saint-Esprit sous la forme d·une colombe· démesurée. La fin gauche de l·ovale luminescent correspond avec le changement de couleur et la transition vers la troisième zone. Il en est de même avec la tête de l·enfant dont l·extrémité gauche déborde à peine sur la zone sombre· Cependant nous voyons que le bras gauche (pour nous) de l·enfant se tend vers le quatrième personnage assurant la transition avec cette troisième et dernière zone.

-3 Cette partie gauche du tableau est d·une teinte quasiment noire. Agenouillée, la vieille femme tend un fruit à l·enfant Jésus. La transition est ainsi terminée. Le quatrième personnage est bien axé dans sa surface sombre mais aussi bien mis en évidence par un jeu d·ombres et de couleurs judicieusement disposées.


Nous nous rabattons sur le musée Déodat Roché, antre bien connu du catharisme·.. Un endroit décevant, prétexte pour loger une librairie à vocation touristique. Mais je ne manquerai pas de relever, dans ce qui tient lieu d·exposition sur l·histoire des Parfaits, un véritable scoop (du moins pour ce qui me concerne). La légende de Montségur est du pipo et les débunkers ont remis les choses à leur juste place : c·est dans un petit village fait de maisons en bois que les derniers cathares ont vaillamment résistés, et non dans la fameuse forteresse qui aurait été construite après. Tout fout le camp··.
La pluie nous rafraîchit le museau alors que nous croisons devant les caillasses qui remplacent maintenant le tombeau des Pontils. Nouvelle porte close à l·église de Serres où nous ne pourrons voir le Christ gémellaire dont Piscillien nous a parlé sur Serpent_Rouge.

Retrouvailles pour déjeuner à l·Hostellerie de Rennes-les-Bains avec Fabrice Bardeau, notre ami alchimiste. Fabrice, grâce à ses huiles essentielles, rajeunit d·un an·. tous les ans. Sa naissance est programmée dans·. soixante-huit ans. Il a pourtant hâte de cesser ses activités commerciales pour se consacrer à temps complet au Grand oeuvre.

Le Bugarach est plongé dans la brume et la base de soucoupes volantes chère à Rémy l·AA restera de l·ordre de l·inaccessible. Nous avons du reste en tête la mystérieuse disparition de Betteix dont André DG nous entretenait hier soir. Disparition lors d·une expédition menée dans une caverne sous la montagne ; la gendarmerie, alertée par son épouse, retrouvera un cadavre·. desséché. L·entrée de ce souterrain a été murée par les autorités avec une toupie en béton. André DG2 nous donne les précisions suivantes :

Monsieur Bettex, important fonctionnaire de nationalité Suisse avait acquit:

1: la certitude de l'existence d'éléments souterrains sous la montagne de Bugarach.

2: une propriété depuis laquelle il remettait à jour une cavité profonde et très importante...

Ensuite je précise aussi qu'il fit partie d'un autre mouvement nettement plus curieux que celui d'une Rose-Croix quelconque. Mais le tout est de trouver lequel, et où chercher... Il exploita cette cavité durant tous ses congés de plusieurs années et une année estima être à la veille de découvrir un éléments qu'il considérait d'avance comme une découverte majeure. Son épouse avait pour consigne de ne jamais s'aventurer seule (comme lui) dans ce boyau retrouvé et qu'au cas où il n'en remonterait pas elle devrait immédiatement appeler les Pompiers sans tenter d'y descendre. La 'tuile' est arrivée et Monsieur Bettex n'est pas remonté. Son épouse obéit aux consignes et appelle les pompiers (et non la Gendarmerie Nationale) qui descendent avec les précautions relatives à des ennuis de gaz souterrains... et découvrent le personnage au fond de sa galerie et inanimé. Il sera dégagé et on pensera à un coup de fatigue doublé du manque d'oxygène... mais il ne reprit jamais connaissance et les services hospitaliers restèrent impuissants à le ranimer... de plus il semble se déshydrater à une vitesse telle qu'aucun traitement de l'époque ne parviendra à enrayer le phénomène... et il serait décédé en état de déshydratation grave... Dans les semaines qui suivent, le lieu est interdit (même à la vente) et l'orifice sera comblé par les soins et les ordres de sécurités convenables...

Mais un autre détail sera remarquable : Monsieur Bettex commande à un architecte local cette même année le relevé à l'échelle 1/1 des gravures du château de Bugarach. Le travail achevé cet architecte appelle pour envoyer le plan. Il apprend le décès de son client et aussi apprend que son épouse ne veut plus jamais entendre prononcer le nom de Bugarach (et on comprend cette dame ! ) et qu'elle ne veut surtout pas ce plan... L'architecte ayant été réglé de son travail... et ne sachant que faire de ce relevé, le donne à une proche personne de Déodat Roché... ainsi que des photographies et des gravures, mais surtout aussi des clichés du souterrain et des travaux 'sous-bugarachiens' de son client qui lui en avait aussi demandé un état des lieux !!!! Et c'est votre serviteur qui, connaissant bien la personne proche de Déodat Roché, récupéra l'ensemble du dossier 'relevé des gravures, état des lieux des fouilles et clichés photos de l'ensemble des deux + des fac-similé d'autres 'détails' sur la montagne et le village de Bugarach.... Alors si quelqu'un , comme à l'habitude, crie "des preuves, des preuves"... je lui demande patienter un peu... un dossier complet (avec le plan échelle 1/1) sera bientôt disponible avec des éléments documentaire du 18e S. sur des constructions aujourd'hui quasiment disparues sur les flancs de cette montagne rodigieuse... Encore un détail ; on trouve une petite partie de cette gravure dans plusieurs livres, je crois... mais jamais dans sa totalité et à une telle petite échelle que les détails intéressants n'apparaissent pratiquement pas lisibles....

Laissons également parler Pierre Jarnac © qui écrivait dans « Trésor de l·Histoire » de Novembre 1997 sur cette étrange affaire :

Situé à l'extrême sud des Corbières dans l'Aude, sur la frontière du Roussillon, Bugarach est une montagne dont le pech (la pointe extrême) culmine à1231 mètres d'altitude. Jadis, le cartographe Cassini de Thury a pu tracer la ligne du méridien de Paris en passant très exactement dessus. L'étymologie de son nom est controversée. Il viendrait des lutins Bugh et Arach qui auraient demandé à Jupiter d'élever cette montagne pour protéger la plaine du Roussillon et le plateau des Corbières des colères malfaisantes du vent Cers. On dit aussi que Bugarach serait un mot dérivant de l'hébreu et signifiant "lieu maudit".Je n'en savais pas davantage avant que M. André Douzet, chercheur et auteur de plusieurs ouvrages sur le symbolisme fantastique,attira mon attention sur les curieuses recherches dont cette montagne était l'objet depuis une trentaine d'années.
Particulièrement celle d'un certain Daniel Bettex, ancien responsable des services de sécurité de l'aéroport de Genève. Archéologue à ses heures, il était aussi membre de l'ordre rosicrucien AMORC. Or, ses fonctions à Genève lui avait permis de rencontrer le célèbre général Moshe Dayan entre autres personnalités en renom. Notre homme lui parla à plusieurs reprises de ses recherches à Bugarach, notamment de sa détermination d'y retrouver l'Arche d'Alliance! Le général Dayan le prenant très au sérieux, l'aurait alors mis en garde : "Surtout, M. Bettex, si vous trouvez quelque chose, ne touchez à rien et prévenez-nous!"
Sans arrière pensée revendicatrice, cela signifiait que ce monument sacré ne devait pas être manié n'importe comment.
Toujours est-il qu'au cours d'une de ses fouilles, alors qu'il s'était engagé tout seul dans une cavité, laissant sa femme l'attendre à l'extérieur, il périt sous un éboulement.
Lorsque les secours vinrent le dégager, il était déjà mort. Cela se passait en septembre 1988.
Parmi les indices qui l'avait mis sur la piste du trésor, il y avait les graffitis de la tour du château de Bugarach. Tout au moins, il leur avait accordé toute son attention. Au point d'en faire exécuter le relevé par un spécialiste, M. Jean-Pierre Sarret, en 1967.
Du château de Bugarach, dont les parties les plus anciennes remontent au XIII, siècle, il n'en reste plus qu'une tour carrée, fort délabrée, et quelques pans de fortifications. Construit à l'extrémité du village, il est aujourd'hui utilisé comme bâtiment agricole.
Effectivement, on peut voir à gauche de la porte de la tour, sur deux pierres d'angle, un ensemble de graffiti d'inspiration nettement chrétienne. On y reconnaît des étoiles symbolisant la Nativité et des croix figurant la Passion. L'une des croix, juchée sur un mont, n'est pas sans rappeler la scène du Golgotha. Enfin, des branches entrecroisées suggèrent le dogme de La Trinité.
Ces curieux graffiti avaient déjà été observés peu de temps avant par Mme Marie-Louise Durand, qui en fit état, le 15 octobre 1967, au cours d'une séance de la société d'études scientifiques de l'Aude. Elle fit remarquer à cette occasion que les inscriptions n'étaient pas sans rappeler celles relevées à Pieusse, par René Nelli, dans l'ancienne résidence des évêques de Narbonne. Ce qui permettait de penser qu'elles avaient été gravées au XV siècle.

En 1979, ces graffiti furent à nouveau examinés, cette fois par René Quehen et Dominique Dieltiens. C'est à eux que revient le mérite d'avoir attiré l'attention sur les inscriptions de la chapelle de Quintanilla de las Vinas, dans la province de Burgos en Espagne, en de nombreux points semblables à celles de Bugarach.
Qu'en est-il exactement de l'existence éventuelle de l'Arche d'Alliance à Bugarach? Sur quoi Daniel Bettex fondait-il son hypothèse ? Qui le sait? Il est vrai que visuellement la montagne de Bugarach n'est pas sans rappeler le Sinaï où Moïse reçut les Tables de la Loi.


Une fois n·est pas coutume, l·église du village est ouverte. Une bonne occasion pour admirer les vitraux qui représentent des personnages·. sans visage··. Etrange ce patelin, d·autant plus qu·André DG nous expliquait également que l·école du village du Bugarach est celle qui, d·après les statistiques de l·Education Nationale, compte le plus de suicides parmi ses enseignants.

