JOSÉ        MOSELLI

SA VIE, SON ŒUVRE  

 par René BARONE et Claude HERMIER

 

 

DEUXIÈME PARTIE

 JOSE MOSELLI : SON ŒUVRE  Articles généraux  

  2.1 - HOMMAGES A JOSE MOSELLI

  par Pierre Boileau

(article paru Le Chasseur d'Illustrés n° spécial Moselli, 1970 )

   

Les écrivains qui se consacrent à la distraction des enfants connaissent un étrange destin. Ayant infiniment plus de lecteurs que les plus favorisés de leurs confrères "pour adultes", ils n'en comptent, par contre, pratiquement pas qui aient lu la totalité de leurs œuvres.

Un père évoque avec ses frères et ses fils tel auteur dont la découverte fut, pour les uns comme pour les autres, une prodigieuse source de joie, et à qui ils doivent quelques-unes des heures les plus exaltantes de leur vie. Même enthousiasme (un peu attendri, toutefois, chez les aînés), mêmes mots pour l'exprimer. Il se trouve, simplement, qu'aucun d'eux ne parle des mêmes romans que les autres.

José Moselli, c'est pour moi :" Marcel Dunot, Roi des Boxeurs", "John Strobbins, détective-cambrioleur", c'est "Létio-Mousi", "Le Baron Stromboli", c'est par-dessus tout "Les Requins du Pacifique".

Je sortais des "Contes de Perrault" lorsque j'abordai "L'Epatant", "L'Intrépide", "Le Petit Illustré". Avouerai-je que les héros du cher José Moselli détrônèrent aussitôt le Petit Poucet, Chaperon Rouge et Barbe-Bleue ?

Ce fut José Moselli qui m'initia aux jeux de l'Aventure, du Mystère, de la Peur, l'étape suivante devant être Fantômas, Sherlock Holmes, Rouletabille et Arsène Lupin.

Mes cadets ont dévoré : "Le Maître de la Foudre", "Les Mystères de la Mer de Corail", "La Prison de Glace". Ils ont nourri pour Iko Terouka le même culte que je vouais à Jean Flair. Leur enfance, comme la mienne, reste indissolublement associée à quelques noms prestigieux, à quelques phrases clefs, à quelques ineffables images.

Je revois Marcel Dunot, poings serrés, visage sanglant, devant un adversaire effondré :"J'ai réglé le compte d'un lâche et d'une canaille ! ... ". Je revois la goélette "Ringarooma"... le vieil Horacio de Zuniga dans ses bandelettes... un long index traçant un énigmatique W...

Evoquer ces souvenirs, sur lesquels le temps n'a pas de prise, représente à mes yeux le plus bel hommage que je puisse rendre à José Moselli.  

 

 

 

 

  HOMMAGES A JOSE MOSELLI

  par Maurice Renault

(article paru Le Chasseur d'Illustré n° spécial Moselli , 1970)

 

"José Moselli"... Que de souvenirs évoque pour moi ce nom et sans doute, également, pour tous ceux de ma génération qui, de 1910 et pendant les années qui suivirent, firent leurs délices des œuvres de cet auteur. Les gamins que nous étions alors attendaient chaque semaine avec une impatience fébrile la mise en vente des "illustrés" publiés par la Maison Offenstadt dans lesquels paraissaient tous ses romans.

Nous nous précipitions ce jour-là vers les kiosques à journaux (toujours le même ! et où nous étions connus) pour demander le numéro de "L'Epatant", du "Cri-Cri", du "Petit Illustré" ou de "L'Intrépide" dans lequel nous allions trouver la suite des palpitants exploits de "John Strobbins, détective-cambrioleur" ou de "Marcel Dunot, Roi des Boxeurs".

Contre les sommes de 0,05 fr. ou 0,10 fr. nous nous procurions alors notre ration de rêves et d'aventures pour la semaine. En dépit de la modicité du prix de chaque numéro, notre bourse d'écolier ne nous permettait pas toujours de faire l'acquisition, la même semaine, de plusieurs des publications dans lesquelles figurait notre auteur favori. C'est alors que s'organisait entre nous un petit marché de troc que ne manque pas de rappeler - plus de cinquante ans après ! - la rubrique des "Petites Annonces" du "Chasseur d'Illustrés". mais les cours pratiqués n'y sont plus les mêmes, bien qu'à l'époque les cotes fussent d'autant plus élevées qu'on savait trouver un "José Moselli" dans l'objet des transactions. Si ma mémoire est bonne, les aventures du "Bison Noir du Far-West" écrites par Jo Valle et illustrées par A. Vallet, et paraissant dans "L'Intrépide", figuraient aussi, comme les Moselli, parmi les valeurs sûres.

Et quel drame lorsque, le numéro à peine en main vous était confisqué par un instituteur sans pitié qui vous surprenait à lire sous un pupitre, pendant la leçon d'arithmétique, la suite de "W...Vert.." que vous n'aviez pas eu la patience de ranger sagement entre deux cahiers pour n'en prendre connaissance qu'à votre retour au bercail !

