Ce document est une belle histoire ; celle d’une passion, Sylvain et la SF, mais aussi celle d’une grande ouverture d’esprit de la part de l’Université capable d’accueillir des travaux de ce type.


Sylvain Ferrieu ©

REMERCIEMENTS :

- Aux écrivains pour avoir écrit
- A J.P. BOURRE
- A Raymond MILESI
- A Marc LEMOSQUET
- A Béatrice LANDERER
- A Carole, pour tout et le reste.

Le présent mémoire n'est pas une étude de la réalité du pouvoir, telle qu'on peut l'observer au  moyen de la science politique, mais plutôt une recherche concernant  la virtualité du pouvoir, anticipée dans l'inconscient collectif des citoyens. Le rapport avec la science politique, la science qui étudie le jeu du pouvoir politiques dans les institutions ou en dehors, ne paraissant pas évident au premier abord, se révèle quand on pense que le pouvoir existe aussi dans l'imaginaire des citoyens et dans celui des artistes. Il nous paraissait alors intéressant de rechercher non pas le jeu du pouvoir actuel avec ses multiples facettes, mais comment le pouvoir pouvait se représenter dans l'imaginaire, et aussi ce que le pouvoir pourrait raisonnablement devenir dans le futur proche, ou éventuellement lointain. Pour réaliser cet objectif, une démarche sociologique nous paraît d'abord s'imposer, pour sonder le mieux possible l'opinion des citoyens, et aussi observer leurs craintes et leurs espoirs concernant l'évolution possible du pouvoir gouvernant. Partant de cette observation du réel, destinée à nous fournir les bases de la recherche, nous avons pensé donner une consistance à ces opinions diverse en recherchant des pensées structurées, complètes, de ce que pourrait devenir le pouvoir futur. La seule source qui se présente alors est celle de la science-fiction: les écrivains de science-fiction sont en effet les seuls à se permettre d'anticiper idéalement l'avenir et d'en livrer leur vision personnelle, qui a le mérite d'être extrêmement réfléchie.

La science-fiction existe sans doute depuis que les sciences, dans leur définition moderne, existent. Avant la fin du XVIIIe siècle, date à laquelle on distingua formellement les sciences physiques de la philosophie ou des lettres, la science-fiction n'existait pas véritablement, même si des fictions, comme celle de Thomas MORE ou de RABELAIS existaient, elles ne se fondaient pas sur des préceptes scientifiques mais sur l'imagination. A choisir, et en excluant le domaine légendaire ( les gestes ou les épopées qui existent depuis HOMERE) on pouvait classer ces histoires dans le Fantastique. Il faut attendre le XIXe siècle pour véritablement parler de science-fiction avec divers écrivains et surtout des vulgarisateurs scientifiques dont le plus célèbre demeurera Jules VERNE (également H.G WELLS pour la littérature anglophone). Mais c'est surtout au XXe siècle que la science-fiction se développera, par opposition à d'autres genres comme le Fantastique (de HOFFMAN à Bram STOKER, puis à Jean RAY) et son corollaire l'Epouvante (Stephen KING, Graham MASTERTON...), le merveilleux (de NODIER à TOLKIEN) ou l'Etrange (de Ann RADCLIFF à CONAN DOYLE, le genre étant un peu éteint...) La science-fiction est la projection futuriste de théories scientifiques (maintenant que la  science est clairement définie) pour la réalisation d'un cadre de vie fictif dans un futur proche ou éloigné, sur Terre ou dans l'Espace. Des exceptions existent, comme La nuit des temps ou Le Grand Secret de Barjavel, qui sont plutôt passéistes, ou les oeuvres de H.P LOVECRAFT, à la limite du fantastique où les monstres sont des extraterrestres antédiluviens (Mais on ne sort jamais réellement de la définition). Plusieurs succédanés du genre sont connus; le Cyberpunk, futur proche et très axé sur la cybernétique et les ordinateurs, le Space Opéra, dans l'espace avec des Extraterrestres et des  vaisseaux spatiaux, le Post-Apocalyptique, qui décrit le monde après la bombe... La science-fiction est cependant un genre autonome, qui a laissé beaucoup d'écrits et généré beaucoup d'écrivains de talent plus ou moins connu : H.G WELLS (L'homme invisible, la machine à remonter le temps), Isaac ASIMOV (fondation, Fondation foudroyée), Arthur C. CLARKE (2001, 2010), Philip K. DICK (Blade runner, Ubik)... Le genre n'est pas très bien considéré en France, où on le regarde comme un genre réservé aux enfants, avec des vaisseaux spatiaux et des rayons laser. Seul quelques écrivains sont reconnus comme talentueux, et on s'abstient bien de dire qu'ils font de la S-F: ORWELL, HUXLEY et parmi les francophones BARJAVEL, ou encore Pierre BOULLE, l'auteur de La planète des singes, mort récemment. Cette méprise est extrêmement regrettable, car la science-fiction a beaucoup de choses à apporter, autant du point de vue du littéraire que de celui de l'imaginaire: nous sommes presque le seul pays à ne pas l'avoir compris.