19 heures : nous nous retrouvons à l·hôtel Donjon dans la Cité de Carcassonne pour participer à la « party » de la Saunière Society. Un club très british dont le président n·est autre qu·Henry Lincoln. Et malgré la maladie et la perte récente de son épouse, le co-auteur de l·Enigme Sacrée est parmi nous. Nos amis anglais viennent d·arriver par un vol Londres/Toulouse et nous allons nous restaurer de concert autour d·un gigantesque·. cassoulet. André DG exhibe de rares documents de son sac à dos-bibliothèque, et notamment le fameux rapport Pumaz. Il nous présente également son étonnante montre à remonter le temps sur laquelle nous reviendrons ultérieurement. Mais je suis la conversation d·une oreille distraite, succombant au charme de Jennifer, l·anglaise de RLC qui servira d·interprète à nos collègues d·outre-channel.
Repli dans un salon aux chaudes boiseries pour la fin de la soirée : la présentation par André DG de sa maquette et des divers objets qu·il a retrouvé dans la région d·Opoul Périllos. Nous reprendrons cette présentation dans la suite de notre reportage, puisque nous auront droit le vendredi à un exposé beaucoup plus détaillé. Disons pour l·instant que la présentation d·André est très pro, basée sur les faits, sans commentaires mystagogiques. Henry Lincoln n·en perd pas une miette, et maîtrisant parfaitement le français, il n·hésite pas à corriger notre charmante traductrice sur l·un ou l·autre point de détail.
Les flashes crépitent et les questions fusent. Parfois déconcertantes comme : « mais si vous avez trouvé le Tombeau du Christ, cela a dû avoir un impact sur votre foi ? »···..

Nous nous quittons sous une pluie battante.


Henry Lincoln et André Mercredi 8 mai 2002 : nous retrouvons l·équipe Lignon à la gare de Carcassonne, et en route pour Narbonne par le circuit cathare. Notre bel enthousiasme sera cependant quelque peu tempéré par le déluge qui continue de noyer la région. Trèbes, Lagrasse, Durfort, Termes défilent sous la pluie, alors que le château de Peyrepertuse s·évanouit dans les nuages. Nous nous réfugions dans une auberge de Cucugnan afin de nous sécher autour d·un civet de sanglier délicieusement mariné. Yves nous parle avec émotion du club cycliste de Limoux avec lequel il a fait ses premières armes sur les pentes escarpées de la saunièrologie. Il nous décrit également avec passion les travaux de la Quincaillerie Toulousaine (association holmesienne) dont il est le président et qui vient de sortir sa première revue.
Nous nous installons ensuite au théâtre Achille Mir, afin de digérer paisiblement en écoutant « le Sermon du Curé de Cucugnan ».

Cucugnan serait resté un village oublié si Alphonse DAUDET n·avait fait de son curé le héros d·un des contes des « Lettres de mon Moulin ». Il nous faut donner quelques explications. En 1858, l·abbé RUFFIE était curé de Cucugnan et officiait dans la petite église romane aujourd·hui démolie. Il a laissé le souvenir d·un brave homme et d·un curé très dévoué. Il avait noté un affaiblissement notoire dans la foi de ses ouailles qui se traduisait par leur absence aux offices.
Fallait-il en chercher la cause dans un esprit de contestation ou dans l·état de son église ? Le brave curé décida donc de jeter tous ses forces dans la balance en rédigeant son célèbre sermon. Le résultat ne se fit pas attendre et l·église se remplit à nouveau à chaque cérémonie. Le village devint un modèle de vertu religieuse. Les choses en serait restées là si un voyageur en visite fût surpris de constater la foi de ce petit village. Il en trouva la raison dans le sermon du curé. Il se nommait BLANCHOT DE BRENAS, il le traduisit en français, en rajouta peut-être un peu et le fit paraître. Il attira l·attention de ROUMANILLE qui le traduisit en prose provençale. Alphonse DAUDET y trouva matière à chef-d··uvre.
En 1884, un félibre Carcassonnais, Achille MIR eût l·excellente idée de ramener le « curé » dans son cadre originel des Corbières et pour cela le traduisit en occitan. Tous ces « Curés de Cucugnan » furent l·objet de moultes controverses et d·accusations de plagiat. Notre brave curé RUFFIE en perdit d·ailleurs son nom dans l·affaire. Il devint l·abbé MARTI et même MARTIN. Les Cucugnanais savent bien qu·il s·agit du même curé et sont sûrs que son âme est au paradis.
Aujourd·hui, les rues de Cucugnan honorent les mémoires d·Achille MIR, d·Alphonse DAUDET et de l·abbé MARTIN. Grâce à Achille MIR et à Alphonse DAUDET, au disque avec FERNANDEL et au film avec Fernand SARDOU, Cucugnan a acquis sa renommée. On le connaît jusqu·en Belgique· (Ce n·est pas une histoire belge). Beaucoup de touristes demandent souvent : « C·est bien ici, le Cucugnan dont parle DAUDET ? ». Mais oui· le bottin des communes vous le confirmera !3

Reprise du périple ; Quéribus, à l·instar de Peyrepertuse, est invisible sous la brume. Tuchan, Aguilar, Padern, Villeneuve-les-Corbières et Durban défilent ; les caves coopératives sont fermées, le 8 mai est une date sacrée pour nos amis viticulteurs, et tant pis pour les touristes en mal d·approvisionnement ! Petite escale à l·abbaye de Fontfroide et arrivée à Narbonne.
Nous terminons la journée dans un restaurant Courte-Paille, autour d·une bouteille de vin des Corbières qui fort à propos s·appelle « Lignon ». André BG essaye de nous faire part de ses recherches sur « La Vraie Langue Celtique » mais se heurtera à un débunkage offensif d·Yves Asmodée. Il aura quand même le temps de nous glisser : « j·ai un scoop, mais je ne peux en dire plus·.. »


Jeudi 9 mai 2002 : le soleil brille impertinemment par la fenêtre de l·hôtel Ibis de Narbonne ; mais il a plu toute la nuit, et André DG que nous devons rejoindre à Durban est pour le moins alarmiste quant à l·état de sa rivière/frontière infranchissable.
Nous commençons la journée par un jeu de piste endiablé autour de l·église de Durban, où nous devons retrouver Pierre Jarnac·· Comme nous tournons manifestement dans le même sens, cela prendra un peu de temps·. Puis direction la Bergerie d·André DG, où nous arrivons en même temps que les pompiers chargés d·évaluer l·état du gué. Le verdict tombe : infranchissable, même en 4*4·.. André descend de sa colline muni d·une paire de cuissardes, et sous les flashs crépitants de nos appareils photo, brave les flots tumultueux··. L·équipe est au complet et nous pouvons nous diriger sur Villeneuve afin de nous restaurer.

Deux thèmes :

Le premier a été lancé par Yves Lignon, pour les besoins d·un livre en cours d·écriture, il y a quelques mois, sur le forum Serpent_Rouge4 ; il se résume simplement : qu·en est-il de la supposée visite d·un membre de la famille des Habsburg à Bérenger Saunière ? La question s·adresse tout naturellement à Pierre.

Qui donc pouvait-être celui que les villageois de Rennes appelaient l'"étranger" ou qui encore, si la mémoire des témoins est bonne, se faisait nommer Monsieur Guillaume ? Et quand a-t-il rendu visite à Bérenger Saunière ?
Commençons par la date du passage. Pierre Jarnac déclare avoir retrouvé un rapport, on ne peut plus administratif, le situant entre novembre 1889 et février 1890. Les gendarmes de Couiza ayant appris (c'est leur métier) la présence qu'ils jugeaient surprenante (on les comprend) d'un touriste à accent étaient venus lui poser quelques questions (c'est
encore leur métier). L'homme répondit aimablement que s'étant trompé de chemin (comment peut-on confondre "filer tout droit sur la grand'route" avec "tourner brusquement pour emprunter une voie secondaire" ?) il en avait profité pour faire la connaissance du curé du coin. Après quoi il tint aux représentants de l'ordre un petit discours sur le triste avenir de
la dynastie des Habsbourg et de l'empire d'Autriche-Hongrie que cette famille dirigeait depuis 1438.
Le voyageur égaré a-t-il décliné son identité ou une identité ? Pierre Jarnac semble tenir pour acquis qu'il a dit la vérité en déclarant être l'archiduc Jean Salvator de Habsbourg courant le monde après avoir rompu avec sa famille. Aïe. Il faudrait en effet avoir la certitude que
l'étranger n'a pas menti s'il s'est bien présenté sous ce nom. Et Jarnac reste dans le vague en se contentant de mentionner l'existence de procès-verbaux du Deuxième Bureau aux côtés des rapports de gendarmerie (17) sans nous fournir le moindre extrait des uns ou des autres. Pour sa part J.J. Bedu n'hésite pas à contester tout cela en écrivant, mais sans fournir de preuves lui non plus, que "le rapport de police a été établi après la mort du prêtre et non au moment des faits". Quant à Gérard de Sède (qui sans doute était là aussi le premier), il baptise l'archiduc Jean Stéphane. A ces éléments s'ajoutent diverses lettres écrites à partir de 1975 (notamment celle adressée le 23 janvier 1983 à Paul Smith, un chercheur britannique) par l'archiduc Otto de Habsbourg, alors chef de la famille,
sur un ton très ferme : "Aussi loin que je remonte, je ne trouve pas trace d'un lien entre ma famille et l'abbé Bérenger Saunière".(18)

Jarnac, Douzet & Lignon

Il résulte donc de tout ceci que, jusqu'à plus ample informé, la preuve effective du passage d'un archiduc à Rennes-le-Château manque. Si jamais un jour on nous la donne, nous consacrerons quelques soirées d'hiver à la recherche de son véritable prénom.
Reste le surnom. Il me semble que l'usage d'un mot au sens assez flou permet de supposer que nous n'avons pas affaire à un voyageur originaire de l'Europe du Sud qu'on aurait probablement qualifié d'"espagnol" ou d'"italien". Excluons la Grande-Bretagne et les pays
scandinaves car rien ne nous oriente dans ces directions. Reste l'Europe Centrale. Va pour l'"autrichien". C'est une possibilité raisonnable, celle retenue par Descadeillas en tenant compte du fait que le comte et la comtesse de Chambord vivaient en Autriche, à Froshdorf, et que Bérenger Saunière avait été en rapport avec cette dernière. Après avoir précisé que la comtesse de Chambord était aussi archiduchesse d'Autriche-Este, confirmé qu'elle avait (peu avant son décès) aidé financièrement le curé de Rennes-le-Château et que la Cour impériale
de Vienne pouvait bien être qualifiée de "plus catholique d'Europe", René Descadeillas juge plausible la poursuite des versements. Nous pouvons lui accorder cet axiome et par conséquent : "Paraît-il extraordinaire que quelque aristocrate autrichien, peut-être quelque attaché d'ambassade soit venu jusqu'à Rennes voir comment on employait l'argent donné ?"
(R.Descadeillas). Nous tenons là une hypothèse acceptable et tant qu'elle ne sera pas falsifiée il ne sera pas possible d'en envisager d'autres.(19) Dernier point : ce "contrôleur des générosités autrichiennes" aurait-il pu être Jean Salvator ? Non, très fermement. Sans rentrer dans les détails, ici inutiles, il faut savoir que les historiens ont clairement identifié les motifs de la rupture entre cet archiduc, sa famille et son pays. Ces raisons sont telles qu'elles s'opposent irrévocablement à l'idée que la moindre mission, même officieuse, même mineure, ait pu lui être confiée. Pas plus de Jean Salvator de Habsbourg que d'Emma Calvé à Rennes-le-Château !!

