JOSÉ        MOSELLI

SA VIE, SON ŒUVRE  

 par René BARONE et Claude HERMIER

 

 

3.15 - Quelques notes sur "Le Roi des Boxeurs" de José Moselli,

tirées de la grande réédition fasciculaire illustrée par Puyplat.

Par Claude Hermier

(paru dans Désiré, 1°série, n° 24, octobre 1969)

   

 Tout jeune -une dizaine d’années- j’ai eu entre les mains quelques fascicules de la célèbre collection.

 Je fus immédiatement conquis, d’autant que les illustrations servaient admirablement le texte. Il me souvient que c’était pour moi des histoires sérieuses auxquelles je participais pleinement, à la différence de tant d’autres. Déjà, j’avais senti le caractère d’authenticité propre aux romans de Moselli. L’enfant que j’étais, se rebutait au didactisme de certains auteurs, qui, souvent,  s’intégrait mal au récit. Je baignais alors en plein mystère car mes livres scolaires donnaient des textes d’un certain Emile Moselly. Etait-ce le même ? A cela s’ajoutait le fait que, possédant des fascicules épars, les aventures de Marcel Dunot paraissaient ne jamais commencer et ne jamais finir... Ce n’était pas sans charme !

 L’impression fut si forte que, bien des années après, ces fascicules me revinrent en mémoire, entre-temps la poubelle avait été le lot du peu que j’avais possédé, mais, sans nul doute, j’étais le seul à en rêver... Et  “Désiré” vint... et le miracle se réalisa : Moselli, et d’autres, n’étaient pas pour tous des inconnus ! Une annonce, de l’argent,  la collection complète du “Roi des Boxeurs”.

 Paru, à l’origine, dans “L’Epatant” d’octobre 1912 à août 1914, “Le Roi des Boxeurs” relève du genre picaresque. Le talent de Moselli, se jouant des difficultés, évite les écueils inhérents à ce genre : jamais de digressions, de didactisme. Les nombreuses aventures du héros sont parfaitement liées, l’emboîtement est tel qu’on a l’impression d’une écriture à jet continu, si bien que jamais la lassitude ne s’empare du lecteur. Il en résulte des récits pleins de vie et qui n’ont, à mon sens, pas vieilli.

 Chez Moselli, l’homme, seul est en cause ; tout le reste ne fait que graviter autour et ajoute à sa connaissance. Les contrées témoins de ses pérégrinations, les éléments naturels ne servent qu’à le définir peu à peu.

 L’homme... tout d’abord Marcel Dunot, le Roi des Boxeurs, celui qui requiert toute la sympathie de l’auteur et du lecteur par sa bravoure, sa franchise, son sens de la justice, mais avant tout image de l’inquiétude au sens le plus large... Ses comparses, eux, ne sont le plus souvent que de “braves garçons”. Quant à ses ennemis, ils sont la condition nécessaire à son existence. Autant dire que le monde est pour lui une jungle sans compromis.

 J’ai parlé d’inquiétude... Témoin la première aventure de notre héros : soutier à bord du “Provence”, paquebot assurant la ligne Le Havre-New York, il monte sur le pont supérieur tourner la manche à air de la chaufferie. Un homme alors surgit, aux allures équivoques, qui s’engage dans la manche à air qui donne dans le dortoir des émigrants ! Dunot, mis en éveil, le suit : l’aventure est lancée. L’inquiétude, voilà le ressort premier de ses aventures ; elle se matérialise par un état d’éveil perpétuel. Cette qualité n’est pas dévolue à tout le monde. Ne sommes-nous pas environnés de menteurs, de voleurs, voire d’assassins, mais le plus souvent ne passons-nous pas outre afin “d’éviter des ennuis” ; ne rageons-nous pas d’avoir essuyé une calomnie, un outrage. La paresse, bien souvent, l’emporte sur toute autre considération.  Détectant là, une affaire louche, Dunot n’hésite pas. L’action suit immédiatement la pensée... Il avait vu juste : l’individu est le chef de la “Main Noire”, une société aux buts criminels, Fred Mac Farlan, par ailleurs - et ne fallait-il pas s’y attendre - boxeur de talent, lui aussi.

 Image de l’inquiétude, Dunot est aussi celle de la lucidité. Il n’est jamais dupe : la politique, une vraie combine pour “écraser le petit”, par exemple. Les aventures de son héros sont donc pour Moselli, l’occasion de dévoiler sans ambages ses idées sur la guerre, la politique. Il nous brosse alors, avec une verve rarement atteinte, une caricature de la mise en place et du dénouement des gouvernements. Arrivant au Honduras en pleine guerre civile, Dunot est nommé Ministre de la Marine par le général Gurgel pour fait d’armes ! Au cours d’une mêlée mémorable, il met en fuite “l’ennemi” et tue son général-président Zoccupastro. “Noble et vaillant capitaine... l’illustre général Gurgel del Amoral... me charge de vous féliciter pour votre admirable vaillance ! ... Il vous nomme ministre de la marine de la République du Honduras !

 

 - Ah ! répondit Marcel Dunot, sans trouver d’autres paroles (f.4, p.27).

 Ministre de la Marine, il le restera peu de temps, car obligé de fuir, il se retrouvera dans le camp adverse, celui dont il a tué le général et... sera nommé Président de la République. Ni lui, ni ses amis ne prennent d’ailleurs bien au sérieux cette subite promotion.

“Un des généraux” s’approcha du jeune Français et lui tendit sa propre épée en criant : - Viva el présidente !

-    Il paraît que me voilà président, maintenant, pensa Marcel Dunot. Tâchons d’être à la hauteur ! (fascicule 6, page 45).

Mais la caricature devient farce... tous les généraux parlaient à la fois :

 - Le général Gumersindo veut être ministre des finances !

 - Il le sera !

 - Le colonel Ladrugado y Castelpo veut être ministre de la guerre !

 - Entendu !

 - Le sénateur Arteaga Rivas demande à être directeur des hôpitaux

 - Ça va !

 - Le docteur Juan de Insolitortovent...

 - Ah ! la barbe... Dis à ces messieurs qu’ils reviennent (f. 6, p. 46).

... devient farce amère... “Señor présidente, dit Proserpino Carcano, j’étais directeur des douanes il y a quatre mois, j’avais été nommé par le Président Fulano...”

 - Quoi ? il me semblait que je succédais à Gurgel, qui lui-même avait pris la place de Zoccapastro ? interrompit Marcel Dunot.

 - Et vous avez raison, señor présidente, car le misérable Zoccapastro avait lui-même renversé le noble Fulano !

 -... je voudrais seulement que vous me rendiez ma place !

 - Quelle place ?

 - Celle de directeur des douanes !

 - Directeur des douanes ! La place est prise, mon pauvre général... mais si vous voulez une place de douanier, je suis à votre disposition (f. 7, p. 51).

 Marcel Dunot ne peut en supporter davantage.

 -... Je ne suis pas un domestique ! grommela Proserpino... une fois vainqueur je vous fais fusiller comme traître à la nation.

 - Ah ! bon, eh bien ! fait fusiller celui-là, sale nègre, tonna Marcel Dunot.

 Et d’un bond il arriva sur Proserpino, surpris, et lui décocha un furieux coup de tête dans l’estomac (f. 7, p. 52).