Au-delà de l'oeuvre littéraire, on peut même se demander si les ouvrages de science-fiction n'ont pas une portée philosophique. Ils contiennent en effet les idées que leurs auteurs ont pu se faire du futur, livrées après mûres réflexions sur des problèmes sociaux aussi bien que théologique (consulter par exemple à ce sujet les 2001, 2010 et 2061 de l'écrivain Arthur C. CLARKE qui présentent une vision passionnante de ce que nous pourrions considérer comme Dieu). Ces idées sont celles d'écrivains, d'artistes, dont on peut se demander quelle est leur relation véritable à la réalité. A ce propos justement les écrivains de science-fiction ont sans doute les pieds sur terre, malgré leur  condition d'artistes idéalistes. Laissons Aldous HUXLEY résumer sa définition : « Le Meilleur des mondes est un livre sur l'avenir, et, quelles qu'en soient les capacités artistiques, un livre sur l'avenir ne peut nous intéresser que si ses prophéties ont l'apparence de choses dont la réalisation peut se concevoir. » Car tel est le ressort de la science-fiction, de se fonder le plus souvent sur la science, et par ce biais sur la logique, la réalité. L'écrivain de science-fiction a une démarche scientifique qui repose sur l'observation du réel et sur la connaissance des théories physiques ou astronomiques pour transposer dans le futur proche ou lointain la réalité de ces théories. La projection fictive ainsi réalisée repose sur des préceptes scientifiques réels ou possibles. (Il arrive que certains auteurs prennent le contre-pied des théories reconnues pour créer à contrario un monde reposant sur d'autres fondements scientifiques mais ceci entre plutôt dans le domaine de la philosophie axiomatique qui remet en question les axiomes Euclidiens: ne nous y attardons pas.) Le rapport entre les écrivains de science-fiction et la réalité est bien plus intense qu'on le pense; nombre de ces écrivains ont été diplômés de science (comme Arthur C. CLARKE ou Isaac ASIMOV) et  entretiennent de bons rapports avec les grands scientifiques (Saviez-vous par exemple que Stephen HAWKING, le précurseur de la théorie quantique, avait participé à certains épisodes de la série T.V. culte Star Trek, the Next Generation. Il joue même dans l'épisode descent.) D'autres, comme SPINRAD, touchent un peu à tout: ainsi dans les Pionniers du Chaos le créateur de la Théorie de l'entropie sociale, Marckovitz, n'est-il pas un sociologue s'inspirant de la théorie du chaos récemment découverte en sciences physiques ? Il n'est donc pas étonnant de retrouver dans leurs écrits des idées pertinentes sur ce que le futur peut nous réserver. Oserions-nous même affirmer qu'à défaut de voyantes, ils constituent les meilleures sources de prévision que nous puissions consulter ? Il est certain en tout cas qu'on peut trouver dans leurs ouvrages des caractères saillants de la réalité actuelle qui peuvent se développer dans le futur.
Cette approche souvent réaliste nous a permis de nous demander, au cours de l'enquête, si on ne pouvait pas envisager un développement de la problématique, en découvrant parmi les traits communs des écrivains étudiés cette méfiance du progrès unanime, la Peur de

la Machine. Après la typologie des différents régimes envisageables dans les livres de science-fiction, il est apparu essentiel, pour comprendre le ressort qui animait les auteurs, d'en tirer le dénominateur commun, qui est cette peur du progrès typique de notre époque - alors qu'il y a un siècle encore le progrès en question devait libérer l'homme de l'ignorance et de la superstition - et qui pourrait certainement expliquer pourquoi la jeunesse française à l'heure de la bombe atomique et des guerres bactériologiques, est aussi pessimiste quant à son avenir...