(17) Les documents du service de renseignements de l'État-Major ne peuvent d'ailleurs être simplement que la copie ou la reprise de ceux rédigés par les gendarmes et transmis par la voie hiérarchique.
(18) On peut certes, une fois encore, rêver en supposant qu'on ne trouve là qu'une "vérité officielle" et Vinciane Denis hésite d'ailleurs en rappelant, après Jarnac qui lui n'hésite pratiquement pas, qu'en 1975 Rennes-le-Château a reçu la visite de Rodolphe, frère d'Otto, "au demeurant parfaitement au courant de l'affaire Saunière". Peut-être en effet cet autre archiduc avait-il lu quelques livres ce qui suffit souvent pour donner envie d'aller voir de près la tour Magdala.
(19) Dans son paragraphe suivant ce super sceptique de Descadeillas est, à mon avis, tombé dans le roman en supposant que le "contrôleur" aurait pu venir s'assurer que les fonds étaient bien employés à préparer un refuge pour agents secrets. Je pense plutôt que l'histoire de la maison de retraite pour prêtres vieillissants n'a pas servi qu'une fois.

La réponse du Directeur de la revue Pégase est simple : « Je tiens cette information de la bouche de Descadeillas en qui j·avais à priori toute confiance, mais je n·ai pas de preuve formelle ». Pour mémoire :

Dans 'Mythologie du Trésor de Rennes' Descadeillas écrit (p.40): « A
la déclaration de guerre, le 2 août 1914, l'aura de curé de Rennes était franchement mauvaise. Plusieurs personnes, à Couiza, à Espéraza, proclamaient `urbi et orbi' dans les rues et sur les places de ces petites cités que Saunière était un agent de renseignement aux
gages des Empires Centraux ou, pour mieux dire, un espion de l'Allemagne. On ajoutait même (ce qui nous paraît aujourd'hui ridicule mais qui, à cette époque-là, paraissait plausible car `l'espionnite' sévissait partout et même dans nos régions) que les terrasses construites à Rennes n'avaient été faites aussi large que pour supporter des pièces d'artillerie ! Les langues allaient leur train. Les gens se rappelaient en effet avoir vu à plusieurs reprises à Rennes celui qu'ils appelaient `l'étranger' et qu'on dit avoir été un austro-hongrois, sujet de Francois-Joseph. »

p.47 : « Il n'y aurait dans cette histoire extraordinaire qu'une énigme : à plusieurs reprises, on avait vu chez lui, à Rennes, un individu qu'on appelait `'étranger', qu'on disait être un austro-hongrois hautement titré. »

Autre sujet de discussion qui a alimenté nos échanges sur internet il y a peu de temps : quelle preuve André DG peut-il nous fournir attestant que sa fameuse maquette topograhique est bien le fruit d·une commande de l·abbé Saunière ? Nous reprendrons le développement sur la dite maquette dans la dernière journée de notre voyage, mais perçons tout de suite un abcès montré du doigt par Patrick Mensior5 notamment :

Pour revenir à la maquette, je crains que les doutes qui envahissent certainsde vos lecteurs, dont je suis, soient le fait de votre seule volonté. En effet, je ne conteste aucunement cet objet car, comme nous l'avons vu, il existe au
moins en 2 exemplaires qui, si l'on excepte leur côté "personnalisable" (inscriptions) sont parfaitement identiques (lire à ce sujet l'avis deJean-Alain Sipra/Aldébaran "bulletin Terre de Rhedae n° 10 page 22). En
revanche, ce que je conteste, c'est un éventuel lien avec l'abbé Saunière parce qu'il ne repose en fait, pour le lecteur, que sur une partie d'un document. A ma connaissance, tout litige vient du fait que vous avez toujours refusé de faire connaître dans son intégralité ce dernier, ainsi que ceux qui le complètent. Or, à l'exemple de la lettre bien connue de Louis Foucquet à son frère Nicolas, vous admettrez avec moi que les termes du document que vousprésentez peuvent aussi bien, en l'absence des informations refusées, décrire un autre événement ou projet de Bérenger Saunière. Bien sûr, vous avez vos raisons, mais dans cette histoire, je ne vous apprendrai pas que la confiance aveugle n'a plus cours. Souvenons-nous de M. Flori, il n'y a pas si longtemps6 ! Aussi, pour clore définitivement tout débat et rallier à votre bannière les sceptiques comme moi-même, ne pouvez-vous pas mettre à profit la rencontre prévue au mois de mai pour, enfin, montrer dans
leur entier les documents qui font défaut à tout esprit de bons sens pour entériner définitivement la maquette ? Je ne connais pas personnellement tous les invités de ce projet, mais parmi eux, certains me semblent compétents pour juger de l'authenticité de documents.

André refuse d·entrer dans ce jeu et reprend une partie de ses arguments exposés sur Serpent_Rouge le 19 avril 2002 :

oui... et je continuerai dans cette voie (NDE : ne pas communiquer les lettres de Saunière attestant de la dite commande)... pour deux raisons élémentaires.
Le château de Durban1/ prenons pour exemple ce qui s'est passé dans la chapelle de Marie Madeleine dans le Pilat : poussé et même harcelé de donner mes sources d'infos, je finissais par livrer le nom de ce site et son lieu... 4 mois après le site est saccagé (vérifiable à la cure !) et les pillards défoncent la toiture et n'emporteront seulement que le tableau en question dans mon texte.. puis pour faire bonne mesure ils exploseront un bâtiment proche, dont je montre des gravures et indications contenus dans ses murs, à l'explosif forestier... Et ainsi disparaîtront irrémédiablement deux des éléments de ma recherches... Est-ce ce qu'il faut continuer à faire? Est ce que vous conseillez? Est ce ce que vous voulez vraiment ? En ce qui me concerne je réponds fermement, et en parfait accord avec ma conscience : NON !
2/ donner plus de la lettre que l'extrait que j'en donne apporte des données sur site permettant l'identification, par la matrice, cadastrale précise... Je prends le pari que si je donne la copie 'plus' de la lettre le lendemain, ou sous 8 jours maxi, le lieu est saccagé et les pillards grouillant comme fourmis vers la fourmilière...
Alors je vous pose la question suivante: endosseriez vous TOUTE la responsabilité de la suite si je fournissais la lettre complète?... Cette responsabilité irait dans tous les sens et plus ceux dont nous ignorons les répercussions... Voyez simplement pour mémoire ce qui se passe chaque fois qu'un lieu nouveau est donné et ce qu'il s'est passé sur RLC en tant que terres communales!
J'ai fourni, en temps utile, à Philippe Marlin d'autres preuves de mon argumentation... mais seulement pour qu'il soit certain de ma bonne foi et non pour une divulgation complète conduisant à des exactions irréversibles et des saccages totaux.
Yves Asmodée tire nerveusement sur sa pipe et fait posément à André DG un petit cours sur les données de base de la méthode scientifique. La bonne humeur, qui ne nous a pas quittée malgré ces échanges virils, est entretenue par un armagnac réconfortant.

Je prends possession d·un carton de « Mélanges Sulfureux » que m·a commandé notre amie anglaise Stella Maris. Il s·agit, en trois tomes, du reprint édité par Pierre Jarnac des fameux « faux » documents du Prieuré de Sion. Une belle source d·informations pour les chercheurs. Et en route pour une petite promenade touristico-digestive : le château et l·église de Durban, puis les restes de tombeaux wisigoths dans la lande, à l·ombre de Sainte-Ruffine. Nous abandonnons André DG devant son gué dont le niveau a sensiblement baissé··.. Avec un peu de chance, nous pourrons le franchir demain pour la réunion programmée à la Bergerie·..

Discussion en aparté avec Pierre Jarnac pendant que nos coéquipiers se rafraîchissent. Pierre, à l·instar d·André BG, soutient également que les parchemins de Saunière ne peuvent être des faux fabriqués par De Chérisey. Trop compliqués et trop sophistiqués·. Mais surtout, ajoute-t-il, parce que ces documents sont déjà cités par Charroux dans « Trésors du Monde », en 1962, soit avant l·entrée en scène de De Sède dans l·affaire. Et de suspecter une manipulation dont Noël Corbu aurait pu être l·instigateur. Je donne l·extrait en question du livre de Charroux (l·édition que je possède est celle de Fayard, 1962).

