CONCLUSION A DEUX MAINS

 

par René BARONE et Claude HERMIER

 

Nous voici arrivés au terme de ce voyage dans l'univers des romans d'aventures de José Moselli, mais aussi voyage dans le temps qui nous aura fait revivre une époque révolue, celle des romans feuilletons, des premiers illustrés, des romans sous-images. Aujourd'hui les feuilletons se regardent à la télévision. Marcel Dunot, le Roi des Boxeurs, est remplacé par Walker, le Texas Rangers, Roi du Karaté !

Les temps changent comme dit un rappeur célèbre.

Et José Moselli, aujourd'hui ?

Il serait peut-être réédité, mais la difficulté pour se procurer ses textes est certainement un obstacle majeur.

Certes les éditions "Baleine" ont refusé le roman "Triplix L'Insaisissable" (proposé par J. L. Touchant), jugé vieillot. Mais qu'est-ce cela signifie ? Un petit éditeur Toulousain a ressorti deux de ses nouvelles "Le messager de la planète" et "La cité du gouffre". Quant à "La fin d'Illa" il a été réédité récemment deux fois coup sur coup (voir bibliographie).

Personnellement je n'ai lu qu'un petit nombre de ses romans, mais je pense que "La guerre des océans" (Marabout, 1975), "W...Vert.." ou "Le dernier pirate" par exemple sont aujourd'hui encore parfaitement lisibles et pourraient être réédités dans des collections de poche.

Il y a parfois des invraisemblances dans ses romans, des coïncidences extraordinaires, qu'on pourrait mettre sur le compte d'une écriture trop rapide, mais quand je regarde des films à succès comme "La guerre des étoiles" ou les films de Stallone, ça tire dans tous les coins et le héros n'est jamais touché, je me dis que c'est pire et que José Moselli n'aurait pas à rougir !

Dans ses romans l'aventure est présente à chaque page, ça bouge, ça tire aussi dans tous les coins, il n'y a pas de temps morts, feuilleton oblige. On est emporté, fasciné par le déluge d'imagination dont fait preuve l'auteur. Il a voyagé, il sait de quoi il parle, "Pourtant ces localités existent : on peut les trouver sur un atlas un tant soit peu détaillé et il serait parfaitement possible de reconstituer, sur la carte, la presque totalité des itinéraires suivis par Marcel Dunot." écrit plus haut M. Guillaumin. Eh bien j'ai pu le vérifier en lisant "La Montagne des Dieux" dont un passage se situe à Marseille où J. Moselli a résidé quelques temps. Il y parle de lieux que je connais : la montée de La Viste, le Vallon de l'Assassin, tout cela existe et donne une authenticité de ton supplémentaire.

Comme le dit J. L. Touchant dans son article, la meilleure façon de lire Moselli, c'est sous forme de feuilleton. Les illustrations font partie du récit et lui donnent une saveur particulière. J'ai pu le constater en lisant "W...Vert.." en feuilleton, illustré par A. Galland, et sa suite "Létio Mousi" en Collection d'Aventures, sans les illustrations. Ce n'est pas la même chose, certes le récit est palpitant et se lit d'une traite, mais au fond de moi, je sens qu'il manque quelque chose. J'ai peut-être un peu trop le goût du "rétro", de la nostalgie pour une époque enfuie ? C'est possible. Mais regardez : on réédite bien Jules Verne avec les illustrations d'époque, pourquoi ne le ferait-on pas pour Moselli ? Vous allez me dire, Jules Verne c'est Jules Verne, certes, mais entre nous, Jules Verne, malgré le succès qu'il a toujours, ne lui arrive pas à la cheville ! Mais il a eu la chance d'avoir un autre éditeur que les Offenstadt et d'être publié en volume et non en feuilleton.

Je suis persuadé que, réédités avec les dessins originaux de Galland (ou des autres), ses romans auraient du succès, mais les éditeurs sont des gens très frileux, alors...

R.B.

 

A la lecture de cette première conclusion Claude HERMIER m'a répondu :

 

Quelques remarques sur votre conclusion :

 

- Les éditions Baleine ont trouvé Moselli "vieillot" ? Quelle inconséquence ! Non, Moselli n'est pas devenu vieillot. Sa prose est on ne peut plus "moderne". Aussi devrait-il empoigner les jeunes comme les moins jeunes d'aujourd'hui. Vous en êtes un vivant exemple, non !