I. RECHERCHE ET INTERROGATIONS AU SUJET DE LA VISION DU POUVOIR FUTUR


L'avenir est sombre. Les prénotions que nous pouvions avoir vis à vis de l'avenir du monde pouvaient être motivées par deux éléments : le premier, psychologique, serait la résultante de l'inquiétude commune à tout homme devant son avenir incertain, surtout dans le cas des adolescents qui ne savent pas quoi faire plus tard. Le second élément serait plus objectivement observable; il n'est pas rare en effet d'entendre des expressions toutes faites comme Les choses ne sont plus ce qu'elles étaient, tout va de mal en pis... Ces expressions si fréquentes semblent traduire un malaise ambiant, et c'est cette considération qui nous inspira les premières directions de l'enquête: il ne s'agissait pas de faire une étude purement littéraire qui n'aurait aucun rapport avec la réalité du pouvoir, mais plutôt de rattacher l'étude du pouvoir vu par les artistes à une certaine forme de réalité politique. Il nous paraissait évident que les artistes, pas moins concernés par la politique que les autres hommes, puisaient leurs idées sur le pouvoir à la source commune de l'inconscient collectif, pour les cristalliser dans leurs écrits. Il fallait donc déterminer la situation des écrivains de science-fiction par rapport aux opinions généralement émises, et savoir si les livres de science-fiction allaient dans le sens d'une réalité observable, et pouvaient dont être étudiés dans le cadre de la science politique, où si notre recherche allait échouer par manque de réalisme.


  1. Premier aperçu de la réalité observée : sondage

Le sondage paraissait la première démarche à suivre pour cristalliser le malaise ambiant, et pour déterminer en toute franchise et après un minimum de réflexion ce que les gens pensaient réellement. Les artistes se référant souvent à leur expérience de la réalité, il fallait découvrir si les visions pessimistes des écrivains se retrouvaient dans les opinions émises par les gens. Pour le savoir, il suffisait de demander aux gens en question.

On sera surpris de la concordance des informations recueillies par l'observation, le sondage; et des propositions littéraires des écrivains. S'agit-il d'un mal du siècle ? En tout cas, autant gens du commun qu'écrivains, personne n'est optimiste au sujet de l'avenir. Le sondage qui suit vérifie les prémisses de l'enquête, l'hypothèse selon laquelle il existerait un pessimisme ambiant présent à la fois dans la réalité et dans les écrits de science-fiction.

- Quelle est votre définition de la démocratie ?

Note : pour cette question, nous avons été obligés de faire des catégories à posteriori pour regrouper les réponses. Il va de soi que personne n'a donné sensiblement la même réponse, mais certains caractères récurrents ont pu être classés.

popol_03.jpg

Idéal libéral (Etat de droit, de liberté)
52 %  
Définition classique (pouvoir au peuple)    
32 % 
Supercherie (aucune confiance dans le régime)  
8 %
Utopie (idéal irréalisable)
8 %
      
  
    

- Pensez-vous que la démocratie, telle qu'elle nous est présentée aujourd'hui, sera encore applicable dans le futur ?

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
29 % 
42 %
29 %
- de 35 ans artistes:
25 %
75 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
33 % 
50 %
17 %
+ de 35 ans non-artistes:
80 %
20 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
50 %
  50 %
0 %
Total + de 35 ans :
66 %
34 %
0 %
Total :
40 %
47 %
  13 %

Par rapport à la question précédente, on peut préciser qu'en général, les définitions idéalistes se retrouvent dans la catégorie NON, alors que les définitions classiques et les réponses supercherie  se retrouvent dans la  catégorie OUI.
- Quelle est votre vision de la relation pouvoir/citoyen dans le futur ?

 

 
optimiste
pessimiste
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
29 %
71 %
0 %
- de 35 ans artistes:
20 %
60 %
20 %
Total - de 35 ans :                  
25 %
67 %
8 %
+ de 35 ans non-artistes:
20 %
80 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
50 %
50 %
0 %
Total + de 35 ans :
34 %
66 %
0 %
Total :
26 %
  68 %
6 %

     
Note : Les réponses pessimistes se sont en général affirmées plus franchement que les réponses optimistes qu'on aurait pu classer plutôt optimistes.

- Quel est le type de vision que vous avez du futur ?
 
Démocratie
Dictature brutale
Dictature à cause
- de 35 ans non-artistes:  
46 %
0 %
6 %
- de 35 ans artistes:
20 %
9 %
42 %
Total - de 35 ans :                  
32 %
4 %
24 %
+ de 35 ans non-artistes:
  0 %
0 %
20 %
+ de 35 ans artistes:
46 %
0 %
0 %
Total + de 35 ans :
31 %
0 %
7 %
Total :
30 %
3 %
20 %
         
 
Nationalismes antagonismes
Autre
- de 35 ans non-artistes:  
40 %
14 %
- de 35 ans artistes:
9 %
20 %
Total - de 35 ans :                  
24 %
16 %
+ de 35 ans non-artistes:
80 %
 0 %
+ de 35 ans artistes:
8 %
  46 %
Total + de 35 ans :
31 %
31 %
Total :
27 % 
20 %

 

Par dictature à cause, entendre dictature religieuse ou scientifique par exemple. On peut définir cela comme une dictature au nom d'une idée quelconque non-politique.