Historique est le trésor de Rennes-le-Château, petit bourg de France dans les monts des Corbières, à soixante kilomètres au sud de Carcassonne. Son église et ses quelques maisons sont perchées sur un piton rocheux auquel on accède par une rampe sévère de cinq mauvais kilomètres. Il a presque fallu un miracle pour qu'un trésor soit caché en ce bout de monde où les autos ne grimpent qu'à grand-peine, sans guère pouvoir se croiser en cours de route.
Pourtant il y a un trésor à Rennes-le-Château, un authentique trésor puisqu'il fut trouvé il y a un demi-siècle par le curé Béranger Saunière, qui, après l'avoir entamé - oh ! à peine sans doute -, le légua à sa servante-maîtresse, la jolie Marie Denarnaud, laquelle le légua à son tour à M. Noël Corbu. Mais l'héritage de Marie Denarnaud fut incomplet puisqu'elle mourut sans avoir eu le temps de révéler la cachette.
Depuis, M. Corbu détecte, pioche, creuse, sonde, dans l'espoir de mettre au jour les pièces d'or, d'argent, les bijoux et les pierres précieuses du trésor évalué à huit milliards, et que des historiens sérieux pensent être le trésor de la France du XIIIe siècle.
Jadis, il y a sept cents ans, dit Noël Corbu, il y avait à Rennes une ville de trois mille âmes et une ceinture de remparts dont on retrouve encore des ruines. En cherchant le trésor, j'ai découvert des monnaies anciennes, des poteries, des armes et les squelettes qui équipent mon petit musée. Selon des historiens de Carcassonne, la genèse du trésor remonterait à février 1250. A cette date, la révolte des pastoureaux déclenchée dans le Nord de la France par le mystérieux "Maître de la Hongrie", battait son plein et la vague des serfs et des gueux déferlait vers le midi. Blanche de Castille, régente de France, vint à Rennes-le-Château - que l'on appelait alors Rhedae - pour y mettre à l'abri, dans la puissante citadelle, le trésor de la France que menaçaient à la fois les pastoureaux et les sourdes cabales de la noblesse. Notez, en passant, que la citadelle de Rhedae passait pour imprenable et se situait sur la route d'Espagne, où Blanche de Castille savait pouvoir trouver refuge en cas de danger. Elle fit déposer le trésor dans la salle souterraine du donjon. Du moins, on le pense. Certes, on s'explique mal que le trésor soit demeuré intact si longtemps, surtout durant l'année 1251 au cours de laquelle saint Louis aurait eu tant besoin de subsides que ne pouvait lui envoyer sa mère.
Bref, M. Corbu pense que ce trésor constituait une réserve où l'on ne devait puiser qu'en cas de péril urgent. Blanche de Castille mourut en 1252 après avoir révélé le secret à saint Louis qui le confia à son fils Philippe le Hardi. Ce dernier mourut à Perpignan sans avoir eu le temps de dire à Philippe le Bel le secret de Rhedae. En 1645, on reconstruit Rhedae qui devient Rennes-le-Château ; l'antique forteresse, légèrement déplacée, s'érigeait à l'emplacement de l'actuelle propriété de M. Corbu.
C'est alors que commence la véritable histoire du trésor perdu et trouvé.
Trouvé d'abord au XVIIe siècle par un berger du nom d'Ignace Paris, qui, ayant égaré une de ses brebis, l'entendit bêler au fond d'une crevasse où il descendit. Mais la brebis, apeurée par l'irruption du berger, s'enfuit par une galerie. Toujours à sa poursuite, Ignace Paris déboucha dans une crypte "remplie de squelettes et de coffres", les premiers effrayants, les seconds, au contraire, pleins d'attraits. Il remplit ses poches de pièces d'or, s'enfuit épouvanté après coup, et rentra chez lui. Sa subite fortune fut vite sue de tout le village, mais Ignace eut la maladresse de ne pas vouloir en révéler l'origine, et accusé de vol, il fut tué sans avoir pu divulguer le secret de la crypte.
Y eut-il éboulement à l'entrée du souterrain ? On ne sait, mais jusqu'en 1892 il ne fut plus question du trésor dont les parents du berger ne devaient pas connaître l'emplacement.

Un événement fortuit à cette époque, fit entrer en jeu le curé Béranger Saunière.
Il avait obtenu la cure de Rennes en 1885, et fut tout de suite adopté par la famille Denarnaud dont la fille Marie avait dix-huit ans et travaillait comme chapelière au bourg d'Espéranza.
Les Denarnaud, logés à l'étroit, ne tardèrent pas à venir habiter la cure.
En 1892, le curé Béranger jouissait de l'estime certaine de ses paroissiens, tant par son zèle que par sa bonne humeur. C'est alors qu'il obtint un crédit municipal de deux mille quatre cents francs pour refaire le maître-autel wisigothique et la toiture de son église. Le maçon Babon de Couiza se mit au travail et un matin, à neuf heures, il appela le curé pour lui montrer dans un des piliers de l'autel quatre ou cinq rouleaux de bois, creux et fermés à la cire.
- Je ne sais pas ce que c'est ! dit-il. Le curé ouvrit l'un des rouleaux et extirpa un parchemin écrit, pense-t-on, en vieux français mêlé de latin, où l'on pouvait à première vue discerner des passages de l'Evangile.
Asmodée- Bah, dit-il au maçon, ce sont de vieilles paperasses qui datent de la Révolution. Ça n'a aucune valeur. Babon à midi alla déjeuner à l'auberge, mais une pensée le tracassait, si bien qu'il en fit part autour de lui. Le maire vint aux renseignements ; le curé lui montra un parchemin auquel le brave homme ne comprit goutte et l'affaire en resta là. Pas tout à fait cependant, car Béranger Saunière prit sur lui d'arrêter les travaux de l'église. Voici d'après M. Corbu ce qui dut se passer ensuite : Le curé cherche à déchiffrer les documents ; il reconnaît les versets de l'Evangile et la signature de Blanche de Castille avec son sceau royal, mais la suite demeure un rébus. Il va donc à Paris en février 1892 consulter quelques linguistes à qui par prudence il ne donne ses documents que par fragments.
Je ne puis pas révéler les sources de mon information [c'est Noël Corbu qui parle] mais puis assurer qu'il s'agissait du trésor de la Couronne de France : dix-huit millions en cinq cent mille pièces d'or, des joyaux, des objets du culte, etc. Le curé revient à Rennes sans connaître exactement le point de la cachette, mais avec des indications précieuses et suffisantes. Il cherche dans l'église. Rien ! Marie, pour sa part, est intriguée par une vieille dalle du cimetière portant une inscription bizarre ; c'est la pierre tombale de la comtesse Hautpoul-Blanchefort. Si le trésor était dessous ? Le curé ferme à clef la porte du cimetière et, aidé de Marie, durant plusieurs jours, se livre à un mystérieux travail. Un soir, ils sont récompensés de leurs efforts et finissent par reconstituer le puzzle, dont les inscriptions de la pierre tombale leur avaient donné les premiers éléments. Dès cet instant, la situation de Marie Denarnaud change à la cure : elle devient la confidente, la collaboratrice.
Je crois savoir qu'il existe six entrées menant à la cachette, dont celle du donjon qui déjà en 1892 avait disparu.

Sur un des parchemins il y a des lignes comptées en toises qui partent du maître-autel. Marie et le curé mesurent avec des ficelles et trouvent un point terminal en un endroit qu'on appelle le "château", terrain vague maintenant ; ils creusent et trouvent le souterrain et la crypte au trésor où jadis le berger Paris avait abouti. Les pièces d'or, les bijoux, les vaisselles précieuses sont là, ternis par une épaisse couche de poussière, mais intacts.
Ils arrêtent un plan : le curé ira en Espagne, en Belgique en Suisse, en Allemagne changer les pièces, et il expédiera l'argent par la poste, à Couiza au nom de Marie Denarnaud.
C'est ce qu'ils firent non sans danger et difficulté pour rapatrier les capitaux.

Quoi qu'il en soit, en 1893, le curé Saunière est riche, très riche... tellement, qu'à ses frais il commande toutes les réfections de la toiture et de l'église qu'il embellit de façon somptueuse. Il fait réparer le presbytère, construire le mur d'enceinte du cimetière, édifier un kiosque dans un splendide jardin à rocailles et à jets d'eau.
De plus, il achète de beaux meubles, des robes de grand prix pour Marie ; il fait venir du rhum de la Jamaïque, des singes de l'Afrique, il engraisse ses canards de basse-cour avec des biscuits à la cuillère - pour qu'ils aient la chair plus fine, - élève des chiens d'agrément... Bref, c'est la grande vie à Rennes-le-Château où l'on tient table ouverte - et quelle table ! - pour toute la gentry des alentours.
Le curé achète des terrains, des maisons, mais au nom de Marie Denarnaud, et la jolie brunette aux yeux malicieux, à la taille fine, devient une véritable châtelaine.
Quand il est en déplacement, le curé lui écrit : "Ma petite Marinette, que deviennent nos bêtes ? "Fais une caresse à Faust et à Pomponnet [les chiens], bonne santé aux lapins. Adieu Marie. Ton Béranger... "
A vrai dire, d'autres belles partagent aussi le c·ur du milliardaire. On a avancé les noms d'Emma Calvé, de la belle comtesse de B. et de bien d'autres ! Car cette fortune subite a tourné la tête au prêtre et l'a fait sombrer dans la mégalomanie ; il rêve de construire un château ! Mais, prudent malgré tout, il a soin de détruire les indications qui l'ont mené à la crypte ; dans le cimetière, il gratte les inscriptions de la dalle funéraire de la comtesse, et met les parchemins dans la salle aux trésors.
Le maire vient lui faire des reproches au sujet de la tombe saccagée et des richesses dont il dispose, mais le curé rit de ses craintes, lui parle de l'héritage d'un oncle d'Amérique et lui donne cinq mille francs en or.
Le maire reviendra souvent à la charge... pour le même prix !

Mgr Billard, évêque de Carcassonne, s'inquiète lui aussi du comportement de son prêtre, mais là encore, avec de l'argent, de bons vins et de la bonne chère les difficultés sont aplanies. En 1897, Béranger Saunière fait commencer la construction de la villa Béthania, avec les remparts et la tour qui coûteront la bagatelle d'un million-or ; pour avoir des fleurs à belle année il fait édifier une serre sur le chemin de ronde. Le successeur de Mgr Billard, Mgr de Beauséjour, vient jouer les trouble-fête : il demande des explications à Béranger, le convoque en Cour de Rome et finalement prononce contre lui l'interdiction.

Un nouveau curé est nommé à Rennes-le-Château, mais Saunière n'en a cure, et dans la chapelle de sa villa continue à dire sa messe qui rassemble d'ailleurs la quasi-totalité des paroissiens, si bien que le nouveau venu, éc·uré, prend le parti de ne plus faire le rude chemin Couiza-Rennes.
Béranger prépare aussi un nouveau plan d'embellissement : il veut surélever la tour, construire une route jusqu'à Couiza, acheter une auto, faire l'adduction d'eau dans tout le village ; son devis se monte à huit millions-or (en 1914) soit environ huit milliards de francs légers. Cet argent, le curé l'a en espèces. Le 5 janvier 1917, il signe des bons de commande, mais une cirrhose du foie l'emporte le 22, avant qu'il ait pu donner corps à son projet.
Marie, désolée, dispose le défunt sur la terrasse, assis dans un fauteuil recouvert d'une couverture à pompons rouges et tous les villageois viennent prier et emportent chacun un pompon comme relique du saint homme.

Marie Denarnaud est désormais seule maîtresse de Rennes-le-Château car tout a été mis à son nom, mais elle finit sa vie quasi cloîtrée, ne recevant plus de visites, et il est probable qu'elle ne revint jamais à la crypte au trésor.

Voilà ce que dit Noël Corbu, troisième personnage du roman et héritier de Marie Denarnaud. M. Corbu connut Marie à la fin de sa vie, de 1946 à 1953, tout à fait par hasard. Avec sa femme, il prit pension chez elle et sut lui inspirer confiance et amitié.