 

 

 Du fascicule 40 environ au fascicule 136, c’est la guerre de 1914-1918. La Belgique, les Balkans, l’Afrique Orientale Allemande et l’Amérique Centrale (principalement le Canal de Panama) sont le théâtre de ses aventures. Marcel Dunot y donne libre cours à sa haine du “Boche”. Haine viscérale, sans compromis. "Un physiologiste a affirmé que les Allemands possèdent des boyaux plus longs de cinquante centimètres que les autres races humaines. S'il s'était trouvé au camp d'Oukami, cette nuit-là, il en eut certainement conclu que son affirmation était prouvée car, bien que les Boches furent à peine une douzaine, ils engloutirent en moins de deux heures les monceaux de viande qui leur étaient servis" (107/852). L'Allemand, c'est l'incarnation du mal. Au cours d'une beuverie - la scène se passe en Afrique Orientale Allemande - des officiers allemands ne s'amusent-ils pas à tirer sur des Noirs enchaînés (107/Les cibles vivantes).

Fascicule 89 "Dans le temple du Dieu Konsat", Dunot et ses compagnons, prisonniers des Allemands sont parqués dans un enclos palissadé. Ils sont gardés par des Noirs à la solde des Allemands. Hélas, ils ne sont pas seuls. "Hommes, femmes, enfants, vieillards, maigres et hâves, revêtus de loques sordides, étaient étendus sur le sol nu, sans aucun abri contre le soleil. Dans un angle, plusieurs corps décharnés étaient entassés les uns sur les autres. Marcel, les ayant mieux regardés, reconnut que c'étaient des cadavres !" (89/706).

En fait, cette haine du "Boche", n'est qu'une facette de la xénophobie de Dunot.

Le chef de la "Main Noire" est un mulâtre, les Chinois "parlent un charabia auquel on ne comprend rien" ! Le fanatisme musulman est développé dans les fascicules 28 et 29. Sans oublier les "nègres" : "A la vue des féroces nègres, les enfants crièrent plus fort" (89/708). "Les noirs s'étaient tus : aussi cruels que les Boches, ils gardaient le silence afin de ne pas perdre la moindre plainte du supplicié" (103/821)... Même Vermeulen, son ami belge, n'est qu'un "brave Belge".

Pour remettre bon ordre aux exactions de ces "sauvages" Dunot use à merveille de sa force physique. Quand son fusil s'enraye ou qu'il n'a plus de cartouches, il se sert de son arme comme d'une massue. Les barres de cabestan lui sont aussi très utiles : "Dunot, pris d'une rage furieuse, fit tournoyer sa barre, fracassant les têtes, enfonçant les poitrines,... sans s'apercevoir des coups qui lui étaient portés. Il fauchait les têtes de sa terrible barre toute dégoulinante de sang et de débris de cervelles" (2/16). Sa vengeance se traduit le plus souvent par l'anéantissement de l'ennemi.

Les bateaux sont le "terrain" sur lequel il évolue avec le plus d'aisance. Les descriptions que Moselli en donne, juste nécessaires à l'action présente, sont toujours précises. Chaque action nouvelle apporte un peu plus à la connaissance du bateau.

Les manches à air, écubiers, haubans... sont les éléments indispensables au déroulement de l'action. Moselli excelle à décrire les évolutions de Dunot dans les "bas fonds" des bateaux à l'intérieur desquels il s'est introduit à l'insu de tous : "Se faufilant entre les embarcations et les multiples claires-voies donnant sur le pont, il l'atteignit, en saisit les poignées et d'une secousse, la fit pivoter sur ses galets, de façon à ce que son large orifice fut tourné contre le vent" (1/3). "M. Dunot s'élança à travers le fouillis d'échelles de fer et de passerelles accrochées un peu partout entre les cylindres, les pompes et le condenseur. A la clarté d'une lanterne dont il se munit, il se rendit compte d'un coup d'œil que la tige du tiroir était parfaitement rectiligne... Le jeune français s'engagea dans le tunnel de l'arbre de couche, sorte de couloir cylindrique aux parois de tôle, situé à fond de cale, et dans lequel passe l'arbre d'acier, mû par la machine et sur lequel était fixée l'hélice" (35//275/276).

 

Du fascicule 40 environ au fascicule 136, c'est la guerre de 1914-1918. La Belgique, les Balkans, l'Afrique Orientale Allemande et l'Amérique Centrale (principalement le Canal de Panama) sont le théâtre de ses aventures. Marcel Dunot y donne libre cours à sa haine du "Boche". Haine viscérale, sans compromis. "Un physiologiste a affirmé que les Allemands possèdent des boyaux plus longs de cinquante centimètres que les autres races humaines. S'il s'était trouvé au camp d'Oukami, cette nuit-là, il en eut certainement conclu que son affirmation était prouvée car, bien que les Boches furent à peine une douzaine, ils engloutirent en moins de deux heures les monceaux de viande qui leur étaient servis" (107/852). L'Allemand, c'est l'incarnation du mal. Au cours d'une beuverie - la scène se passe en Afrique Orientale Allemande - des officiers allemands ne s'amusent-ils pas à tirer sur des Noirs enchaînés (107/Les cibles vivantes).

Fascicule 89 "Dans le temple du Dieu Konsat", Dunot et ses compagnons, prisonniers des Allemands sont parqués dans un enclos palissadé. Ils sont gardés par des Noirs à la solde des Allemands. Hélas, ils ne sont pas seuls. "Hommes, femmes, enfants, vieillards, maigres et hâves, revêtus de loques sordides, étaient étendus sur le sol nu, sans aucun abri contre le soleil. Dans un angle, plusieurs corps décharnés étaient entassés les uns sur les autres. Marcel, les ayant mieux regardés, reconnut que c'étaient des cadavres !" (89/706).

En fait, cette haine du "Boche", n'est qu'une facette de la xénophobie de Dunot.

Le chef de la "Main Noire" est un mulâtre, les Chinois "parlent un charabia auquel on ne comprend rien" ! Le fanatisme musulman est développé dans les fascicules 28 et 29. Sans oublier les "nègres" : "A la vue des féroces nègres, les enfants crièrent plus fort" (89/708). "Les noirs s'étaient tus : aussi cruels que les Boches, ils gardaient le silence afin de ne pas perdre la moindre plainte du supplicié" (103/821)... Même Vermeulen, son ami belge, n'est qu'un "brave Belge".

Pour remettre bon ordre aux exactions de ces "sauvages" Dunot use à merveille de sa force physique. Quand son fusil s'enraye ou qu'il n'a plus de cartouches, il se sert de son arme comme d'une massue. Les barres de cabestan lui sont aussi très utiles : "Dunot, pris d'une rage furieuse, fit tournoyer sa barre, fracassant les têtes, enfonçant les poitrines,... sans s'apercevoir des coups qui lui étaient portés. Il fauchait les têtes de sa terrible barre toute dégoulinante de sang et de débris de cervelles" (2/16). Sa vengeance se traduit le plus souvent par l'anéantissement de l'ennemi.

Les bateaux sont le "terrain" sur lequel il évolue avec le plus d'aisance. Les descriptions que Moselli en donne, juste nécessaires à l'action présente, sont toujours précises. Chaque action nouvelle apporte un peu plus à la connaissance du bateau.