- Craignez-vous une recrudescence des procédés de contrôle des citoyens dans le futur ?

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
85 %
15 %
0 %
- de 35 ans artistes:
80 %
20 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
83 %  
17 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
92 %
8 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
100 %
0 %
0 %
Total + de 35 ans :
98 %
2 %
0 %
Total :
86 %
14 %
0 %

 

- En particulier, craignez-vous une recrudescence des contrôles fondés sur :

La Science

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
86 %
14 %
0 %
- de 35 ans artistes:
60 %
40 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
75 %
25 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
100 %
0 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
50 %
50 %
0 %
Total + de 35 ans :
66 %
33 %
7 %
Total :
74 %
26 %
0 %

Les média et la manipulation de masse

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
71 %
29 %
0%
- de 35 ans artistes:
80 %
20 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
75 %
25 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
100 % 
0 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
100 %
0 %
0 %
Total + de 35 ans :
100 %
0 %
0 %
Total :
74 %
26 %
0 %

La répression policière

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
71 %
29 %
0 %
- de 35 ans artistes:
40 %
60 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
58 %
42 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
0 %
100 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
50 %
50 %
0 %
Total + de 35 ans :
33 %
66 %
0 %
Total :
53 %  
47 %  
0 %

- Craignez vous une incursion du pouvoir dirigeant dans la vie privée des citoyens dans le futur ?

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
57 %
43 %
0 %
- de 35 ans artistes:
80 %
20 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
66 %
34 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
75 %
25 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
100 %
0 %
0 %
Total + de 35 ans :
92 %
8 %
0 %
Total :
74 %
26 %
0 %

    

- Craignez-vous l'uniformisation des cultures ou la domination d'une seule culture mondiale?

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
72 %
28 %
0 %
- de 35 ans artistes:
80 %
20 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
76 %
24 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
0 %
100 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
100 %
0 %
0 %
Total + de 35 ans :
66 %
34 %
0 %
Total :
74 %
26 %
0 %

 

- Pensez-vous, qu'à l'heure actuelle, les citoyens contrôlent effectivement l'avenir de la société ?

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
14 %
72 %
14 %
- de 35 ans artistes:
20 %
80 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
16 %
76 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
0 %
100 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
12 %
88 %
0 %
Total + de 35 ans :
8 %
92 %
0 %
Total :
13 %
80 %
7 %

- Pensez-vous qu'un ordinateur soit apte un jour à prendre en charge la direction de la société ?

 
Oui    
Non 
Sans Opinion
- de 35 ans non-artistes:  
14 %
86 %
0 %
- de 35 ans artistes:
94 %
  6 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
40 %
60 %
0 %
+ de 35 ans non-artistes:
66 %
34 %
0 %
+ de 35 ans artistes:
50 %
50 %
0 %
Total + de 35 ans :
56 %
44 %
0 %
Total :
46 %
54 %
7 %

 

Pour cette question, nous avons bien précisé est-il possible en écartant « est-il souhaitable: les réponses ne sont en aucun cas des souhaits, juste des opinions.

- Vous intéressez-vous à la science-fiction ?

 
Oui    
Non 
- de 35 ans non-artistes:  
72 %
28 %
- de 35 ans artistes:
100 %
0 %
Total - de 35 ans :                  
84 %
16 %
+ de 35 ans non-artistes:
34 %
66 %
+ de 35 ans artistes:
100 %
0 %
Total + de 35 ans :
70 %
30 %
Total :
80 %
20 %  

 

Note : Les non ont été des réponses beaucoup plus tranchées que les oui.