- Ne vous faites pas de mauvais sang, monsieur Corbu, lui dit-elle un jour. Vous aurez plus d'argent que vous ne pourrez en dépenser !
- D'où le sortirez-vous ? demanda Noël.
- Ah ça ... je le dirai quand je mourrai !

Le 18 janvier 1953, elle tomba malade, sombra dans l'inconscience et mourut en emportant son secret.
Voilà donc de nouveau le trésor de Blanche de Castille perdu et bien perdu cette fois, semble-t-il ! Mais en fait, rien ne prouve que ce trésor soit celui de la mère de Saint Louis. Certains avancent qu'il s'agirait du trésor d'Alaric dont la capitale était Rennes-le-Château ; d'autres, et c'est plus vraisemblable, penchent pour le trésor des Cathares en tenant compte du fait que Rennes était leur deuxième citadelle après Montségur.
Des documents découverts récemment éclairent l'aventure d'un jour nouveau : il s'agirait de plusieurs trésors et l'un d'eux serait le trésor des Templiers !.


Cet extrait est un peu long, mais il est intéressant à plus d·un titre. D·abord parce qu·il s·agit d·une des premières pièces écrites sur le Mythe. Ensuite, parce qu·il peut renvoyer à à peu près tout ce que l·on veut. En l·occurrence, pour ce qui est de Pierre Jarnac, l·allusion à des parchemins qui évoqueraient les évangiles fait sans conteste référence à ce qu·il est convenu d·appeler les Petits et Grands Parchemins. En fait, nous sommes en présence de la thèse fameuse « la Vérité est Ailleurs ». Je m·explique :
- il n·y a pas d·affaire de Rennes-le-Château et le bon Bérenger n·a rien découvert du tout. Mégalomane, il s·est certainement livré à un trafic de messe et à d·autres marchandages (selon Chaumeil, à un fructueux négoce d·huile de Colza) pour financer ses rêves de grandeur.
- une mystification a été montée par d·autres (qui ? De Cherisey/Plantard/Corbu ???), de façon particulièrement sophistiquée. Pourquoi ? Pour dissimuler un secret qui n·a rien à voir avec RLC··..
Ce type de thèse est particulièrement remarquable en ce sens qu·elle permet de toujours relancer le secret à un niveau supérieur···

Nous poursuivrons cette discussion avec la joyeuse équipe à « L·Ile de la Liberté », un étonnant restaurant de la zone commerciale de Narbonne qui offre un choix gargantuesque de buffets. Ce sera au tour de Pierre Jarnac de se faire débunker par Yves Asmodée, sur le thème : « le témoignage n·est pas une preuve scientifique »·· Nous terminerons la soirée sur un air de Fitou en invoquant les percées fondamentales réalisées par Patrick Ferté, Michel Lamy, mais aussi Jimmy Guieu··..


Vendredi 10 mai 2002 : retour à Durban ; le gué est cette fois franchissable, et nous nous retrouvons de bon matin autour de la table de la Bergerie d·André DG. L·équipe est au complet et sera étoffée par le fidèle René et, un peu plus tard, par Torkain qui a accepté de délaisser durant quelques heures ses espaces virtuels.

René Abet, André Douzet et le jambon de l'abbé Saunière


Petite mise en bouche sur un sujet connexe, à la demande d·Yves, sur le projet Chronodrome qui illumine tous les ans, au premier mai, le site d·Opoul. André DG commente cette expérience curieuse dont nous donnons les grandes lignes (extraits du site : http://perso.wanadoo.fr/chronodrome/cadres/gatefr.html)

Chronodrome n'a pas d'existence possible sans la réalisation du projet KEO. Voici donc pour ceux qui ne le connaissent pas, quelques explications concernant KEO, le projet génial de Jean-Marc Philippe à qui je rends hommage:
Le projet KEO consiste à lancer un satellite qui transportera des messages que nous sommes invités à écrire (vous, moi, tout le monde) à destination de nos descendants qui recevront le satellite dans 50 000 ans (il stationnera en orbite terrestre pendant 500 siècles puis reviendra se poser sur Terre automatiquement).

Une invitation spatio-temporelle.
Afin qu'ils ne se trompent ni d'époque, ni de lieu, j'indique aux hommes du futur un endroit précis - le Château d'Opoul - et une date, le 1er mai avec une "marge technique" de 50 ans. Ainsi, le contact pourrait avoir lieu n'importe quel 1er mai au coucher de soleil, entre 2001 et 2050. Vous, votre famille, vos amis, êtes invités à vivre cette expérience unique, tous les 1er mai, à Opoul.

Événement, avènement...
Tous les volontaires, simples curieux ou scientifiques de tous horizons qui souhaitent vivre une expérience unique se réuniront annuellement au château d'Opoul les 1er mai. Ce que nous attendons de la part des chrononautes, c'est au moins un "signe" visuel dans le CIEL à la verticale de l'espace réservé au Chronodrome. L'avantage du signe visuel étant de ne pas trop modifier notre environnement physico-chimique (et donc leur présent). L'apparition d'un hologramme, d'une lumière, ou même un contact représenterait une réelle victoire. Mais à l'heure où nous écrivons, il ne nous est pas possible d'évaluer ce fameux problème de paradoxe temporel. Une visite, ou un message nous aiderait peut-être à résoudre cette énigme.
Des instruments de mesures seront installés pour enregistrer toute forme de manifestation. Si rien ne se passe, le prochain rendez-vous aura lieu l'année suivante, même date, même lieu, et sera l'occasion d'une fête amicale et ce, jusqu'en 2050.

Château d'Opoul, site protégé
Le site du château d'Opoul est un endroit protégé. Situé dans le département des Pyrénées Orientales (66), à 15 km de Perpignan, entre la mer Méditerranée et le Canigou, il surplombe la plaine du Roussillon et offre un panorama fantastique dans un endroit préservé du temps.
A l'heure du contact prévue, il suffit de faire face à la plaine, le château dans le dos, et de scruter le ciel. Tous les instruments de mesure et d'enregistrement non polluants sont sollicités. La municipalité nous demande de respecter l'environnement, de ne pas faire de feu, d'être très prudent si on décide de monter au château, de porter des chaussures de montagne et des vêtements chauds, de ne laisser aucun détritus ni mégot et de ne ramasser aucun fossile. Le Chronodrome n'est pas une manifestation. Chacun est responsable de ses actes.
Le rendez-vous avec le futur a été fixé à l'heure du coucher de soleil. Afin d'être attentifs à toute manifestation des voyageurs spatio-temporels, il est convenu d'adopter une attitude de recueillement une demi-heure avant et après le coucher de soleil. Chacun étant libre, il ne s'agit là que d'une suggestion de bon sens. Nous ne savons pas ce que choisiront les hommes du futur pour se manifester : une lumière, un son particulier, une apparition, un hologramme, un vaisseau... tout est possible.

Yves semble rassuré quant au caractère rigoureux de cette recherche et nous pouvons alors passer au plat de résistance de la semaine ; un plat déjà goûté rapidement lors de la soirée avec la Saunière Society : celui de la fameuse maquette de Bérenger Saunière.

La MaquetteAndré pose le moulage sur la table.

Quelques petits commentaires avant d·écouter André :

- Cette affaire de la maquette de Saunière a défrayé la chronique. Elle est relatée en détail dans deux ouvrages d·André (The Saunière Model, en anglais chez Frontier, et le Cahier RLC no 3, brochure auto-éditée).
- Gérard de Sède n·aurait-il pas fait allusion à cet objet dans son ouvrage de base ?

« Le trésor maudit de Rennes-le-Château », Gérard de Sède.
Extrait du texte de la page 132 (ligne 19) à page 133 (entière).
Page 132, ligne 19 - « Fidèle disciple de l·abbé Boudet, ce qu·il nous a laissé, sous couleur de pieuse iconographie, c·est une piste, une maquette astucieusement allusive des lieux qu·il avait explorés et auxquels il avait arraché leur secret. Pour ce faire, il a mis en ·uvre un langage de métaphores et d·allégories qui reste muet pour l·étranger mais peut être lu couramment par quiconque connaît bien l·histoire de Rennes et la toponymie de sa région. Ainsi, son église n·est pas sans rappeler la lettre du fameux conte d·Edgar Poe qui n·était introuvable que parce qu·elle était trop visible. Mais Saunière, peut-être inspiré par d·autres, ne s·en est pas tenu là. Il a voulu, et a si bien fait, que la lecture de son message cartographique fasse surgir comme en contrepoint un faisceau de symbole permettant au visiteur initié de déceler la profession de foi ésotérique qui signe l·ensemble et en situe les auteurs.bas de page 132haut de page 133

De ce dernier aspect, nous ne parlerons qu·en passant. C·est avant tout l·invitation au voyage de Bérenger qui nous intéresse.
Toute carte géographie est la représentation d·un paysage par des symboles conventionnels. Pour la lire et pouvoir ainsi s·orienter sur le terrain, il faut connaître la signification de ces symboles. Ceux-ci sont d·autant plus nombreux et complexe que la carte est détaillée ; une carte d·état-major reste muette pour le profane : apprendre à la lire est un assez long travail ; on y attelle pendant des mois les élèves officiers.
Sur la carte d·état-major, par exemple, un mamelon est représenté par des hachures concentriques. Si l·on demande au profane : « que voyez-vous là ? », il répondra : « Des hachures « . Si pour figurez ce mamelon on avait tout simplement dessiné le mamelon d·un homme ou d·une femme, même un enfant de dix ans répondrait à la question : « Un mamelon » .
Fin et bas de page 133


- La zone de recherches d·André Douzet, à savoir Durban/Opoul/Périllos, est à une cinquantaine de kilomètres de RLC. Notre ami, dans le Cahier RLC no 4, a montré que nos braves curés étaient familiers des lieux :

SAUNIERE : Etrange comportement que celui de l·abbé Saunière face au fait de se trouver à proximité de Durban. Conduite d·autant plus étrange que nous savons qu·il se rendait assez régulièrement dans le village auprès de deux familles qui l·accueillaient aussi volontiers que discrètement. Certes nous savons que l·une des tables recevant Bérenger était l·une des plus fine de la commune. Mais cette raison est-elle la seule ? Saunière aurait fait tout un long parcourt seulement pour un repas aussi fin et gastronomique soit-il ? C·est une raison qui n·est guère satisfaisante. D·autant moins que la seconde famille à le recevoir n·avait pas une réputation culinaire du même ordre· Il faut donc admettre un motif moins pantagruellique. Alors, peut-être était-ce tout simplement une raison religieuse qui poussait Saunière à diffuser la bonne et sainte parole dans ce canton ? Ou une assistance d·éducation et préceptorat religieux ? Apportait-il un réconfort morale et spirituel à quelques âmes en peine ou paroissien en ·crise de foi·? Toutes ces raison ne sont toujours pas plus satisfaisantes· En effet la paroisse de Durban dispose d·un prêtre visiblement appliqué en matière de religion et d·attention pour ses ouailles et en tous cas pas submergé par des problèmes de croyance si insurmontables qu·il faille appeler l·abbé Saunière à la rescousse.