Je ne voudrais pas cependant que ces souvenirs, s'ils tombaient par hasard sous les yeux de lecteurs n'appartenant pas aux "Chasseurs d'Illustrés" incitent ces non-initiés à penser dédaigneusement que José Moselli n'était après coup qu'un auteur pour enfants.

Nombre de ses œuvres méritent mieux que ce jugement téméraire, et je me félicite d'avoir eu l'occasion de republier en 1962, dans la revue "Fiction" que je dirigeais alors, le remarquable roman de science-fiction que constitue "La Fin d'Illa", et que la revue "Sciences et Voyages" avait présenté originellement en 1925. C'est un véritable "classique" du genre, et je suis heureux que mon ami Jacques Bergier, qui a pris la direction littéraire d'une nouvelle collection de S.F. prochainement lancée par les Editions Rencontre, ait choisi de nouveau "La Fin d'Illa", auquel il ajoutera "Le Messager de la Planète" et "La Cité du Gouffre" pour figurer parmi les titres de cette nouvelle collection.

D'autres romans de Moselli, à commencer par "Les Démons de la Mer", méritent cette résurrection, et je souhaite qu'un éditeur s'en avise un jour pour rendre à José Moselli un hommage qui lui est dû, et le fasse mieux connaître des jeunes générations, tout en permettant à leurs aînés de le relire avec joie.

 


 

 

2.2 - Caractère des romans de José Moselli

par Jean Leclercq

(article paru dans "Désiré" 2° série, n° 31/32, 1981)

 

Il est très simple : ils sont très simples, linéaires, si j'ose dire. Partant d'une idée nette : abattre un gang, ou venger un ami, ou trouver un trésor, etc., ils sont des suites d'aventures, dans lesquelles le héros en voit de toutes les couleurs et n'en sort que par son intelligence et sa force, toutefois à l'échelle humaine. Une exception : John Strobbins, détective cambrioleur, où des problèmes se posent dans nombre de petits récits.

Les romans de José Moselli sont donc essentiellement des récits picaresques, où l'on va d'aventures en aventures, avec de multiples situations périlleuses comme dans les fins des épisodes de films... à épisodes ! Quand la parution a atteint son poids, alors il faut conclure et dans le fascicule terminal, le gang est abattu, l'ami vengé ou le trésor trouvé, hélas ! souvent déjà vidé de longue date.

Alors, quels intérêts dans ces romans assez simples ? Ils sont nombreux : les personnages sont admirablement campés, typés même. Les lieux, les agencements de trains et surtout de bateaux grands ou petits admirablement utilisés, tous les lieux de la Terre parfaitement conformes à leurs spécificités - Moselli n'a-t-il pas parcouru le monde ! Les avatars, les aventures se renouvellent toujours avec nouveauté, comme dans les "Mille et Unes nuits", l'intérêt toujours aiguisé et le suspens constant. On vit avec le héros, on croit en lui, il est presque plausible, il est vrai ! Ses aventures, on aurait pu les avoir si l'on était taillé comme lui. Bref, chaque roman est passionnant et le tumulte de l'aventure emplit votre âme quand vous vous laissez aller à lire Moselli.

 


 

 

2.3 - JOSE MOSELLI OU L'AVENTURE SANS FARDS

  par René Lathière

  (Article paru dans Désiré, 1ère série, n° 9, février 1967)

 

José Moselli n'écrivait pas spécialement pour être publié "en images" (c'est-à-dire, une suite de dessins accompagnant un texte non abrégé). De là vient sans doute en partie l'oubli où il est tombé, avec nombre d'auteurs qui nous offrirent de fameuses histoires avant la première guerre mondiale et jusque vers 1940. Oubli immérité, car ses œuvres se prêtaient parfaitement à l'adaptation en bandes dessinées - et l'on n'ignore pas que cette formule est devenue pour tout illustré la condition "sine qua non" du succès auprès des jeunes.

  Du reste, la chose fut réalisée pour "L'Idole Bleue" paru une première fois dans "l'Intrépide" vers 1925. Le titre était modifié (Le Secret de l'Idole) et un excellent dessinateur, Duteurtre, avait remarquablement fait démarrer en phylactères les aventures du mousse Nicolas Goulven et de son ami Prosper Loignon à bord du trois-mâts "Anjou".

  Mais déjà, la jeunesse s'était entichée d'autres publications proposant des planches venues d'Amérique. Ni Duteurtre, ni Maurice Toussaint, ni même René Giffey ne faisaient plus le poids devant Alex Raymond. Le héros mosellien était supplanté par Guy l'Eclair, et ses ennemis par des empereurs ou des monstres fantaisistes (cela dit sans vouloir rabaisser le talent d'Alex Raymond).

  Et cependant, quelle valeur chez Moselli ! Nous le lisions, nous nous attachions à ses personnages, car il nous les livrait sans restrictions, sans essayer de nous faire avaler que "tout peut s'arranger en douceur".