Ce sondage a été réalisé sur 45 personnes sans distinction ni présélection; nous avons donné la parole à qui voulait s'exprimer sur le sujet, par deux moyens principaux: les questions de vives voix et l'envoi de courrier à certaines personnes appartenant à des catégories socioprofessionnelles que nous voulions voir représentées dans les réponses. Nous regrettons de ne pas avoir pu réunir plus de personnes. Cette réduction du nombre de personnes interrogées est une limite à la fiabilité du sondage, mais celle-ci est palliée par la relative représentativité des réponses, recherchées chez des personnes variées appartenant à diverses classes sociales. Chez les jeunes, la majorité est aux étudiants mais on peut compter quelques chômeurs, de jeunes actifs et militaires. Chez les plus de 35 ans, nous avons des cadres supérieurs, hauts magistrats, professeurs, mais aussi des ouvriers, des journalistes et des retraités. Les questions furent posées telles que vous les voyez écrites ici, avec les précisions nécessaires données entre parenthèse pour les participants qui ne comprenaient pas immédiatement le sens de la question.

  2) De la réalité à la fiction: interview d'écrivains

Après avoir posé la question pour avoir un avis global sur le sujet, nous avons imaginé demander l'avis de la classe concernée au premier chef de l'enquête. Ceux qui décrivent de la manière la plus complète et la plus structurée un futur avec un pouvoir dirigeant sont sans exception (à part les extralucides...) les écrivains de science-fiction. Mais avant de se précipiter dans une étude aveugle de leurs oeuvres, encore faut-il les laisser eux-mêmes expliquer leur démarche et leurs convictions concernant l'avenir. Les interviews qui suivent ont un double intérêt: elles permettent de comparer les opinions des écrivains de science-fiction avec celles du commun, mais également de savoir quelle place conférer à leurs oeuvres, et, notamment, s'il faut les considérer comme des témoignages fervents ou les prendre avec circonspection. Après tout ce ne sont que des histoires...

Les interviews suivantes ont été réalisées par courrier grâce à des intermédiaires qui nous ont fourni les adresses: au départ nous avions prévu 5 envois, mais nous n'avons obtenu que 2 réponses. Peut-être les autres correspondants n'ont-ils pas eu le temps de répondre ou peut-être ont-ils été décontenancés par les questions. Il faut dire que pour 4 ou 5 écrivains interrogées, la demande d'interview était la première lettre de notre part. Les écrivains qui ont répondu ont néanmoins montré un certain intérêt pour le sujet.

 

Raymond MILESI est un écrivain d'expérience dans le domaine de la science-fiction, publié de nombreuses fois dans les revues, auteur de Extra-Muros (Editions de l'Aurore) - ayant reçu deux prix: le grand-prix de la S-F 91 catégorie nouvelles et le Prix Rosny Aîné 91 - et de chien bleu couronné (Ed. Fleuve Noir Anticipation N° 1841). Basé à Thionville, cet écrivain très disponible fut le premier à nous répondre.

1 - Quelle est votre vision de la société, du pouvoir par rapport au citoyen dans le futur ?
Il faudrait des années pour répondre... Disons qu'a priori je ne vois pas pour quelle raison la notion de pouvoir serait différente dans le futur de ce qu'elle a toujours été. La citoyenneté, à la base, consiste à exercer une parcelle du pouvoir sans en subir les responsabilités, qu'on délègue à certains. L'exercice peut varier à l'infini, la notion restera la même.

 

2) Selon vous, la science peut-elle influer sur le contrôle des citoyens ?

Je n'en sais strictement rien. Il faudrait interroger des hommes de science. Peut-être confondez-vous la science-fiction (forme exclusivement littéraire) avec une science ?

 

3) Quelle définition donneriez-vous de la démocratie ?

C'est un régime qui permet en principe à chaque citoyen de participer aux choix collectifs. Excellent avec un peu d'individus, il devient très pénible ç gérer avec la masse, ses lourdeurs et ses contradictions. Mais apparemment, les autres régimes sont pires.

 

4) Croyez-vous que la démocratie, telle que vous la définissez, sera présente dans un siècle ?

Dans un siècle ? Tout dépend du problème, autrement plus important, de la surpopulation. Ce dernier ne pourra se régler que par des oppositions violentes. Nous verrons bien comment la démocratie s'en sortira. Ne pas oublier que certaines religions portent en elles la négation du principe démocratique.

 

5) Pensez-vous que la connaissance du passé puisse garantir une certaine liberté, tandis qu'un dictature aurait tout intérêt à s'appuyer sur une campagne d'éradication du passé ?

Non. Ce qui garantit la liberté, c'est la qualité d'existence des individus. Or le dictateur ne naît pas comme ça, d'en haut: il est l'émanation d'une société où de nombreux individus mécontents souhaitent sa venue. Le passé a peu de poids, en dehors de quelques personnes qui assurent la fonction de réflexion.

 

6) Un pouvoir fort verrait-il selon vous son office facilité par une culture de masse univoque?