Les manches à air, écubiers, haubans... sont les éléments indispensables au déroulement de l'action. Moselli excelle à décrire les évolutions de Dunot dans les "bas fonds" des bateaux à l'intérieur desquels il s'est introduit à l'insu de tous : "Se faufilant entre les embarcations et les multiples claires-voies donnant sur le pont, il l'atteignit, en saisit les poignées et d'une secousse, la fit pivoter sur ses galets, de façon à ce que son large orifice fut tourné contre le vent" (1/3). "M. Dunot s'élança à travers le fouillis d'échelles de fer et de passerelles accrochées un peu partout entre les cylindres, les pompes et le condenseur. A la clarté d'une lanterne dont il se munit, il se rendit compte d'un coup d'œil que la tige du tiroir était parfaitement rectiligne... Le jeune français s'engagea dans le tunnel de l'arbre de couche, sorte de couloir cylindrique aux parois de tôle, situé à fond de cale, et dans lequel passe l'arbre d'acier, mû par la machine et sur lequel était fixée l'hélice" (35//275/276).

Dunot n'a pas de vie privée. Les rares femmes qui se trouvent mêlées à sa vie n'éveillent en lui aucun sentiment amoureux. Il y a seulement quelques allusions -dans les premiers chapitres- à Denise Pordon, la fille de son patron, un industriel de Saint-Quentin, chez qui il travaillait comme ouvrier avant de s'embarquer sur "La Provence", "Il resta seul à songer à la France, à St Quentin, à Denise Pordon, qui sans doute était maintenant mariée à Joseph Honorat..." (7/50). Mais il y a plus, Denise est fille du "grand patron" et tout laisse à penser que Dunot a un rival, Joseph Honorat, probablement ingénieur chez Pordon. La position sociale de Dunot restreignait ses chances bien que Denise n'ait probablement pas été insensible au charme de notre héros. Ses exploits, pense-t-il, amèneront Pordon à réfléchir. "N'empêche que me voilà président de la république... C'est Joseph Honorat qui en fera une tirelire lorsqu'il saura cela ! Et le grand patron donc ! Et il sera bien obligé de me croire !" (6/46).

Ici encore il y a lutte -et ce n'est pas la moindre- contre les tabous sociaux. Les premiers exploits de Dunot semblent d'ailleurs trouver leur justification dans la conquête de Denise Pordon.

Dans cette œuvre, les dialogues sont nombreux. Dunot et ses semblables ont un franc parler, à la différence du contexte au style châtié. "Dis donc, Dunot, le vent a changé ! ... Regarde voir un peu ! ... hein ? Il me semble que tu ferais pas mal de grimper là-haut et de tourner la manche ! On étouffe ici !" (premières lignes). "-Dans la cambuse, mon vieux, si les moricauds en ont laissé, comme de juste ! Et alors, ça va mieux ? Lève-toi, mon vieux, et t'en fais pas : on les a eus !" (95/759).

Ce genre de dialogue, ne l'entendons-nous pas chaque jour. Ici encore, l'authenticité prime.

Mais "Le Roi des Boxeurs", c'est aussi PUYPLAT. Les illustrations sont bien sûr le charme propre aux fascicules. Le dessin de Puyplat rappelle celui de la gravure sur bois. Chaque illustration de couverture est en elle-même un tableau. Un réalisme d'une rare intensité qui "colle" parfaitement au texte. Foisonnement de la nature tropicale, dureté des scènes de bagarres, attitudes bien campées des protagonistes, "faciès" on ne peut plus évocateurs des "sauvages" et des malfrats.

 

Fascicule 7 : Ignacio - Noir, nouvellement promu général - apparaît plein de bêtise et de fatuité. Sa bouche et ses lèvres rappellent celles de nos clowns.

 

Fascicule 10 : Réfugié dans les haubans du "Queen Margaret", Dunot, armé d'une gaffe, en perce le crâne d'un chinois qui lâche sa hache et tombe en arrière, tandis qu'un de ses acolytes grimpe, un couteau entre les dents.

 

Fascicule 13 : "La loi du lynch". Deux voleurs sont pendus à la même corde par un groupe de mineurs. La scène se passe à Dawson, la ville de l'or, au Klondyke. Puyplat insiste sur les grimaces des misérables, sur la langue pendante et démesurée de l'un, sur leurs doigts recroquevillés semblables à des pinces.

 

Fascicule 89 : "Dans le Temple du Dieu Konsat". Dunot et son ami Tom Field sont enfermés dans l'enceinte palissadée dont j'ai parlé plus haut ; sur la gauche de l'image, hommes, femmes et enfants meurent d'inanition et sont "traités" en cadavres grotesques et répugnants. Sur la palissade, un Noir, une sagaie sur l'épaule, veille, impassible, semblable à un pantin.

 

Fascicule 107 : "Les cibles vivantes". Autre morceau de choix : une table ; derrière, des Boches hilares, suffisants, monocle à l'œil, armés de fusils tirent sur des noirs entravés. Un phonographe, posé sur la table, nasille des valses viennoises.

D'autres, de moindre importance, valent pour un détail.

 

Fascicule 118 : Notons le visage de démon de van Peters pendu par ses compatriotes allemands : sa langue pareille à un dard, son œil rond.

Le temps passe... Le dernier fascicule, depuis longtemps est lu et rangé dans quelque coin d'un placard. Les aventures de M. Dunot s'estompent ; une qualité nouvelle s'en dégage : le souvenir. Il se fait si pressant parfois... Les fascicules sortent de leur ombre et commencent à vivre leur vraie vie. On éprouve le besoin d'en parler, de prendre des clichés des meilleurs dessins, de les feuilleter.

Souvenir... quelque fois plus : présence !

Bien souvent, au cours de voyages en Afrique, dans le Sud-Est Asiatique ou dans l'Océan Indien, un paysage, des visages, me mettent en alerte... J'ai "vu" cela quelque part... pas de doute, c'est Moselli-Dunot-Puyplat qui me font signe... A l'île Maurice, ce sera un rivage riche en cocotiers sur lequel deux gardiens, fusil sur l'épaule veillent... En Tanzanie, sur le lac Tanganyika, ce seront les épisodes des fascicules 94 et 95 qui revivront... Présence de M. Dunot à Bangkok... partout... dans le cargo chargé d'émigrants qui de Kuching (Sarawak / Bornéo) me ramène à Singapour...

 


 

 

3.16 - LE ROI DES BOXEURS

par Michel Guillaumin

(article paru dans le Chercheur des Publications d'Autrefois, n° 6)

 

"Le Roi des Boxeurs" débuta dans le n° 237 de "L'Epatant", le 17 octobre 1912, et c'est dans "L'As" n° 133 du 15 octobre 1939, soit 27 années plus tard, que parurent pour la dernière fois les aventures de Marcel Dunot.

S'il n'est pas possible de résumer ici, même dans les grandes lignes, les péripéties de cet énorme roman d'aventures, on peut cependant en rappeler les différents épisodes.

Ayant eu quelques accrochages avec le directeur technique des usines de tissage Pordon, le jeune ouvrier ajusteur Marcel Dunot quitte Saint-Quentin, sa ville natale, et gagne New-York où il entre en lutte avec le boxeur mulâtre Fred Mac-Farlan et la puissante association la "Mano Negra".

Après avoir été éphémèrement président du Honduras, Marcel Dunot part pour l'Alaska où il acquiert, avec son ami Fullerton, un terrain aurifère de valeur.

Ses démêlés avec Mac-Farlan le conduisent en Chine, en Russie, puis en Orient. Il se trouve en Egypte lorsque éclate la guerre de 1914, pendant laquelle Marcel Dunot mènera la lutte contre les espions de tous acabits.

Après la guerre, Marcel Dunot a d'abord maille à partir avec plusieurs milliardaires américains : Frank-Flint, magnat de l'automobile, et Mathias Landers, roi du pneumatique, qui veulent s'emparer de la formule du caoutchouc synthétique appartenant au chimiste Senozan, puis Randolph H. Spanker qui recherche un galion englouti contenant un trésor.