  Les méchants étaient lâches ou courageux, toujours féroces, mais ils le demeuraient jusqu'au bout. A l'occasion, d'ailleurs, ils entraient les premiers en scène.

  Joë Lofagre (Le Lagon aux Requins) empoisonne le capitaine Van Crylm pour s'approprier les perles qui se trouvent dans le coffre-fort du brick "Siska". Celui-ci ayant coulé, Lofagre gagne Singapour où il compte réunir les moyens de récupérer le trésor. Et c'est là qu'il trouve sur son chemin les Français Fergan et Carcamousse.

  Arsène Dulard et Jules Chafflert (Les Champs d'Or de l'Urubu) assassinent leur compagnon Albertier pour le manger. Evadés de Saint-Laurent du Maroni, emportés par la tempête, ils ont atteint une côte inconnue, puis une forêt hostile où ils se sont perdus. Mais ils n'ont pas le temps de dépecer le cadavre, ni même de tuer leur autre compagnon, le brave Loustalot qui, indigné, veut s'opposer : les trois hommes sont faits prisonniers par les Vaudous (car sans le savoir, ils se trouvent à Haïti). Emmenés dans une mystérieuse maison, ils y trouvent d'autres captifs : les survivants d'un équipage naufragé, parmi lesquels le mousse Jean Lenoël...

  Mais si Dulard et Chafflert sont des êtres bas, Joë Lofagre est un homme qui saura mourir courageusement. Quant à Jack Swan (Le Roi des Convicts) il reste un personnage extraordinaire. Cet évadé des bagnes de Tasmanie s'est pris d'amitié pour Jean Cordener, lequel recherche James Lowell, prisonnier des Maoris en Nouvelle-Zélande (l'action se situe vers 1840). Le terrible Swan a ainsi l'occasion de sauver la vie du "Frenchie". Mais cela ne l'empêche pas de montrer les dents, comme un chien à qui on veut arracher son os, lorsque Cordener fait mine de s'opposer à ce qu'il torture Justinian Bartlett, le traître... Bartlett qui a d'abord été soustrait par Swan à la voracité d'un squale ! C'est du meilleur humour noir.

  Et Swan est logique avec lui-même. Il pourrait, par l'entremise de James Lowell, obtenir sa grâce. Or, il préfère disparaître. La dernière phrase du roman - "... nul ne sait ce qu'il est devenu" - laisse l'impression d'une aventure inachevée et d'un regret.

  De l'autre côté de la barricade, les "bons" n'appartiennent que rarement à la catégorie "amateurs de sensations". Ils sont presque toujours entraînés malgré eux dans la grande aventure. Mais le premier acte joué, ils vont jusqu'au bout - quel que soit le motif qui les pousse à lutter.

  Le héros mosellien obéit souvent à des sentiments chevaleresques. C'est le cas pour Richard Daguerre (Les Requins du Pacifique), Jean Lenoël (Les Champs d'Or de l'Urubu), Marc Darlan (La Jarre de Cristal), Jean Cordemer (Le Roi des Convicts), M. Bour-Lollay (L'Empereur du Pacifique), et Bernard Brun (L'Avion Fantôme).

  Ou bien encore, il veut prouver sa propre innocence. Simon Doguereau (L'Homme à la Carabine) n'aura de cesse qu'il obtienne sa réhabilitation en livrant à la justice britannique Smithson, Blake et Ballardy, chefs des "Ten Pounds". Il en est de même pour Pierre d'Herblay (Face de Fer) qui, victime de Schaafs et Clafatcho, a échoué dans la mission que lui avait confiée le Cardinal de Richelieu. Et l'aviateur Philippe Randaux, devenu le sultan Ismaïl Kindjiss (Radassar) lutte sans merci contre une mystérieuse puissance occulte dont les machinations l'avaient conduit... jusqu'à la potence.

  Enfin, s'il fait de son mieux contre les bandits, le héros mosellien ne méprise pas systématiquement le "fabuleux métal" qui lui permettra, à l'occasion, de rentrer riche en France. Le basque Jacques Tavar (Tavar-la-Hache) s'assure ainsi la légitime possession d'un claim dans la région du Mackenzie. Jean Lenoël et Alexandre Montalais récupèrent une cargaison d'or provenant de la vallée de l'Urubu - cet or auquel ils ont droit autant que Josuah May, August Schnockmann et Arsène Dulard. François Bontemps et le capitaine Mortimer (Les Mystères de la Mer de Corail) retrouvent l'épave de la "Malaïta" avant que Krapfl et ses acolytes ne puissent l'atteindre. Maxime d'Arbagnac (Flèche Sanglante) ne reviendra pas les mains vides de Californie, où il a fait pendre la bandit Canos.

  Mais les personnages sympathiques de Moselli ne connaissent pas tous le "happy end" qui semble actuellement de rigueur dans les illustrés pour enfants.