BIGOU : Mais d·autre part Bigou fuyant vers l·Espagne passe par les Corbières et s·arrête· à Durban. Nous en avons la preuve par une lettre que laisse Antoine Bigou à un membre de la famille qui l·hébergera quelques jours. Cette lettre signée de Bigou était destinée à un autre religieux qui devait venir la récupérer. Celui-ci ne vint jamais, sans doute intercepté par quelques brigades révolutionnaires surveillant la zone frontalière avec attention. Pour l·hospitalité et la garde de cette missive Bigou avait dédommagé généreusement ceux qui prenaient ainsi un risque considérable en hébergeant un prêtre réfractaire et en fuite. Les descendants conservèrent pieusement 2 des 5 pièces d·or et un petit, mais très ancien, bijou en or également. Visiblement Antoine Bigou et son oncle connaissaient parfaitement cette famille de Durban et accordaient toute confiance pour ces personnes ayant eu des parents vers les anciens bains de Rennes·

BOUDET : Enfin pour justifier l·intérêt de Boudet pour Durban/Corbières nous ajouterons que l·abbé Henri Boudet fut vicaire à· Durban avant d·être curé à Rennes-les-Bains. Durant ce temps il parcourut longuement la région environnante sur quasiment les mêmes sites que la fameuse société experte en géologie, ·LES CHARTREUX·· Souvent aussi il semblait aimer à parcourir le sentier, reliant Périllos à Durban, rapide coursière de correspondance entre les deux villages à l·époque ou Périllos était toujours une commune vivante· devenue il y a longtemps propriété, après le rattachement du Roussillon au territoire de France, des anciens seigneurs de· Durban !

GELIS : Nous pourrions une fois de plus nous demander le lien entre Gélis et notre affaire de Durban et du Roussillon· certes là encore le détail sera mince mais il s·ajoute à un faisceau de convergences devenant peu à peu plus épais et solide. En effet Gélis fut, avant même d·être prêtre à la cure de Lanet en 1855, nommé sur la paroisse de Durban!!!
Nous ajouterons à cela une correspondance (une lettre) où il est question de Gélis se renseignant sur une propriété qu·il souhaite acquérir sur Opoul· Lettre anodine, certes, mais faisant toutefois état de visites et d·entretiens s·étant déroulés avec une discrétion maladive dont les motifs ne seront jamais donnés clairement· car en effet Gélis ne semble pas vouloir , ni pouvoir, habiter ce lieu.


- Une mystèrieuse allusion à ce secteur géographique est du reste faite par de Sède dans l·Or de Rennes (4ème ligne de la page 38) :
« Le nouvel évêque (Beauséjour) procède prudemment, par étapes. Il ordonne d·abord à Bérenger d·aller, pour quelques semaines faire retraite dans un couvent mais il fallait bien autre chose pour brider une nature de cette pâte. En janvier 1908, il lui offre la cure de Coustauge (Lire Coustouge !); la chartreuse de Durban n·est pas loin et on imagine que ce voisinage suffit à inquiéter notre homme ! Saunière prend sa plus belle plume et répond insolemment à son évêque : « je ne puis quitter une paroisse où mes intérêts me retiennent ».


L·intervention d·André DG été enregistrée.
André DG nous donne tout d·abord les « fondamentaux » de l·affaire de la Maquette·.. Une découverte faite chez un brocanteur de la région d·Aix en Provence au début des années 1990. Rappel des éléments de base de la douzetologie :
Il s'agit, comme on peut le constater, d'une sorte de paysage en relief ; une sorte de carte topographique en volume comme on en trouve à présent dans le commerce. L'objet est en plâtre. C'est, de toute évidence, la maquette finale d'un projet qui s'arrêta à ce stade : une 'carte d'état major' en relief en serait la définition la plus approchante. On y trouve des hauteurs, des sortes de vallées, des cheminements, des cours d'eau, des murailles, des cavités et une sorte de cube. L'ensemble coloré simulant une patine 'bronze' est pris dans un socle formé de quatre planchettes de bois peintes en marron.
Ce dont nous disposons tient, réuni en un assez faible volume, une somme d'éléments géographiques condensés. Il y avait, avec l'objet, quelques écrits dans une enveloppe. Nous pensions être les seuls à posséder les éléments sur ce 'relief'. Aussi quelle ne fut pas notre surprise de constater très vite, que l'existence de la maquette était connu d'un petit groupe assez peu 'communicatif'· et religieux. Si ce groupe 'savait' la commande de Saunière, il supposait, en échange, que sa réalisation n'avait jamais eu lieu en raison du décès de l'abbé survenu peu après la commande et son règlement.
Bérenger Saunière commande en 1916 cette réalisation et la règle d'avance. Il se sait épuisé et souffrant de complications cardiaques importantes. Il mourra sans jamais avoir pu voir la réalisation finale prévue en alliage de bronze creux.

LES INSCRIPTIONS :

Au nombre de 5, elles sont les suivantes :

- Golgotha Mt du Calvaire.
- Jardin de Gethsemani.
- Tombeau du Christ.
- Tombeau de Joseph d'Arimathie.
- Citerne.
Les quatre premières inscriptions, religieuses, sont en majuscules scriptes, la dernière, profane, est en minuscules.
Seules les inscriptions relatives aux 'tombeaux' et au 'jardin' feront l'objet des modifications de Saunière.
En haut, à droite, de la maquette une étiquette en papier comporte ce texte :

LE CALVAIRE ET LE SAINT SEPULCRE - ETAT PRIMITIF. 7


° Pour faire deux tombeaux, j'en aurai fait qu'un parce que je sais que Joseph d·Arimathie prête son tombeau au dernier moment parce qu'on en n'a pas prévu, qu'on est le vendredi soir et qu'il faut bien se débarrasser de ce personnage gênant (le Christ). Alors je me suis dit : "Comment quelqu'un qui a voulu faire quelque chose de religieux a commis une bourde aussi monumentale ? ". Là, c'est mon raisonnement que je vous donne. C'est ce que j'ai ressenti. Après j'ai extrapolé immédiatement, je le reconnais, j'ai commis des erreurs, c'est certain, et des errances, c'est aussi certain. Je suis parti comme un feu de paille. Je suis monté à Rennes durant plusieurs week-ends, nous sommes montés en haut de la tour, nous avons tourné dans tous les sens : aucune possibilité de solution même approchante, en vue, et un beau dimanche · il était sept heures du matin · au moment où on commence à tourner, au pied de la petite tour · je ne connaissais personne à Rennes · arrive une voiture. Je demande à ses occupants qui ils sont : messieurs X et Y8. Ils m'expliquent qu'ils sont des responsables et qu'ils vont m'aider à la découverte. Ils auront une photographie de la maquette, puis une carte plus grande, des photos de chaque côté pour avoir des profils. A partir de là, X a continué à travailler de son côté en me tenant au courant. Je suis rentré et je me suis aperçu ultérieurement que X et Y m'avaient sorti du fichier pour que personne ne puisse m'identifier. Au bout de six-huit mois, nous avons abandonné. Je me suis dit : « Ça ne colle pas, c'est une erreur d'interprétation et c'est là que j'ai pensé à un objet de catéchisme », c'est mon opinion · je ne la trouve pas belle.
On a capitulé : je n'avais pas de solution. J'ai pensé à un caprice, mais à un caprice qui aurait coûté cher. Ne connaissant pas l'Evangile de Jésus, j'avais toujours pensé qu'il s'agissait d'un objet unique. Je me suis renseigné à Lyon, chez un fondeur en lui disant : « Si je vous commande un exemplaire unique en bronze, qu'est-ce que ça me coûtera ? ».
Mais il doit y avoir un premier exemplaire en terre. C'est toujours comme ça. On le fait cuire et cela sert de moule. A moins qu'il ne soit cassé et qu'il n'existe plus·

° J'ai mis tout ça de côté durant plusieurs années en me disant qu·on n·avait pas de solution. Puis André Captier m'a dit : « Attention, j'ai entendu parler une fois d'une maquette liée à l'abbé Saunière dans les papiers et dans les récits, mais on n'a jamais su de quelle maquette il s'agissait et s'il fallait entendre le mot maquette en temps qu'objet, projet ou avant-projet ». Est-ce que vous m'autoriseriez à voir cet objet ? Je lui ai dit « bien entendu ». Cela m'intéresserait, parce qu'il aurait pu m'apporter des informations. Et curieusement, il m'a dit : « L'information que j'ai eue venait de Lyon »·

° Le temps passe. On arrive au moment où Jean-Luc Robin me dit : « Est-ce que tu accepterais de me prêter la maquette pour qu'elle soit exposée au public ? ». J'accepte, mais deux jours après le début de l'exposition, il me téléphone en me disant qu'il ne pouvait garantir la sécurité de l'objet (des gens revenaient par exemple la voir trois fois par jour) et en me demandant de faire un moulage. Je suis allé à Narbonne. La confection de la copie a pris deux jours.

° Là se situe pour moi la partie la plus gênante et la plus ébouriffante. Le vendredi matin, à huit heures, le mouleur me dit : « j'ai pris un peu de retard, on va démouler maintenant ». Je vois ma maquette recouverte par un énorme bloc de plâtre. Il le déchausse et là, j'ai compris : la véritable carte était un négatif. Tout le monde, y compris X et Y, s'est précipité pour travailler sur le négatif. Or le négatif ne peut pas rendre le volume. Je comprends que si la réalité a précédé ma pensée, c'est ça qu'il faut lire et pas le reste.
Et à ce moment là, je regarde l'heure, car j'avais un autre rendez-vous dans la matinée. Ma montre marquait sept heures et demie, c'est-à-dire qu'elle marchait à l'envers. C'était une montre, à quartz, que ma compagne m'avait offerte pour la Fête des Pères. Je suis retourné sur le lieu de l'achat. Là, le vendeur me dit dans un premier temps : « C'est parce que vous avez inversé la pile ! » puis « Je vais vous changer la montre ». Refus de ma part. J'ai gardé la montre au poignet avec l'espoir romanesque que ma montre remontait le temps et qu'accroché à elle, je le remontais moi-même avec elle. Puis j'ai voulu comprendre ce qui se passait. A l'usine où on l'a retourné, pas d'explication non plus. Depuis ce fameux vendredi, même lorsque je change la pile, ma montre marche à l'envers et je n'ai pas d'explication.