Marcel Dunot a ensuite affaire au banquier Issac Newcomb qui convoite d'énormes quantités de platine entassées dans un îlot inconnu, puis à l'aventurier Boris Foff, à ses complices Idrik Doble et Thomas Slink, ainsi qu'à leur associé, le richissime Hoggenheimer, magnat du diamant.

Marcel Dunot part, avec un nouvel ami, Carrenza, à la conquête des trésors des anciens indiens Yapurés, trésors que leur disputent la bande de Racanti, le policier félon, et celle du général bolivien rebelle Ippolito Lastro.

Marcel Dunot se trouve ensuite aux prises avec le redoutable Saumarez et son complice Pedro Clofo, qui revendiquent la propriété d'une mystérieuse "estancia".

Echoué, par les hasards d'un naufrage, à Haïti, alors qu'il comptait sérieusement regagner la France, Marcel Dunot défait l'infâme Charlemagne Sale-Trou qui veut s'emparer du pouvoir. Enfin, Marcel Dunot entre en lutte avec les espions japonais dirigés par l'implacable Nagoaka et l'histoire s'achève par la mort de ce dernier et la destruction de son repaire de Singapour.

Les aventures du Roi des Boxeurs se terminent en septembre 1935. "Décidé à profiter des plaisirs de la vie", Marcel Dunot conservera son claim du Klondyke et son estancia d'Amérique du Sud renfermant d'importantes richesses.

Marcel Dunot est resté célibataire. La seule femme qui l'ait ému, Denise Pordon, fille du propriétaire de l'usine de St Quentin, est à peine entrevue tout au début du récit. De temps à autre, son souvenir est évoqué, mais va s'estomper avec le temps. Il en est question une dernière fois, pendant la guerre, lorsque Marcel Dunot apprend par son ami Perrin, de passage à St Quentin, qu'elle est toujours célibataire et qu'elle paraît heureuse que Marcel n'ait, après tout, pas si mal réussi.

Mis à part Jacqueline Perrin, la sœur de son ami, les autres femmes que Marcel Dunot ait pu rencontrer ne sont guère sympathiques : telle Mme Blair-Stock, l'épouse d'un richissime yankee, qui estime que tous doivent être à son service. Remerciant Marcel, qui l'a tirée des plus mauvais pas, d'un "maintenant je n'ai plus besoin de vous", elle s'entend conseiller d'employer à des leçons de savoir-vivre la gratification qu'elle a, néanmoins, cru hautainement devoir lui proposer.

Marcel Dunot, autrement, n'a guère eu affaire qu'à des mégères plus ou moins repoussantes, aussi complaisamment dépeintes que les forbans les plus sinistres. Voici pourtant un portrait peu commun dans le "Roi des Boxeurs" et même dans toute l'œuvre de José Moselli :

"... Une jeune chinoise vêtue d'un large pantalon de taffetas noir, retenu par une ceinture de soie vert-jade et d'une sorte de tunique de satin rose brodée de bambous et de papillons, descendait les marches de l'échelle.

"Ses petits pieds étaient chaussés de babouches à semelles de feutre, en satin jaune orné de guirlandes de roses délicatement brodées.

" Sur sa poitrine, une sorte de chapelet fait de boules de nacre pendait.

"Elle avait la tête nue, ses cheveux noirs rassemblés en un lourd chignon, étaient maintenus par de longues épingles à tête d'or.

"Autour de ses hanches, une ceinture en cuir de Russie servait de support à deux étuis contenant l'un un poignard, et l'autre un pistolet automatique.

"Elle sauta doucement dans la cale et Marcel Dunot vit qu'elle tenait à la main un mignon éventail en ivoire travaillé...".

Mais il s'agit de "Mme Eventail", pirate chinoise, sorte de "Dragon-Lady" (Personnage de "Terry et les Pirates" célèbre bande dessinée américaine) avant la lettre, qui fait impitoyablement mettre à mort les prisonniers qui ne peuvent pas payer leur rançon...

On comprend que Marcel Dunot soit toujours resté réservé avec les femmes...

 

Le récit, dans l'ensemble, n'a pas vieilli. Qu'il s'agisse de marchandages, d'interrogatoires ou de simples discussions entre amis, l'action est fréquemment émaillée de monologues ou de dialogues apportant de l'humour à l'histoire. Voici par exemple, les discussions préliminaires à l'achat d'un bateau :

"... Si c'est pour acheter du pétrole nous n'en avons plus une goutte !

- C'est au sujet du bateau...

- Ah ! le bateau ! Pouh ! Nous ne voulons pas le renflouer ! Il n'en vaut pas la peine ! Juste bon à faire du bois à brûler ! Il faut être fou et stupide comme Alfredo pour vouloir le renflouer ! Et à moitié pourri avec ça ! Il a assez de choses à faire sans encore m'ennuyer avec ça ! Maintenant, il ne naviguera plus ! Nous vendrons notre pétrole et basta !

- Et si on... quelqu'un voulait l'acheter, ce bateau ?

- Il y a quelqu'un qui veut l'acheter ? s'écria la grosse femme en se redressant.

- Oui... peut-être les señores qui sont là voudraient justement le...

- Oh ! nous voulons seulement le voir ! interrompit Marcel Dunot. Si par hasard il nous convenait, on pourrait peut-être s'arranger. Mais vous venez de dire qu'il est en piteux état ! Dans ce cas, n'est-ce pas, nous...

- Oh ! j'ai dit ça pour qu'on ne m'ennuie pas avec lui ! Mais c'est encore un très bon bateau ! s'écria la grosse femme. Un bateau solide et résistant et bon à tout ! Il n'y aurait seulement qu'à le renflouer ! Et vous auriez le meilleur bateau du rio ! C'est parce que je ne veux plus qu'Alfredo navigue, vous comprenez, que je vous ai dit ça !".

Et voici un autre exemple. Marcel Dunot, président du Honduras, reçoit la visite du général Proserpino Carcano qui voudrait récupérer le poste qu'il occupait précédemment :

"Illustre président, je suis le général Proserpino Carcano y Poulaguès, Grand'Croix de...

- Ça va bien ! Je l'ai vu sur votre carte de visite ! Et alors ? coupa Marcel Dunot qui commençait à s'énerver.

- Señor présidente, répondit Proserpino Carcano, j'étais directeur des douanes il y a quatre mois, j'avais été nommé par le président Fulano...

- Quoi ? il me semblait que je succédais à Gurgel qui lui-même avait pris la place de Zoccopastro ? interrompit Marcel Dunot.

- Et vous aviez raison, señor presidente ! Car le misérable Zoccopastro avait lui-même renversé le noble Fulano !

- Ah ! bon. Et que voulez-vous que cela me fasse ?

- Oh ! señor presidente, pas grand'chose... D'abord cela m'est égal, je voudrais seulement que vous me rendiez ma place !

- Quelle place ?

- Celle de directeur des douanes !

- Directeur des douanes ? Attendez... directeur des douanes ? La place est prise mon pauvre général ! ... C'est le docteur Miguel Arteaga qui l'a... Mais si vous voulez une place de douanier, je suis à votre disposition !

- Douanier, un homme comme moi ! Vous m'insultez, señor presidente ! Je veux qu'on me rende ma place !

- Ce n'est pas une mauvaise idée ! Allez le dire au docteur Arteaga !

- Il ne voudra pas !

- Je m'en doute ! Et que voulez-vous que j'y fasse ?