- Moselli est d'une lecture plus agréable avec, que sans, les illustrations ? Je ne le pense pas. Moselli se suffit à lui-même. Par contre il en est différemment pour les feuilletons sous images tel, par exemple, "Le Sultanat de Kazongo". Dans ce cas le texte était écrit, très probablement, pour être largement illustré. D'où une narration plus lapidaire. Nous sommes là, à mi-chemin du feuilleton et de la bande dessinée. Il serait intéressant de piocher la question.

(Tout ce que je voulais dire c'est qu'une illustration apporte un petit "plus" supplémentaire, un certain charme, on la regarde et on rêve... Ça ne remet pas en cause le style et le talent de Moselli)

- Jules Verne ! Je n'en suis pas un inconditionnel. J'en avais parlé à Jean Leclercq qui, avec un ouf ! de soulagement m'avait répondu "Moi non plus ! Je pensais être un des rares à n'en tirer que peu de plaisir. Il me laisse froid". J'ai repris, il y a peu, "Le Tour du Monde en 80 jours" qui m'avait bien plu dans ma prime jeunesse. Le livre m'est tombé des mains. Même remarque quant à l'un de mes frères. Quant on porte aux nues la scène où le héros délivre la jeune veuve - de son Hindou de mari - du bûcher, ça me laisse pantois... Jules Verne était frileux... Et aujourd'hui n'est-ce pas le genre de roman qu'on offre à un gamin pour son anniversaire, en belle édition, avec les illustrations d'époque ? Mais le lit-il ?

Qui le lit vraiment aujourd'hui ? Certains universitaires, oui ! Etudes, commentaires, thèses.

Je ne dirais pas que J. Verne n'arrive pas à la cheville de Moselli. Difficile de les comparer. Le but visé était fort différent. Verne a été un initiateur. Il a ouvert la voie... Sont venus Paul d'Ivoi (qui eut un temps plus de succès que le Nantais), Louis Boussenard (devenu peu lisible de nos jours) et bien d'autres. J'ai lu pas mal de romans d'aventures, Moselli est bien le seul dont je ne me lasse pas.

J. Verne écrivait bien. Prose classique, mesurée. C'est peut-être ce ton mesuré, justement, qui fait qu'il est devenu un classique étudié par les universitaires. La démesure d'un Moselli ne sied peut-être pas aux spécialistes ès littérature, encore que... Oui, je me dis que s'il était accessible - enfoui qu'il est dans des revues quasi inconnues - certains étudiants en mal de thèses se pencheraient très probablement sur son œuvre. Patience ! ...

Je reviens à "... J. Verne ne lui arrive pas à la cheville". Il faudrait présenter cela différemment et le justifier.

(Je disais cela tout simplement parce que je ne suis jamais arrivé à lire du J. Verne : il ne vous prend pas aux tripes !)

Eh oui ! Vous rejoignez Jean Leclercq et moi-même. Mais faudrait-il encore savoir ce que l'on cherche, ce qu'on demande en ouvrant tel ou tel ouvrage.

Enfin, si, comme nous le croyons, Moselli est un romancier de haute tenue, on le redécouvrira. Il ne sera pas le seul à avoir eu son heure, pour ensuite être oublié, puis enfin, selon un temps qui aura plus ou moins perduré, à sortir de cette période d'épreuve transitoire où l'avait relégué notre mémoire naturelle injuste.

 

Puisse ce modeste recueil le faire redécouvrir

 

BIBLIOGRAPHIE sur JOSE MOSELLI

1) Les lecteurs intéressés par J. Moselli pourront trouver d'autres éléments dans l'excellent ouvrage de Jacques VAN HERP : " José Moselli et la S.F. " paru aux éditions Recto-Verso, qu'on peut se procurer chez : Bernard Goorden, "Ides... et Autres", B.P. 33, UCCLE 4, 1180 Bruxelles. Belgique.

2) J. L. TOUCHANT prépare une bibliographie documentée sur J. Moselli pour les éditions Encrage. Parution prévue fin 1998.