° Yves Lignon : « Pour moi, il y a eu un choc psychologique lorsque tu as découvert ta copie et ce choc a agi sur le fonctionnement de ta montre. C'est un phénomène tout à fait naturel »
.
° Ma compagne m'a dit : « Si un jour la pile cesse de fonctionner, que vas-tu penser ? Que ta vie s'arrête · Cesse de porter cette montre'. Alors je l'ai mise sur un rayonnage ».
On a identifié les deux lieux. Je dis 'on' parce que lorsque je dis nous, je parle de ma compagne et de moi. Mais elle, bien que comprenant ma passion, ne veut pas être intégrée à l'affaire. C'est pourquoi je dis 'on'. J'ai travaillé avec des archéologues qui m'ont roulé dans la farine, qui m'ont trompé; Donc maintenant je travaille seul jusqu'au moment où j'aboutirai. Je ne prospecte jamais quand il fait beau, mais toujours lorsqu'il pleut ; ainsi je ne suis pas suivi.

° Le premier site a été extrêmement facile à situer, de même que le second. Pourtant, autant j'ai travaillé facilement sur le premier site, qu'on appellera le tombeau de d·Arimathie, autant je me suis toujours refusé à toucher au second, parce qu'en fait, j'ai peur d'avoir raison. Du premier site, je ramène de jolis objets, de jolies pièces, tout va bien. L'autre site, j'ignore ce que je vais trouver ·Je sais où il est, mais je l'ai sorti de mes intentions de l'exploiter.
Les archéologues font des fouilles sur le plateau, ils ont ouvert une campagne l'été dernier. Je suis allé les voir : les citernes et les habitations, ainsi que l'endroit où on pense que se trouve l'ancienne chapelle du plateau se situent sur un côté ; or, eux ont fouillé sur l'autre côté, où l'on pensait qu'il n'y avait que de la garrigue et les jardins. Ils ont trouvé des fondations de maison du Moyen Age avec petite occupation romaine auparavant.
° On a alors cherché un peu à Lyon. J'ai eu un ami prêtre (je dis ai eu car il est mort). Les absents ont toujours tort, on peut tout leur faire dire. Néanmoins, celui-ci m'a bien aidé et longtemps. Ce fut lui qui me fit découvrir L'Evangile de Jésus. Lui a continué des recherches à Lyon et a situé dans une communauté religieuse féminine une troisième maquette, en plâtre. L'ont-elles encore ? On ne sait pas. Si on regarde les petits détails des maquettes, il y a un socle qui, à la perspective, n'a pas tout à fait la même hauteur, le cartouche est beaucoup plus gros, ce qui modifie l'aspect de la falaise. Le titre n'est plus le même et ici ce sont des caractères d'imprimerie alors que sur l'Evangile de Jésus, c'est en manuscrit. Les noms des tombeaux changent également, ainsi que quelques détails du côté de la citerne sont très légèrement modifiés.
On est remonté jusqu'à l'évêché de Carcassonne. On n'a jamais rien pu retrouver pour savoir qui avait réalisé la série de photos du livre L'Evangile de Jésus.
Je dis donc qu'à ma connaissance il y a trois maquettes et j'estime qu'il y en a cinq en circulation.

° J'ai donc commencé à travailler sur le site qu'on appellera, pour plus de facilité, Joseph d·Arimathie. Ce qui m'a toujours paru extraordinaire, c'est quand on lit la saga de Ramon Périllos. C'est un intoxiqué de la Table Ronde, du roi Arthur, et tout cela au XIVe siècle. Les romans de la Table Ronde, le tombeau de Joseph d·Arimathie, tout cela fut là six siècles avant moi ·

° Au XVIIe siècle, le notaire Courtade a été mandaté par mission royale pour faire un recensement des territoires qui allaient se rattacher à la Couronne, puisque cette partie de la Catalogne devait basculer sur la Couronne de France. Le patronyme des Périllos s'est éteint au XVIe siècle. Le titre fut alors racheté. Courtade précise que cette terre, dont il donne la référence, "ne peut être ni morcelée ni vendue ni saisie, qu'on ne peut se battre dessus, ni y couper du bois, ni en extraire de roches, car il y a là un tombeau". Le territoire tombe alors dans l'oubli.
Autre chose curieuse : André Malraux demande tout à coup les plans détaillés du château de Salses à son collègue espagnol qui lui répond : top secret. Malraux va donc faire instruire le dossier 'Lazare'. Voulant savoir quelles étaient les sources qui alimentaient le château de Salses en eau, il emprunte des documents et n'en rendra aucun. J'ai essayé d'avoir accès au dossier. On m'a répondu que, n'ayant jamais été bouclé, il avait été passé aux pertes et profits · en tout cas avec des documents originaux.
Il semblerait que les Espagnols aient noyé des salles souterraines. Malraux voulait donc connaître les fondements du château, vrai gruyère, et savoir comment le vider dans les règles. S'il était arrivé à repérer les sources d'eau chaude, il suffisait de les couper pour vider les 'sas' ·

° Site numéro 1 et ses objets : Cette curiosité qui monte comme un champignon, qui a servi de citerne, je n'en ai vu nulle part ailleurs.
Jusqu'à un certain moment, il me convenait tout à fait de dire que c'est effectivement l'écriture de Saunière, mais que ce morceau de fin de lettre peut faire référence à n'importe quoi, peut mentionner tout autre chose qu'une maquette, mais je me suis toujours refusé à divulguer le reste du courrier.

° Philippe Marlin : Je comprends très bien ce que tu dis au sujet des lettres de Saunière, puisque ces lettres font référence à des endroits stratégiques pour toi. Par contre, je ne comprends pas pourquoi tu ne veux pas donner le nom du fondeur.
· C'est parce qu'on retrouve ça dans d'autres papiers ·
· Pierre Jarnac :Il existerait donc d'autres lettres contenant les mêmes indications topographiques ? Le nom du fondeur finirait donc par authentifier ce que tu dis. Ou alors il faudrait penser qu'il existe, parmi le courrier publié, une autre lettre à laquelle personne n'a rien compris ?
· J'ai toujours dit qu'avec la maquette, je n'avais pas eu tous les courriers. Il n'y en a qu'une partie. J'ai donc toujours soupçonné qu'Antoine Captier posséderait innocemment les autres lettres et en voyant le nom du fondeur, il verrait un rapport avec l'affaire. Il m'a donné, à ma demande, une liste d'une vingtaine de noms dans laquelle il figure. Il a donc bien des lettres que je n'ai pas.
· Pierre Jarnac : Tu aurais pu jouer le jeu avec lui. Il t'aurait donné ses informations ·
· C'est vrai qu'au début il m'a dit : « tu viens et tu regardes les papiers que tu veux ». Mais je vous ai dit au début que j'avais commis des erreurs ·
· Philippe Marlin : Moi, je ne comprends pas comment en ayant le nom du fondeur sous les yeux, ce nom va me permettre de trouver des choses. Le fondeur aurait-il des documents qu'il ne t'a pas donné ?
· Pierre Jarnac : Non. Il y a là la suite de son histoire. Il a peur que Captier fasse le rapprochement avec certains courriers sur lesquels il n'a pour l'instant rien compris.
· Philippe Marlin :Comment Captier peut-il avoir des documents de la fonderie ?
· Il n'y a pas que la maquette qui a été commandée.

° Sur un plan, on marque toujours le nord. Ici ce n'est pas le cas. Si on refait un cadre aux angles bien droits, lorsqu'on rentre la maquette dedans, on voit qu'à un moment on a un 'sifflet' · un angle très aigu · et lorsqu'on regarde une carte d'Etat-major, le nord magnétique et le nord géodésique y sont indiqués avec la déclinaison. C'est exactement la même. J'en ai déduit que si ce n'était pas une erreur du fondeur, dans ce cas-là, fort mal habile pour ne pas être capable de faire quatre angles droits, c'est peut-être qu'on lui a donné les dimensions de la maquette et sa forme, et le fondeur a exécuté.

° Ici une série de monnaies qui va de la monnaie grecque aux monnaies gauloises et romaines, jusqu'à des pièces datant de Louis XVI. Tout a été trouvé dans une profondeur variant entre cinq et dix centimètres. D'autre part, toutes les pièces étaient mélangées au même endroit. C'est un non-sens car il devrait y avoir une stratigraphie chronologique des monnaies. On a trouvé également beaucoup de petits clous de petite menuiserie. En ce qui me concerne, je gratte uniquement devant la cavité. Tout ce que je vais vous montrer en vient. J'en ai vingt-sept kilos.
· Les monnaies étaient sans contenant ?
· La seule hypothèse que j'ai est que quelqu'un est allé au fond de la cavité, a remonté des boîtes, des sacs, a tout vidé devant, a trié les plus belles pièces ; même les pièces en argent n'ont pas intéressé ceux qui ont fait ça.
· La pièce la plus récente daterait donc de Louis XVI ?
· Oui ·Voilà un intaille au profil de Louis XVI. Voilà la fin d'une crosse de mousquet. Quand on l'a trouvé, c'était un bloc infâme. · Ici, des vases de la période celte. Voilà un fer de lance, époque médiévale.


Torkain nous a rejoint et l·absinthe laiteuse commence à couler dans nos verres. André officie au barbecue alors que le fidèle René découpe le jambon du pays. Le téléphone sonne. René, perdu, s·exclame : « c·est une anglaise, je ne comprends rien »··. C·est notre amie Stella Maris qui nous rejoint quelques instants par delà le channel. Nous constatons avec ravissement que le contact « cosmique » du lundi a bien fonctionné !
Déjeuner convivial où les projets les plus sérieux sont abordés. Celui de créer une « association pour la restauration de la Tombe de Bérenger Saunière », puisque la municipalité ne semble pas se décider à entretenir la dernière demeure de celui qui nous a tant fait rêver·· Et de celui qui remplit les caisses communales par le biais des recettes touristiques. En avant : Président Yves Lignon, Secrétaire Général votre serviteur, Trésorier André Goudonnet et Chargé des Relations locales, Torkain.
Et puis s·esquisse une « Mission Scientifique » de grande ampleur. Chacun sait que les fantômes de templiers s·échappent chaque année, la nuit du 12 au 13 octobre, du cimetière de Lavaldieu pour se fondre dans le Bézu. Yves Asmodée, via le Laboratoire de Parapsychologie de Toulouse, voulait monter une mission d·enquête sur le sujet. Un sujet qui hélas, on se demande bien pourquoi, n·a pas été retenu par les autorités universitaires. « Alors si on organisait cette mission avec l·ODS ? ». Banco !
Nous évoquons d·autres travaux indispensables, comme un voyage d·études dans la région de Stenay/Orval/Bouillon, « Aux Sources du Mythe », ou encore une recherche approfondie dans la région du Mont Pilat, « Sur les traces de Bérenger Saunière à Lyon ».