- Oh ! c'est simple, señor presidente ! Vous n'avez qu'à le révoquer et à me mettre à sa place !

- Ça mon vieux général, vous pouvez vous fouiller !

- Me fouiller ! Me fouiller quoi ? demanda le nègre, qui ne comprenait pas.

- Vous fouiller les poches pour voir si vous n'y trouverez pas votre nomination ! lui apprit Marcel Dunot sérieux.

Le général Proserpino serra les poings.

- Alors, dit-il menaçant, vous ne voulez pas me nommer directeur des douanes ?

- J'en ai bien du chagrin, mais je ne peux pas mon cher général ! Et puis vous commencez à me raser avec vos histoires ! Sur votre carte, vous aviez écrit que vous veniez "pour une affaire urgente intéressant le salut du pays". Si c'est votre nomination, cette affaire, vous feriez bien de me débarrasser le plancher, et vite !

- Débarrasser le plancher ? Je ne suis pas un domestique ! grommela Proserpino. Et ma nomination intéresse le salut de la révolution et, une fois vainqueur, je vous fais fusiller comme traître à la nation !".

 

 

Certaines parties du "Roi des Boxeurs" rappellent d'autres romans du même auteur : l'épisode des Aérois, par exemple, qui ont construit des repaires souterrains dans le Pacifique et qui utilisent des moyens scientifiques pour dérouter les navires et s'emparer de leurs équipages, n'est pas sans rappeler "L'Empereur du Pacifique"  (Paru dans "L'Intrépide" de 1932 à 1935). Les aventures de Marcel Dunot en Alaska font penser à "Tavar-la-Hache" (Paru dans "L'Epatant" en 1929-1930). Les épisodes qui se déroulent au Honduras, puis bien plus tard, à Haïti, évoquent "Zaraza-el-Grande" ("L'Epatant" en 1930-1931) et "Les Champs d'Or de l'Urubu" ("Les Romans de la Jeunesse-Croix d'Honneur" en 1914-1915 et dans "Cri-Cri" de 1929 à 1931). Enfin, dans l'épisode de l'île du platine, on retrouve le thème du "Catapaz de l'île perdue" ("L'Epatant" en 1936-1937).

Quelquefois, le récit prend des allures de roman policier, par exemple lors des mystérieux empoisonnements survenant à bord du "Swan", alors que ce dernier vogue vers la mystérieuse île du platine. Ou encore lorsqu'une vague d'empoisonnements toujours ravage la mine de "Diamant-City". Ou bien encore au sujet du rôle équivoque de Kermoff dans l'affaire Saumarez.

Rarement le genre science-fiction est abordé : peut-être dans l'affaire des Aérois (ces derniers ont inventé un dispositif qui dérègle à distance les compas, et ont composé un gaz qui fait tomber les marins en léthargie), ou encore lorsque Marce Dunot, égaré dans une immense caverne souterraine, a dû affronter les "Gaks", "peuple de l'abîme", êtres stupides, de race inconnue, vaguement humains, aux gros yeux globuleux et qui adorent une énorme sphère de malachite...

 

Il n'empêche que la variété des péripéties, la vivacité du style, le pittoresque de certains faits, circonstances, situations, dialogues, le réalisme de certaines scènes confinant parfois au dantesque font que le "Roi des Boxeurs" reste passionnant à lire. Les épisodes de guerre même, à de rares exceptions près, ne paraissent inactuels qu'en surface : l'intérêt et le "suspense" restent constants, c'est l'aventure pure qui transparaît à travers la lutte contre l'ennemi-prétexte.

 

Ainsi, cette gigantesque histoire, comprenant peut-être 4000 pages, où la formidable imagination de l'auteur se donne libre cours, constitue pour moi le plus captivant des romans d'aventure.

 


 

 

 

3.17 - UNE PHILOSOPHIE LUCIDE DE L'HOMME.

( CELLE DE BORIS FOFF DANS LE ROI DES BOXEURS )

 

Il y a deux sortes de philosophies : celle qui formule des hypothèses sur la matière, l'énergie, le temps, l'univers, etc., et celle qui soliloque sur l'homme.

C'est de cette seconde philosophie, celle de la nature de l'homme dont nous allons nous occuper.

On croit que les plus grands penseurs qui aient dissertés de l'homme ont noms Montaigne et Gœthe ! Lamentable erreur. A mon avis, le seul, le vrai, le grand philosophe de l'homme, ce fut BORIS FOFF (date de naissance inconnue, lieu de naissance, la Russie, mais où ?), et tout simplement parce que ce fut une parfaite crapule. Il a donc parlé de l'homme sans illusions aucunes et en connaissance de cause.

Nous ne connaissons Boris Foff que par ce qu'en a écrit Moselli. La question se pose, Foff a-t-il existé ? Il y a tout lieu de le croire, car ce qu'a écrit Moselli est si vivant, si vrai, qu'on ne peut douter qu'au cours de ses voyages, l'écrivain n'ait rencontré un tel aventurier. Il le décrit si bien et si parfaitement que le personnage vit devant nous. Certainement, très certainement, Foff a existé, je l'assure, bien que n'ayant pas eu moi-même le temps et les moyens de le prouver. Mais, comme ce qui importe au fond, c'est LA PHILOSOPHIE DE BORIS FOFF, son message, nous allons donc tenir pour fait ce qui n'est que probable certitude, dépeindre Foff d'après Moselli et citer Foff de même. Mais, nous donnons les références, les numéros de fascicules et les numéros de pages où Foff est en cause, dans "Le Roi des Boxeurs" Aventures inédites, par José Moselli, fascicules à 20cmes, qui ont paru tous les dimanches.

Début, sauf erreur, le n°203 "Les embûches du "Mangrove"" Août 1929, page 188 : c'est dans l'île d'Espirito-Santo, la plus grande de l'archipel des Nouvelles-Hébrides, que Marcel Dunot, mais probablement José Moselli lui-même, fit la connaissance de Boris Foff, dont de nombreux croquis, bouillant de vie, prouvent derechef qu'il a bien existé.

203/539 - Portrait : Sur l'appontement, un petit homme de forte corpulence attendait, une carabine rouillée en bandoulière. Son costume de toile kaki était déchiré et taché. Plusieurs boutons manquaient et avaient été remplacés par des ficelles rouges. Ses bottes n'avaient pas meilleure mine  : leurs semelles étaient grossièrement ressemelées, leurs tiges éraillées et fendillées. L'homme montrait une face poupine, au nez épaté, aux pommettes saillantes, aux joues et au menton recouverts d'une épaisse barbe noire. Ses petits yeux jaunes avaient une expression de naïveté et de jovialité qui plaisait. Poliment, il retira le vieux chapeau de paille troué qui lui servait de coiffure, ce qui découvrit son crâne où il ne restait plus qu'une couronne de cheveux bouclés allant d'une oreille à l'autre.

Il y a quelque chose de Lénine dans ce portrait et nous allons voir que le bandit a autre chose de commun avec le grand révolutionnaire pour les uns, le démagogue pour les autres  ; l'intelligence ! Et c'était aussi un homme d'action - de mauvaises actions ! (J.L.).

Trêve de préambules : à nous la bonne soupe : les sentences de Boris Foff !

203/540 :

Ne fais pas aujourd'hui ce que tu peux faire demain.

Si tu ne veux pas être volé, entre dans trois boutiques.

Celui qui monte sur le dos d'un tigre, a constamment peur de tomber.