  Quand Georges Dixmer, le jeune Parisien Canari et le bon nègre Jonathas s'introduisent dans la fabuleuse nécropole des rois toltèques (La Piste de l'Or), seuls l'ingénieur et son petit compagnon échapperont aux flèches du mystérieux Xitocapeltozaltac. Quand Arsène Dulard poignarde Loustalot après la prise d'Urubuwald par les troupes révolutionnaires de Napoléon Moule-à-Chique, la blessure, hélas ! est mortelle. Des quatre amis qui poursuivent Schaafs jusqu'au Siam (Face de Fer), trois seulement reverront la France. Et si le maigre l'Eglantine (Scalp Rouge) repart sain et sauf de Virginie avec Pierre de Vaudrecq, il laisse derrière lui la tombe de son ami, le gros Patachou...

  Car Moselli savait que l'Aventure exige souvent des victimes des deux côtés et que le triomphe du Bien sur le Mal ne se paye jamais trop cher. C'est ce qu'il voulait faire comprendre à ses jeunes lecteurs, - dont nous étions - et c'est ce qui concourt à lui donner une large place dans nos souvenirs.

   


   

2.4 - NOTES DIVERSES SUR MOSELLI

  par J. Van Herp

  (article paru dans Désiré 2° série, n°31, 1er trimestre 1981)

 

Il y a un Moselli que l'on oublie généralement : c'est l'auteur de romans policiers. Pourtant il est le père de quatre personnages qui poursuivirent leurs aventures, impavidement, durant des années.

Il y a d'abord IKO TEROUKA, le détective japonais qu'on trouvait dans "Le Petit Illustré", ce n'est sans doute pas le premier, mais c'est le plus attachant.

Il agissait seul, faisait correctement son travail de détective, usait parfois de le réflexion et des procédés scientifiques. C'est ainsi qu'il avait recours à un laboratoire pour retrouver, sur une page blanche, le texte disparu. Indécelable au microscope, aucune rayure n'apparaissant, l'auteur ayant utilisé un pinceau fort doux.

Comme tous les détectives de Moselli, il voyageait énormément, enquêtant au Chili, au Libéria, en Ethiopie, au Brésil, etc. Mais c'était un détective qu'aurait regretté S.S. Van Dine, porté plus par les événements que par la détection pure.

Sans doute, dans une enquête au Brésil, il sait retrouver un ticket de funiculaire qui le mène au sommet du pain de Sucre et là s'amorce une piste. Mais sinon, il se laisse davantage porter par l'intuition, ou encore, il agite les eaux jusqu'à ce que les coupables se manifestent.

Ce sont procédés de l'école américaine du temps, et que l'on allait découvrir dans la Série Noire : le privé qui enquête au petit bonheur, avec le secours du hasard et non des petites cellules grise de Poirot. Comme tel, il m'accrochait alors que je le lisais - roman d'aventures, oui, plus que policier, mais notre temps nous le rend plus proche.

BROWNING & Cie hantaient le "Cri-Cri" ; ils y avaient une équipe, Browning étant flanqué d'un méridional, Baracasse (si ma mémoire est fidèle). Eux, également, enquêtaient à travers le monde : au Spitzberg, aux Fidji, à Londres, en Macédoine, en Egypte, etc.

Leur technique était celle de Térouka, la différence portant dans les crimes.

Térouka rencontrait des crimes classiques : vol de banque, détournement de fonds, héritage... Parfois une ombre de crime passionnel : un soupirant cherchant à faire accuser un candidat plus heureux que lui.

Dans Browning & Cie, les motifs sont plus sophistiqués : on vole une clochette d'argent, non pour sa valeur, mais parce que l'une d'entre elles, renferme un rubis dans son battant. Une autre fois, c'est un diadème de diamants bleus. Il se révèle que ces diamants sont faux. Mais... mais... Leurs poids respectifs indiquent les proportions de divers corps destinés à former un alliage imitant l'or.

Ailleurs, il s'agit d'un richissime Canaque voulant venger sa race et tuant au hasard, par le moyen d'une araignée de la famille des veuves noires.

Alors que chez Térouka, les motifs sont immédiatement apparents, ici, le plus souvent, c'est le motif des crimes qui demeure masqué.

JOHN STROBBINS, le détective cambrioleur, était un habitué de "L'Epatant" et de la "Collection d'Aventures". C'était une sorte d'Arsène Lupin, cantonné davantage dans l'orbite des Etats-Unis, du moins dans les dernières années de l'hebdomadaire.

Que dire de ces immenses sagas ? Que Moselli y est meilleur que dans ses interminables romans ; chaque aventure a les dimensions d'une nouvelle ou d'une "novelette", pour utiliser le terme américain. Et l'on n'y trouve pas ces longueurs, ces rebondissements artificiels qui prolongent tant de romans.

Ici, une aventure rapidement contée, sans détours, sans digressions, dans un cadre esquissé mais bien dessiné, avec des personnages typés.