Le verre d·Armagnac rapidement dégluti, nous rejoignons nos véhicules pour aller visiter le sanctuaire. Première escale dans la caillasse où André DG nous montre le « rognon », fameux détail topographique qui se retrouve sur la maquette. Puis c·est la visite du village abandonné de Périllos, et notamment de sa chapelle dont André est allé chercher les clefs à la mairie d·Opoul. Pendant que Torkain mitraille avec son camescope, l·Ermite de Durban nous conte l·histoire de la Sainte locale, honorée par un pèlerinage tous les ans à la Pentecôte. Extrait du Livret Périllos no 1, brochure auto-éditée par André ©


Les rares écrits concernant cette découverte identifient la statue comme une représentation de Ste Barbe· Pour nous il ne peut s·agir de cette patronne et nous allons tenter de comprendre pourquoi.


Le glissement des traditions.

Chaque saint canonisé est symbolisé par l·instrument ou la raison de son martyre. La statue en question ne présente aucun détail correspondant à Ste Barbe qui n·est jamais illustrée dans cette posture, ni avec ce genre de ·coiffure rayonnante·.
Il se pourrait, simplement, que dans la superstition locale, il y ait eu glissement, déformation ou carrément superposition de plusieurs entités hagiographiques, peut-être en raison d·une méconnaissance de très anciennes origines devenues obscures ou perdues à tout jamais pour le commun.

La Chapelle de Périllos


Les attributs de Ste Barbe.

Sainte Barbe, ou Ste Barbara, est habituellement représentée appuyée, accoudée, à une tour. Généralement sa coiffure est un voile bleu ou blanc, pratiquement jamais cheveux défaits ou dévoilés. De plus elle est la patronne des mineurs, des artificiers et, par extension, des artilleurs ! Notons que la poudrière d·un navire de guerre s·appelle ·La Ste Barbe·. On est assez loin, ici, des paisibles bergers de Périllos.
Encore une fois la seule similitude acceptable est celle, analogique, des foudres célestes s·abattant avec fracas et feu et l·usage des produits explosifs miniers et artificiers· Mais ce n·est guère satisfaisant.
Ensuite on retient que la statuaire religieuse montre divers personnages avec des animaux : moutons, agneaux, porcs, chiens, oiseaux et· loups. De fait, si Ste Barbe était la patronne des bergers, il était logique de l·accompagner d·un mouton · à la place d·une tour.

Brèves histoire de Ste Barbara.

Célébrée le 4 décembre, Ste Barbara est plus commune en France sous le nom de Ste Barbe. Pour certains savants bénédictins ce serait une sainte inventée de toutes pièces pour plusieurs circonstances insolites.
Elle aurait été enfermée dans une tour par son père voulant la protéger de la convoitise des hommes. S·étant convertie, Barbara fait pratiquer une troisième fenêtre dans sa tour pour illustrer la Ste Trinité. Son père furieux et resté idolâtre voulut la tuer pour ce geste. Dès le crime commis la foudre divine s·abat sur le meurtrier· faisant ainsi de Barbara la protectrice de ceux qui manipulent et subissent les explosions. Paradoxalement elle est aussi la patronne des pompiers.

Ste Barbe de· Périllos ?

Dans la petite église romane de Périllos nous retrouvons une statue de Ste Barbe. Ici elle est bien représentée hiératiquement accoudée à sa tour et l·on y trouve les trois ouvertures qui causèrent son martyre.
Mais de plus nous constatons qu·il existe une seule petite chapelle, admirablement restaurée par la municipalité d·Opoul, sur les terres de Périllos. Cet édifice peu éloigné des ruines du village est placé sous le vocable de· Ste Barbe. Si l·endroit de cette construction ne se prête guère à l·élevage des moutons il est utile de signaler qu·il se situe pas très loin des anciennes exploitations minières de Périllos citées par des écrits notariés vers 1630 !
Admettons alors que si Sainte Barbe fut, sans doute, une bienveillante protectrice de Périllos ce n·était certainement pas en raison des petits bergers du secteur· mais bel et bien pour ·veiller· et ·patronner· des activités plus ·minières·, ·souterraines· , et plus symboliquement liées aux profondeurs obscures et génératrices de la Terre de ce pays.

Nous verrons , par ailleurs, que les deux statues en question correspondent bien à une très ancienne logique hermétique dont elles pourraient être les dernières illustrations correspondant au lisible passé sur, et sous, les terres des seigneurs de Périllos.

Encore deux remarques sur les mystères de la localité. Un transformateur électrique ronronne doucement à l·entrée··· Pour alimenter quoi ? Rémy, l·Ancien Astronaute penche bien sûr pour une base souterraine d·OVNIS ! Par ailleurs, on note, tant par un panneau dans la chapelle que par une stèle dans les environs, qu·un avion Constellation s·est écrasé ici dans les années 50. La liste des passagers indique que c·étaient des « observateurs ». Il semble bien qu·un autre accident du même type a eu lieu ultérieurement au même endroit, et depuis son survol serait interdit.
Dernière escale au pied de la citadelle d·Opoul avant de nous quitter.

Dîner d·adieu, en petit comité, à l·hôtel Ibis de Carcassonne autour d·une bonne bouteille de Lignon. Yves et Marie-Christine nous narrent les méandres de la recherche parapsychologique en France. Nous cultivons également une de nos marottes favorites, celle d·organiser un colloque de recherche universitaire autour de l·affaire de RLC. Yves avait lancé une initiative de ce type, mais qui a lamentablement avorté en l·absence d·un soutien actif (et matériel) des autorités locales. Un chantier assurément à reprendre, pour mettre une bonne fois pour toutes au clair certains éléments du contexte de l·affaire (le clergé dans l·Aude à l·époque de Saunière, les rapports politiques régionaux, l·influence de la franc maçonnerie, l·occultisme languedocien·..)


Samedi 11 mai 2002 : retour sans histoire à Paris··. Sous forme de clin d'Oeiil : au bénéfice des travaux sur l·autoroute Béziers, Clermont-Ferrand, nous nous égayerons dans la nature et passerons au pied du château de Cabrières, le domaine de la sulfureuse Emma Calvé.
Il n·y a pas de coïncidence, n·est ce pas Rémy·. ?

Et en cadeau, le rapport romantique de Rémy, l·Ancien Astronaute

Eh bien voila, on est tous rentré de Rennes le Château.

En attendant le rapport du patron, voici quelques réflexions sur le séjour au pays de l·abbé Saunière.

En dépit d·un temps peu clément, nous avons vécu maintes aventures, notamment gastronomiques. Nous avons fait quelques trajets dans, sur et parfois sous l·eau.

Nous avons vu les Maîtres de l·Ordre Ancien et Mystique du Prieuré de Sion : habilement dissimulés, ils étaient cependant reconnaissables à un détail subtil; ils conduisent des Nissan.
On a donc visité Rennes le Château, capitale secrète de l·Histoire de France.
On a vu les salles où la sulfureuse Grande Prêtresse, Emma Calvé, tenait ses bacchanales mystiques. On a suivi les pas de Bérenger Saunière, super-initié machiavélique, quand il recevait ses instructions des Supérieurs Inconnus. On a vu l·église de Rennes le Château : le génie cryptographique de l·abbé nous mène sur le chemin du fabuleux Trésor du Temple de Jérusalem et de l·Arche d·Alliance, au pied de laquelle Saunière, guidé par l·abbé Boudet, énigmatique héraut du grand Monarque, devait recevoir les stigmates de sa destinée grandiose.
Nous avons senti le souffle fétide des Forces Noires toujours à l'oeuvre, au vu de l·état de dégradation de la tombe de Saunière. Nous avons aussi constaté, dans le cimetière de Rennes-les Bains, la disparition des deux tombes d·Urbain de Fleury. Peut-être les Rose+Croix, les vrais, ont-ils décidé, pour respecter la règle, de dissimuler de manière définitive la sépulture. Ou peut-être de Fleury, nouveau Rose+Croix immortel, est revenu faire disparaître les traces de son passage sur ces terres magiques.
On a parcouru les routes que les Atlantes suivaient en procession interminables, psalmodiant leurs envoûtantes incantations, depuis Tartessos, et après eux les ancêtres géants, venus des étoiles, de la race fabuleuse depuis Stenay, et après eux encore les Templiers depuis Gisors, guidés par l·ultra-terrestre Baphomet, pour se ressourcer au noeud d·énergie tellurique de Rennes. On a vu les cieux que parcouraient les anciens Egyptiens dans leurs avions et leurs hélicoptères, il y a quarante mille ans, au temps de la splendeur du Sphinx et de la Grande Pyramide. Nous avons traversé les chemins tracés par Michel de Nostre-Dame quant il venait quêter le savoir mystique des Initiés réunis en conclave dans les ruines de Rhedae pour rédiger ses prophéties. On a deviné, plus qu·on n·a vu, la Centrale Initiatique dissimulée sous le Bugarach, où les Gouvernants Invisibles entrent et sortent en soucoupes volantes. Enfin, nous avons visité Périllos. Sur ce point, je laisserai André Douzet s·exprimer. Je dirai simplement que Pierre Jarnac et André nous ont montré un gouffre, présumé cénote, relief d·un passage de réfugiés Incas dans les Corbières, qui y jetaient leurs victimes sacrificielles. Pour moi, toutefois, le lieu a immédiatement évoqué une entrée secrète de l·Agartha.

Et si vous pensez que j·ai vu tout ça sous l·emprise du vin de Fitou, c·est que vous êtes mauvaises langues. J·ai des témoins.

RL

1 Ce travail est republié dans ce numéro 14 de Murmures d·Irem.
2 Message d·André Douzet sur Serpent_Rouge (18.05.2002)
3 Extrait de perso.wanadoo.fr/pigboar/sermon.htm
4 Contribution du 9/02/2002
5 Message sur Serpent_Rouge du 18/04/2002
6 Allusion à une mystification sur base de faux documents développée sur notre liste Serpent_Rouge.
7 Extrait du site www.ibr.gda.pl/rivendal
8 Anonymat souhaité par AD.