203/541 :        

Pour commencer un grand voyage autour du monde, on sort d'abord de chez soi, comme
pour... acheter des cigarettes.

On est tué la même chose pour 5000 dollars que pour 50.000, alors il vaut mieux préférer 50.000.

204/548 :

La robe ne fait pas le médecin.

Il vaut mieux suer que grelotter !

204/550 :

Avec le plus beau parapluie du monde, on se crotte quand même les souliers.

Nul n'est infaillible, il n'y a que quand on est chauve qu'on ne peut pas se faire de raie.

204/551 :

Un escargot est plus lent qu'une hirondelle, mais ne risque pas de tomber.

Celui qui n'est pas fatigué, n'a pas besoin de se reposer.

Celui qui n'a pas de chemise, ne risque pas de la déchirer.

Ce n'est pas une raison parce qu'on doit 100.000 dollars, qu'on peut les payer !

Quand on se gratte, c'est parce que l'on sent une démangeaison.

206/563 :

De la modestie ! Quand on a le nez trop long, il pleut dessus !

Celui qui se lave avec de l'eau sale, ne sera jamais propre.

Mieux vaut manger de la mauvaise soupe que de recevoir des coups de bâton.

206/564 :

Quand on prend le numéro gagnant, on gagne à la loterie.

206/565 :

Celui qui n'a pas d'argent, ne peut pas acheter des souliers.

 

... Pendant que Marcel Dunot lutte dans le "mangrove" contre les canaques cannibales de la Mélanésie, puis sur le Pacifique, des Nouvelles-Hébrides aux îles Salomon et des Salomon aux Samoa, nous perdons la trace de Boris Foff, nous ne le retrouvons qu'entre Pago-Pago (Samoa) et Auckland (Nouvelle-Zélande) quand le schooner "Snark" tente de pirater le paquebot-croisière de luxe "Paris".

1° Le "Snark", cela ne vous dit rien ? C'était le yacht de l'inoubliable Jack London, celui sur lequel, il fit, avec Mrs Charmian J. London, ses dernières grandes croisières. Faut-il voir dans l'utilisation de ce nom, un discret hommage et souvenir de José Moselli envers le grand écrivain américain ?

2° Moselli excelle dans ces récits de piraterie en haute mer. On se rappelle notamment de la tentative d'arraisonnement du "London" par les "Requins du Pacifique", dont vint à bout Richard Daguerre.

 

219/669 :

Monseigneur le grand-duc Athenase Theodorowich n'était autre que le chef des pirates, Boris Foff ! Sous les apparences d'un passager distingué, "fascinating" ! il avait préparé le coup, mais Dunot était intervenu à temps. Le pseudo cousin du dernier tsar était arrêté. Et voici les sentences qu'il émit, lors de son interrogatoire :

220/674 :

Il lui fallait, hélas, aller jusqu'au bout :

     Quand on rentre dans une seringue, il faut se résigner à sortir dans de sales endroits.

Hélas il avait été vu et pris :

     Il ne suffit pas d'acheter un billet de loterie pour gagner le gros lot.

Il avouait tout :

     Celui qui se noie, n'a pas peur qu'il pleuve !

 

Boris Foff  s'évade de la prison d'Auckland, et Dunot, après des aventures prodigieuses et passionnantes, en entend reparler à Durban (Natal - Afrique du Sud) [n° 251, page 924], où, avec son lieutenant Idrik Dobl, il fait le bandit dans le veldt. (Ce sont de vieilles connaissances des lecteurs de "Désiré" car ils ont eu affaire à Marcel Dunot au Colorado (Désiré n°6, page 57)).

 

264/1031 :

Boris Foff, cependant ne réapparut que plus tard, quand Dunot et un certain Rottenbach sont dans "La fosse de l'épouvante !" : la fosse aux serpents ringhals.

264/1034 :

Foff n'avait pas changé. Marcel reconnut sa face ronde terminée par un collier de barbe, son petit nez camard, ses yeux jaunes !

264/1035 :

Parle, dit-il à Dunot, ne crains rien :

     Celui qui doit se noyer, est sûr de ne pas être pendu !

Il interrompit Idrik :

     Celui qui parle trop, attrape mal à la gorge et devient boiteux.

Dunot faisant l'innocent :

     Celui qui dort ne s'aperçoit pas quand on mange son gigot !

On apporte un blessé :

     Mieux vaut se faire porter que de traîner une voiture !

Il conseille de nouveau à Dobl de se taire :

     Dans une bouche fermée, les rats n'entrent pas !

Il console Rottenbach épuisé :

     Un chameau fatigué vaut mieux qu'un ministre mort !

     Et celui qui va mourir appelle encore son médecin !

     L'homme le plus fort du monde tombe quand on lui coupe la tête !

Il y a du relativisme dans sa philosophie :

     Les petites mouches font ruer les gros ânes !

     Une carafe renversée laisse échapper le meilleur vin du monde !

265/1038 :

Prisonnier de Dunot, il montre du sang-froid :

     Les montagnes ne se rencontrent pas, mais les tortues finissent par se heurter si elles   ne s'arrêtent pas !

Il met en garde Dunot qui le menace :

     Celui qui boit du vin empoisonné trouve toujours qu'il a bon goût !

265/1039 :

     Quand on est boiteux il vaut mieux avoir un bâton qu'un chapeau !

265/1040 :

Pour un prisonnier :

     Mieux vaut manger de l'herbe, que d'avoir le nez coupé !

     Un aéroplane vaut mieux qu'une mitrailleuse vide !

     Quand on n'a plus d'argent, on peut toujours en emprunter !

     Deux bonnes mémoires sont excellentes, excepté lorsqu'il pleut, mieux vaut alors un parapluie !

     Il est difficile de se libérer de ses habitudes, c'est pourquoi nous mangeons tous les jours.

Il menace :

     Celui qui s'occupe des affaires des autres finit toujours par entreprendre un voyage !

Il nuance :

     Ceux qui viennent de loin mentent souvent... mais il y a aussi des menteurs qui ne  voyagent  pas !

Il abrège ses discours, car...

     Le meilleur plat peut donner des indigestions.

Et ponctue :

     Quand on a le plat on se sert !

     Un homme intelligent peut être honnête ou fripon,... mais un imbécile n'est jamais qu'un  imbécile !

266/1042 :

     Ce n'est pas parce que la soupière est grande, que les saucisses sont bonnes !

     Quand on est aveugle, on n'a pas besoin de lunettes !

     Nabuchodonosor est mort il y a quatre mille ans : quand on est mort, c'est pour longtemps !

266/1043 :

     Les fourmis sont plus intelligentes que les locomotives, mais elles sont moins grosses!

Du tac au tac, Marcel Dunot, sentence à son tour :

     Quand on se croit le plus malin et qu'on ne l'est pas, on est un imbécile !

      Trop parler nuit. - Le silence est d'or. - On ne s'est jamais repenti d'avoir tenu sa  langue !

266/1044 :

Boris essaie de soudoyer Dunot :

     Mieux vaut manger la moitié de la soupe que de boire une purge !

266/1045 :

     Il vaut mieux faucher le champ du voisin que de planter du foin !

267/1052 :

Eloge de la résignation :

     Même en le lavant pendant quinze jours, d'un nègre on ne fait pas un blanc !

Si vous avez à jouer carte sur table :

     Quand un chapeau vous va, mettez-le !

Ne vous laissez pas aller aux extrémités :

     Mieux vaut laisser son enfant morveux que de lui arracher le nez !

Il ne faut pas fanfaronner :

     Quand on ne veut pas mordre, il ne faut pas aboyer !