Je ne crois pas que les lecteurs de 1980, qui n'ont pas la nostalgie au cœur, feraient bon accueil à ces enquêtes. Mais je crois que pour les anciens, les amateurs, les connaisseurs, il y a là de quoi alimenter leur intérêt.

Y-a-t-il, maintenant, des collectionneurs possédant des Offenstadt qui pourraient dresser un catalogue des diverses aventures des divers détectives ?

J'allais oublier. Il y a un cinquième personnage, M. DUPONT, détective, qui apparut dans "Cri-Cri", quand ce dernier fit peau neuve. Mais je ne crois pas que sa vie fut bien longue. Si je me souviens bien du portrait qu'en fit Giffey, il tenait à la fois du petit fonctionnaire barbichu et binoclard et d'Hercule Poirot.  

 


 

 

2.5 - JOSE MOSELLI UN ROMANCIER QUE J'AIME

  par Claude Hermier  

article paru dans l'Annonce Bouquins n° 99, janvier 1994  

C'est par hasard que vers l' âge de douze ans j'ai lu quelques fascicules du "Roi des Boxeurs" - des numéros épars et en petit nombre - mais ce fut suffisant pour me marquer  à jamais, d'autant que les illustrations - de celui que j'appris plus tard s'appelait PUYPLAT -  "collaient" bien au texte, un dessin puissamment évocateur, sans concessions.

 

José MOSELLI ne faisait apparemment pas dans la dentelle, à  la différence des romanciers que je connaissais : Jules Verne, Arnould Galopin, Louis Boussenard, même si, pour certains d'entre eux, quelques scènes étaient d'une certaine dureté. S'adressait-il à des enfants ? J'aurais juré que non.  A des adolescents, peut-être ! Et puis, non !  C'était de la lecture pour adultes. Pourtant ces fascicules de par leur présentation (illustrations nombreuses)  et du fait qu'il  s'agissait d'aventures laissaient supposer que l'auteur et l'éditeur les destinaient à un public de jeunes garçons.  Pour tout dire, j'étais tracassé, d'autant que moi, jeune garçon justement, je me plongeais avec un plaisir un peu trouble dans ces feuilles qui sentaient le vieux papier. Je me faisais l'effet d'être immergé dans une autre époque ou plutôt dans un univers très particulier et j'avais l'impression d'ouvrir là un livre défendu, les illustrations puissamment évocatrices et d'un réalisme assez outrancier ajoutant à mon désarroi. Car enfin, les personnages qui gravitaient dans le sillage du héros, Marcel Dunot, étaient-ils durs, rébarbatifs ! Vrai, un monde étranger à la jeunesse ! A l'époque où le grand romancier entra dans ma vie, nous sortions de la guerre. Nous avions connu l'exode de 1940, les bombardements, les lointains sanglants, les chevaux blessés ou morts sur le bord des routes, les fossés, la paille des écuries. Ensuite nous apprîmes avec épouvante les atrocités nazis. Alors MOSELLI n'exagérait peut-être pas tant que cela. L'homme était-il donc un monstre ? Certes, il y avait la noble figure de Marcel Dunot, et le savoir près du lecteur me réconfortait. Mais il semblait bien être le seul ou du moins un des rares personnages de l'univers mosellien à être humain, celui surtout qui permettait au lecteur de ses aventures de ne pas désespérer de l'homme.

 

Voyons ! Qui se trouvait dans son champ ? Des êtres méchants, fourbes, veules et laids qui mentaient, trichaient, torturaient, tuaient. Un monde de péchés ! Et PUYPLAT qui imageait avec force cette vaste fresque : figures bestiales, attitudes équivoques, dos voûtés, gestes manquant de noblesse, mains semblables à des battoirs, regards fuyants. Où évoluaient ces tristes personnages ? Il y avait les océans surtout, mais hostiles, pleins de traîtrises. Les bateaux, de vieux rafiots rafistolés et rouillés. Les marins : des brutes, toujours en train de se bagarrer, à faire souffrir plus faibles qu'eux, sournois, manquant de parole. Des auteurs parlaient des bateaux en les comparant à des villes flottantes. Je tombais de haut avec MOSELLI car, en fait de "ville flottante", j'avais sous les yeux un microcosme sordide où la vie était rude, où le parler n'était que jurons, la nourriture infecte. Une vie souterraine. Une atmosphère empuantie par la suie, l'huile brûlée, les rogatons. Et là-dessus le ciel, tel un couvercle, filtrant un pauvre soleil.

Les villes portuaires, une invite à l'évasion, avais-je lu. Que non chez "le Roi des Boxeurs" ! Les ports, c'était le plus souvent des ruelles tortueuses encombrées d'ordures, des passages peu sûrs, des seuils peu engageants et, frôlant murs décrépits et palissades vermoulues, des personnages à l'allure inquiétante, courbant les épaules, marchant  à grands pas.

Et ces scènes de tortures, qu'elles soient le fait de sauvages ou de civilisés ! Un raffinement, une cruauté à soulever le cœur ! Sans parler des repas cannibales où aussi bien vrais anthropophages qu'hommes blancs participaient. Des Blancs mangeant de la chair humaine ! Mais après tout n'avais-je pas lu qu'en des temps anciens, en France même, lors de grande famine, des mères avaient dévoré leurs jeunes enfants !

 

La mort donc, omniprésente, comme aboutissement de la vie. Oui ! La mort était le lot de tous, bons ou mauvais, qui partageaient les aventures de Marcel Dunot. Elle est inéluctable, me disais-je, mais dans la plupart des cas, elle s'annonce (maladie, vieillesse). Chez MOSELLI au contraire, elle fauche sans crier gare avec un désarmante opportunité. Et quelle mort ! Noyades, tortures, enlisements, maladies sordides comme la lèpre. La planète MOSELLI m'apparaissait un peu comme une déviance, comme une offense à la morale. Ce qui me surprenait et m'inquiétait c'était la fascination que les aventures du "Roi des Boxeurs" exerçaient sur moi. C'est que, je le compris plus tard, je trouvais la pâture pour mon goût du fantastique. Je m'en étais entretenu avec Jean Leclercq qui, comme moi, aimait beaucoup MOSELLI. Nous expliquions notre engouement pour cet auteur par notre caractère inquiet, notre propension à l'insécurité, notre goût du morbide.

 

MOSELLI ne trichait pas, un chat était un chat. Il était dur comme l'était bien souvent la vie à cette époque. Il ne fardait pas la réalité. Je me souviens qu'au temps de ma découverte du romancier, des récits d'un tout autre genre m'étaient parvenus, en particulier ceux parus avant-guerre dans la revue "Guignol, cinéma de la jeunesse", la "Collection Printemps". Ces textes étaient loin d'être inintéressants mais qu'ils me semblaient bien souvent ancrés dans un monde artificiel, frelaté. Rue Gazan on édulcorait. Les héros, de jeunes gens et jeunes filles de la bonne bourgeoisie, avaient bien des aventures, mais qu'elles ressemblaient à des jeux ! C'était trop beau pour être honnête. Une fois leurs petites aventures de jeunesse terminées, ils entraient dans leur vie d'adulte avec argent, solide métier, belle propriété. Leur vie, toute de bonheur, se déroulait harmonieusement. Rien de tel chez MOSELLI, qui savait que dans la vie rien n'est gagné d'avance, que rien n'est acquis définitivement, JAMAIS. C'est une des leçons qu'il faut tirer de ses romans.

 

Plus tard, grâce à "Désiré", j'acquis par voie d'annonce "Le Roi des Boxeurs" complet. Puis ce fut avec "Le Chasseur d'Illustrés" la découverte de "L'Intrépide". Je pus enfin apporter un peu de chair à ce romancier qu'avait été jusqu'à ce jour, pour moi, José MOSELLI. J'ai été vraiment surpris d'apprendre qu'il avait œuvré de 1910 à 1940 pour les seuls Offenstadt et ce, à une cadence incroyablement soutenue, sans que pour autant la qualité de son travail en souffre. Et depuis, José  MOSELLI est dans ma vie, tant et si bien qu'au cours de mes voyages certaines scènes me ramenaient à lui, à ses romans et à ses héros.

 

Le héros Mosellien est un solitaire. C'est l'un des aspects de sa personnalité qui me séduit le plus, et Marcel Dunot est pour moi la référence. Un autre grand solitaire, bien plus connu, c'est Tarzan. Le solitaire est un asocial. Il semble de granit mais son sens aigu de la justice en fait un être bon et charitable. Cet "isolement" ne va pas sans un certain égoïsme. La routine, l'aliénation, très peu pour lui. Il s'attache d'ailleurs le moins possible à ses débiteurs. Dès qu'il les a sortis de l'ornière, il s'esquive. Il fait fi des convenances, n'aimant pas les simagrées. L'argent ne l'intéresse pas, étant le plus souvent le fruit de la malhonnêteté. La politique, il s'en gausse. Ceux qu'il croise, il les considère souvent avec une certaine condescendance (de sont de "braves" gens). Il y a lui et les autres. Les titres, les honneurs, la reconnaissance même sont quantités négligeables, même si Marcel Dunot est le plus grand des boxeurs, même si Tarzan est connu dans toute l'Afrique. Son terrain d'élection, les espaces peu fréquentés. La solitude du milieu répond à la sienne. Et pourtant, bien que fuyant le monde, le monde vient à lui et ce n'est point là l'un des moindres paradoxes qui s'attache à ses pas. Il suffit qu'il sorte, qu'une porte ou un pont soit franchi et voici qu'affluent des mondes parallèles. Aussi ne nous étonnons pas si Tarzan rencontre des Pithécanthropes, des Hommes-Fourmis, des Croisés, des Romains ; si, telles des visions, viennent à lui des contrées inconnues, comme préservées, où faune et flore ont depuis longtemps disparu du reste de la terre ; si le "Monde intérieur" (le centre de la Terre) réclame son concours. Cependant, à la différence de E.R. Burroughs, MOSELLI n'est pas un hétéroclite. Ses personnages n'ont rien d'imaginaire et c'est  ce qui les rend encore plus inquiétants ! C'est par leur outrance, leur caractère déviant qu'ils nous surprennent et nous font peur : bandits hors du commun, l'abomination faite homme tel l'Empereur du Pacifique, femme-pirate, peuple souterrain de l'Amérique du Sud.