267/1054 :

Pour ceux qui travaillent mal :

     Lorsqu'on tond un cochon, on fait plus de bruit que de besogne !

     Il faut couper son habit d'après l'étoffe que l'on possède !

     Quand l'aveugle conduit l'aveugle, ils tombent tous deux dans le fossé !

     Si tous les idiots avaient des clochettes, on entendrait un joyeux carillon !

267/1055 :

De la sagacité :

     La meilleure sauce est un bon appétit !

     C'est une belle chose que de mourir glorieusement, mais il vaut mieux être en bonne  santé !

     Le cheval meurt de faim en attendant que l'herbe pousse !

     Si le ciel tombait, toutes les alouettes seraient prises !

     Pour attraper un voleur, cherchez un autre voleur !

268 :

Ne pas se laisser impressionner :

     Lorsque le perroquet est sur son perchoir, il crie fort !

     Il vaut mieux boire avec un ennemi qu'attraper la peste !

272/1092 :

L'intérêt avant toute chose :

     Un chien mort vaut mieux qu'un chien vivant, s'il a un collier d'or autour du cou !

     Il n'y a que les morts qui soient complètement honnêtes !

275/1120 :

De la patience :

     Il ne faut tuer sa vache que quand on n'en a plus besoin !

De la sagesse :

     Il faut plumer la poule, mais pas la faire crier !

276/1124 :

     Il vaut mieux hériter d'un nègre galeux que de n'avoir pas d'argent !

     Il vaut mieux faire un beau rêve que de recevoir des coups de bâtons !

     Le chameau qui n'a pas appris à nager n'en fait pas moins un bon coureur !

     LE SAGE N' A PAS D' ENNEMIS... QUAND IL EN A, IL LES SUPPRIME !

     Une poire mûre est meilleure que trois noix véreuses !

     L'escargot ne peut comprendre comment vole le vautour !

     La vue d'un ami est un plaisir, surtout quand il vous apporte de l'argent !

     L'homme loyal a confiance, surtout lorsqu'il sait qu'il n'a rien à craindre !

     Le chameau voudrait bien nager, mais il doit courir sur le sable !

276/1125 :

     Celui qui oublie ses amis, n'est pas oublié par ses ennemis !

     L'argent réjouit le cœur de l'homme !

     Ne confondons pas les potirons avec les ballons captifs !

278/1138 :

     Le chameau ne peut se déplumer puisqu'il n'a pas de plumes !

     Quand un lion a des cornes, c'est qu'elles ne lui appartiennent pas.

 

Il suffit, la suite et fin des sentences à un prochain numéro. Une première conclusion :

La philosophie de Boris Foff n'est-elle pas celle qui s'est exprimée par-ci, par-là dans "Désiré" depuis le n° 1 ?

Oui, parce que cette philosophie est celle des hommes de soixante ans, qui savent de quoi tout retourne :

 

Ils ont fait la magique étude du bonheur,

Ils ont fait l'expérience de la vie,  Qu'aucun n'élude.

Bilan de ces saisons à chercher des châteaux :

           Les âmes des hommes n'ont QUE défauts.

 

Mais, ceux qui étaient collectionneurs ont quand même pu :

- Saluer la beauté des fascicules Eichler et des illustrés Offensdadt.

- Ressentir la vigueur des romans de José Moselli.

- Admirer la force de frappe des poings de Marcel Dunot.

- Apprécier la philosophie de Boris Foff.

 

LA PHILOSOPHIE DE BORIS FOFF EST UN HUMANISME

 

                                                                      J.L.

 


 

 

3.18 - LE MONDE DE L'ABÎME ou UN MONDE PERDU

Une aventure de Marcel Dunot

racontée par JOSE MOSELLI

(Article paru dans le Bulletin des Amateurs d'Anticipation Ancienne et de Fantastique, n°11)

par Claude Hermier

 

Situation : LE ROI DES BOXEURS, nouvelles aventures inédites par José MOSELLI (Société Parisienne d'Editions).

 

Sur les 516 fascicules que compte cette série, seuls 7 ressortissent de l'anticipation ou peu s'en faut.

 

n° 42 : Le peuple de l'abîme (Janvier 1933)    n° 46: La gangue de pierre ( février 1933)

     n° 43 : Dans l'inconnu.                                  n° 47: L'agonie sous la terre.

n° 44 : Une vieille connaissance                     n° 48: Dans le cratère

n° 45 : Au fond du gouffre.

 

 

Il fut un temps où courut le bruit d'un peuple abâtardi vivant dans des cavernes souterraines    de la Cordillère des Andes (des renseignements concernant cette légende seraient les bienvenus).  Le compagnon de Marcel Dunot, Carranza dira : "J'avais entendu parler de certaines légendes... D'un peuple qui vivait sous 1a Cordillère... C'est chez lui que nous devons être !".

 

 

Jean de La Hire y entraînera ses Boys-Scout, et, curieusement, José Moselli son héros favori, car les aventures du Roi des Boxeurs sont toujours bien ancrées dans le réel.  Ce monde perdu, hors du temps, ne pouvait être chez Moselli qu'un monde de cauchemar ;   une espèce de réduit sans soleil d'où l'on ne revient pas (Dunot est l'exception).

Aventures... Une passerelle de lianes enjambant un précipice où coule un torrent. Marcel Dunot et Carranza, son compagnon, poursuivis par des malfrats, empruntent le pont. Rupture des cordes, plongeon dans le torrent, qui continue sa course sous terre... Les ténèbres. Nous débouchons au milieu d'un bassin : lumière glauque d'aquarium, air pesant. Le sommeil.

 

Le réveil : "En rangs serrés, des êtres bizarres, qu'il prit d'abord pour des singes, formaient autour de lui  un cercle étroit... Des singes ?... Des êtres recouverts de poils d'un blanc sale, qui se tenaient debout comme des hommes.  Les plus grands n'avaient pas un mètre cinquante de hauteur. Leurs faces aux lèvres énormes - que l'on aurait pu appeler babines - avaient des nez écrasés, des pommettes saillantes et des yeux ! ... Des yeux sans paupières, ronds, de la dimension d'une pièce de deux francs, globuleux, et qui saillaient en dehors de la boîte crânienne, des yeux jaunes, à larges pupilles noires, dont le regard produisait une impression étrange. Et pour compléter cet aspect stupéfiant, des crânes chauves ! Sans un poil ! Sans un cheveu, lisses comme des boules de billard et flanqués de larges oreilles plates aux lobes énormes. Etaient-ce des singes ? Ou bien des hommes d'une espèce inconnue ?"

Ces "êtres" articulent d'une voix rauque, presque humaine, de courtes phrases formées de syllabes où abondent les "r" ; Raw, riw, row, ruw, rah... Ils semblent comprendre quelque peu l'espagnol car on croit distinguer les mots amigos, hombres, buenos,...

 Le chef, sorti de l'imagination de Moselli, ne pouvait avoir qu'un physique remarquable : "L'être était haut, comme ses congénères, d'environ un mètre quarante, mais ce qui le différenciait du reste de l'assistance, c'était que sa grossesse égalait ou peu s'en fallait, sa hauteur ! Une véritable barrique ! ... Un monstre ! ... Il s'avançait  lentement sur ses courtes pattes, son ventre rond et tendu, ressemblait assez à une outre. Ses bras avaient une longueur démesurée, ses mains touchaient presque le sol. La droite serrait une sorte de massue en pierre rouge polie.  Dans la gauche, Marcel Dunot et Carranza reconnurent une petite marmite d'aluminium toute cabossée. L'horrible individu portait autour de son cou énorme, un grossier collier qui eût fait l'envie d'une reine.  Un collier fait d'émeraudes polies, dont certaines atteignaient la grosseur d'une noix...". Il s'appelle Horg ; son peuple, les Gaks.  Avec le talent qu'on lui connaît, José Moselli va nous convier à vivre durant quelques pages dans un monde qui, bien qu'hors normes, est possible ; un raccourci saisissant où nous est décrite une peuplade s'étant adaptée à un milieu difficile pour survivre.

Le milieu : une succession de grottes en basalte, un sol de sable grisâtre. La végétation : des plantes aux feuilles molles, transparentes ; des champs d'avoine  naine à la couleur vert-pâle.  De l'eau, mais sulfureuse.  Un lac où se pêchent des poissons au corps blanchâtre, sans yeux, à l'odeur  ammoniacale et que l'on mange crus. En guise de 1égumes : des racines rappelant des navets.  Cette clarté verdâtre : I'immense voûte de ces grottes gigantesques est sous un lac dont le fond est en cristal de roche  ; ainsi la lumière du jour est filtrée. 

Le Saint des saints : une grotte éclairée par un jour livide.  Sur la partie supérieure d'une gigantesque stalagmite, un énorme bloc de malachite de forme sphérique.  Et, accompagnant la sphère, divers objets : marmite d'aluminium cabossée, passoire au fond crevé, machine à laver rouillée, collier de cuir racorni portant  des grelots de cuivre. Plus loin une autre stalagmite supportant des massues de pierre polie et un crâne de crocodile "Une espèce de temple" dira M. Dunot après que Horg se sera livré "à une espèce de mimique accompagnée de cris gutturaux" autour de la sphère.

 Nous assisterons à un sacrifice, ce qui ne nous étonnera pas. Car, nous le savons, José Moselli est un maître ès supplices... C'est non loin de la sphère que Horg et son acolyte Harou œuvrent au milieu d'une foule excitée. Trois victimes à demi-enterrées sur lesquelles s'acharnent Horg et Harou à coups de massues de silex : "Orbites sanglantes et vides suintant un liquide rouge". Marcel Dunot arrivant à l'improviste dérange les officiants et les assistants. Alors Horg s'agite, brandit la marmite d'aluminium d'une main et de l'autre le collier de mule. Dunot et Horg s'affrontent. Et Horg aura la tête fracassée par le crâne de crocodile arraché à sa cheville de pierre par le Roi des Boxeurs. Un peu plus tard il délogera la sphère de malachite qui se brisera ; il pourra alors délivrer Carranza que les Garks avaient emmuré dessous.

 Un point d'importance. Comment l'air est-il renouvelé dans les cavernes ? Dunot nous l'explique : le bassin d'où ils ont émergé au début de leur aventure se vide et se remplit régulièrement. C'est de là que l'air arrive.

Nos héros s'en sortiront. Car, bien au-delà de ce bassin, un gouffre dans lequel ils descendront  avec les difficultés que l'on peut imaginer ; et, au fond, un torrent. Ils s'y jetteront... Enfin un bassin d'eau calme. Puis une galerie devenant boyau. Pénible cheminement dans l'eau et l'obscurité. La galerie devient plus large, s'élève peu à peu. Un peu de lumière ; un peu d'air. Enfin le fond d'un cratère d'un volcan éteint... La liberté.

 


 

3.19 - LE NUMERO 136 BIS DU

"ROI DES BOXEURS - AVENTURES INEDITES"

"MONSIEUR EUSEBE LUCHON, 1013"

Par Claude Hermier

(paru dans Désiré, 1°série, n° 26, février 1970)

 

Ce fascicule -encarté dans le n° 136 du 1er juillet 1928 et annoncé comme supplément gratuit- joue le rôle charnière entre les 136 fascicules de la "Grande Réédition" et les "Aventures inédites".

Dans ce numéro 136bis où domine un sentiment de malaise qui va crescendo, Moselli nous brosse en sept pages les préoccupations majeures de son héros.

Dès le début, Dunot fait montre d'une belle décontraction. La guerre de 1914-1918 est finie, et il se propose de mettre en société un claim qu'il a acquis au Klondyke depuis plusieurs années (fascicules. 11, 12 et 13) avec son ami Fullerton.

Mais le Klondyke c'est loin et Dunot annonce à Monsieur Fordier, agent de change en bourse :

"- Il faudra d'ailleurs que j'aille voir comment ça se passe là-bas et que je retrouve mon associé. Du diable si je sais où il est ! A bientôt donc !".

Moselli ne nous dit rien de la réaction de M. Fordier. Nous pouvons supposer que, à la manière de son client, il a dû penser :"C'est un peu raide !". Car, curieuse façon d'aborder une affaire. Ses premières paroles, en effet, étaient du ressort du dialogue :

"- Alors, c'est entendu, Monsieur Fordier ! ... " et très affirmatives "-Dès que j'aurai tous les papiers relatifs à mon claim du Klondyke, je vous les enverrai...".

Mais une phrase restrictive suit :

"- Nous verrons, si, comme vous le dites, on peut mettre l'affaire en société...", pour se terminer en soliloque "- Il faudra d'ailleurs...".

Les exemples sont nombreux dans LE ROI DES BOXEURS où Dunot affirme, puis se reprend, enfin devient incertain. Et le doute s'installe.

Le voici qui sort de la Bourse de Paris. S'impose l'atmosphère de la rue. C'est la fin novembre. Il fait froid, le ciel est gris et le trottoir boueux. La nuit descend rapidement.

Dunot n'a-t-il pas tout à coup la "sensation confuse" d'être suivi ! Pourtant nous sommes rue du Quatre Septembre - non loin de la Place de la Bourse - où l'animation est grande à cette heure. "Il feignit d'examiner les casquettes exposées à la devanture d'un grand chapelier [...] Il changea de trottoir [...] L'homme, vingt mètres plus loin, l'imita...". Un le suit, c'est certain. Et sans plus attendre "Marcel Dunot l'empoigna rudement par le bras...". Son suiveur a le visage verdâtre et un accent bizarre. Etrange ! il semblerait que le Roi des Boxeurs se soit trompé. "Malgré tout il était préoccupé".

De préoccupé, il devient méfiant, quand, après avoir sauvé d'une chute une femme qui venait de glisser, il constatera qu'elle lui a volé son portefeuille. Et d'ailleurs, souvenons-nous, cette femme n'avait-elle pas des "allures masculines" ? Y a-t-il relation avec l'épisode précédent ? Il semblerait bien ! A qui se fier maintenant puisque le moindre incident devient suspect.

... Et cette petite fille qui, maintenant qu'il est assis à la terrasse d'un café, lui demande d'acheter un bouquet de violettes ! A lui, pas à un autre ! Et insiste-t-elle, cette gamine ! La voilà maintenant qui le regarde avec insistance. Elle s'en va ensuite rapidement "Comme si elle s'enfuyait". Le bouquet serait-il empoisonné ? "Je fais du cinéma". La peur maintenant. "Il se sentait envahi par de sinistres pressentiments". Le voilà désemparé, lui qui comprend vite, pourtant.

L'homme au visage verdâtre le suivait-il ? Faisait-il partie d'une agence privée ?

La grande femme qui l'a volé n'était-elle pas un homme déguisé ?

La petite fille ne vendait-elle des violettes de façon à avoir l'opportunité de l'accoster ?