 

Qui fûtes-vous José MOSELLI ? On sait peu de choses de vous. Vous naviguez d'abord comme mousse, puis comme officier marin. Dans plusieurs de vos romans, vous rendez justice à ce mousse qui, à l'époque, était souvent le souffre-douleur de l'équipage, voire du capitaine. Vous en parlez avec une émotion contenue. Il est ce qu'il y a de plus pur dans votre œuvre.

Vers l'âge de trente ans (en 1910) vous écrivez des romans d'aventures qui paraissent dans des hebdomadaires pour jeunes garçons et adolescents. Je vous vois à votre table de travail, attelé à votre machine à écrire plusieurs heures par jour et ce, durant près de trente ans. Inlassablement, et avec quel talent, vous donnez vie à des personnages d'une grande véracité et souffrez leurs tourments. Vous avez de la peine à faire mourir dans d'atroces souffrances les méchants mais vous n'y pouvez rien, car il fallait bien qu'ils disparaissent un jour et d'une manière peu banale. Vous ne vous prenez pas très au sérieux à l'instar de vos collègues qui œuvrent pour les Offenstadt. ou d'autres éditeurs populaires. Ne racontez-vous pas des histoires pour jeunes lecteurs ? Le support de vos récits, des hebdomadaires, au mauvais papier, coûtant peu, destinés à être jetés le plus souvent ou à être utilisés à des usages domestiques, prouve le peu d'importance de votre travail. Et faut-il que vous en écriviez de ces romans pour gagner à peu près votre vie. Vous n'êtes connu que de vos jeunes lecteurs qui sont, il est vrai, nombreux ; quant aux adultes, ceux qui s'occupent  particulièrement de la jeunesse, le plus souvent, ils vous dénigrent, vous rejettent, vous condamnent. Mais vous recueillez les suffrages de vos lecteurs, tant et si bien que vous êtes le pilier des publications Offenstadt qui, sans vous, auraient laissé moins de traces dans nos mémoires. Vous allez captiver des générations de jeunes lecteurs : il y aura celle d'avant 1914, des années 20, puis des années 30. Vous ne serez jamais édité en volume de votre vivant et si peu, si peu, bien longtemps après votre disparition. Vous nous avez quittés depuis cinquante ans et restez dans la mémoire d'une poignée d'admirateurs. Ceux qui vous connaissaient bien pour vous avoir lu chaque semaine ont presque tous disparu. Reste aujourd'hui un petit nombre de vos inconditionnels d'un certain âge qui vous ont découvert -c'est mon cas- après que vous ayez cessé de paraître. Vous restez bien vivant pour ceux-là, croyez-le. Je fais peut-être montre d'un certain optimiste, mais je suis persuadé que l'on va vous retrouver. Vous ne pouvez disparaître bien que vous soyez enfoui dans des revues peu connues et difficilement accessibles. Votre talent si personnel, votre prose qui n'a pas vieilli, la sûreté avec laquelle vous approchez l'homme, l'action formidable dans laquelle vous savez entraîner vos personnages, non ! l'un de nos meilleurs romanciers d'aventures ne peut pas, ne doit pas disparaître. Je formule un vœu : votre résurrection, votre sortie du purgatoire. C'est le souhait, des quelques-uns que nous sommes, à vous aimer, à vivre avec vos personnages.   

 


 

 

2.6 - REVERIE

  par Claude Hermier

(article paru dans Désiré 2° série, n° 31, 1er trimestre 1981, p. 761-763)

 

 

Quand j'étais jeune et que je trafiquais du côté de Singapour, j'ai souvent rencontré Marcel Dunot, le Roi des Boxeurs.

Aujourd'hui, retiré momentanément sur mon domaine de Champcourt (Le Tampon, île de la Réunion), il suffit que je pense à lui... et il est là !

Dès que le soir descend sur l'Océan Indien, il pénètre furtivement dans mon bungalow en bois de natte, noyé au milieu de mes plantations de canne à sucre et de mes bananeraies.

Mon domaine le ravit car, sans être dépaysé, il peut s'y reposer.

Il retrouve là, une nature, des visages qui ne lui sont pas tout à fait étrangers, mais qui, pour une fois, ne lui sont pas hostiles.

Marcel parle peu, mais il suffit que je sorte des rayons de ma bibliothèque le roman de sa vie d'aventures ("Le Roi des Boxeurs" par José Moselli, série de 516 fascicules, parus de 1925 à 1935 à la Société Parisienne d'Edition) pour qu'il sorte de son mutisme.

Moments délicieux et exaltants qui se terminent sur la varangue (terrasse), alors que la nuit est déjà avancée.

Le grondement lointain de l'océan semble alors lui faire signe. Sans bruit, alors que je commence à somnoler, il me quitte, emporté par le vent venu des mornes proches.

Mes regards se portent presque instinctivement vers le littoral du côté de Saint-Pierre et de Saint- Louis, distants d'une dizaine de kilomètres du Tampon. A-t-il atteint le lagon ? A-t-il franchi les récifs de coraux ? Certes, il est déjà loin, au milieu des embruns !

... N'importe, il suffira qu'un jour prochain, je lui fasse signe à nouveau pour qu'il soit au rendez-vous. J'aimerais néanmoins le retrouver sur le théâtre de ses actions.

J'y pense souvent. Il me faudra, quelque jour, reprendre ma valise et retourner là-bas dans le Sud-Est asiatique ; nul doute ! je le rencontrerai comme ce fut le cas maintes fois, il y a une dizaine d'années.

Marcel Dunot a le don d'ubiquité, il sait entrer en relation, ou plutôt en communion, avec ses amis... Oui ! J'ai rencontré le Roi des Boxeurs bien souvent...

Dans l'arrière boutique d'un commerçant à Chinatown de Singapour, dans la cité lacustre dayake de Bornéo, sur un minable petit bateau qui, en janvier 68, me ramenait de l'Etat de Sarawak à Singapour, au marché flottant de Bangkok, rencontré aussi au retour d'une randonnée à l'intérieur d'Espirito-Santo, en pleine mangrove, non loin de la Montagne des Dieux...

* * *

Je lis, j'ai lu maints romans d'aventures, d'aventures exotiques principalement. Certains ont atteint depuis longtemps la notoriété, ont été et seront encore étudiés ; d'autres, par contre, eurent un succès éphémère et ne sont plus maintenant connus que d'une poignée d'amateurs, qui va d'ailleurs s'amenuisant, ces romans-là n'ont pas été retenus par les spécialistes.

De la masse de ces écrits ignorés, axés sur l'aventure pure, ce sont ceux de José Moselli que je préfère, et de loin ! Il ne s'agit pas de nostalgie, mes lectures de jeunesse furent surtout les romans de la Bibliothèque Verte et les illustrés de l'après deuxième-guerre.

Oui, José Moselli me captive, m'envoûte, comme il a envoûté les adolescents des années 1910-1935.

Aussi, pour nous qui aimons ce romancier, quelle tristesse de constater l'oubli où il est aujourd'hui. Car enfin, nous avons, nous Français, la chance d'avoir un romancier hors pair et nous le délaissons ! C'est déplorable ! Voici pourtant un auteur qui ne laisse jamais indifférent, qui le plus souvent empoigne, et il n'est pas connu !

Ses jeunes admirateurs - oh ! peu nombreux - ont bien de la chance car c'est souvent le hasard qui le leur a fait connaître.

Il faut, en effet, être sensible aujourd'hui au phénomène que sont les littératures d'évasion, il faut avoir le goût de la collection, il faut avoir comme amis d'anciens lecteurs des illustrés d'Offenstadt un  tant soit peu au fait de ce que fût, pour plusieurs générations de jeunes lecteurs, le romancier José Moselli.

Ouvrez "L'Intrépide", "L'Epatant", Moselli figure presque à chaque numéro.

A ce propos, à propos de l'éditeur Offenstadt, il faut mettre les choses au point.

En effet, depuis une dizaine d'années environ, pas mal d'amateurs et de professionnels de la bande dessinée dénigrent cet éditeur. On lui reproche d'être le responsable de la pénétration tardive, en France, des bandes dessinées américaines, on parle avec dédain de sa production débordante, envahissante, de son goût douteux, de son esprit vieux-jeu... et en particulier, de ses feuilletons écrits par les "auteurs maisons" et le comble "mis en images" de façon "hâtive" par des illustrateurs français sans talent...

Halte-là ! Que ces personnes prennent la peine d'ouvrir les toutes premières années de "L'Intrépide". Nous leur suggérons les numéros 57 du 18 juin 1911 et suivants, jusqu'au n° 93 du 25 février 1912.

Qu'ils regardent les dessins signés André Galland, illustrant "Le Sultanat de Kazongo" de José Moselli, qu'ils lisent ce récit...

S'ils ne sont pas épris de ces belles compositions au trait précis et fin, aux couleurs délicates, si le texte les laisse indifférents, alors certes qu'ils ferment pour toujours ces pages.

Mais aussi et surtout que les noms de l'éditeur Offenstadt, du romancier José Moselli, de l'artiste André Galland, ne soient, par eux, plus jamais prononcés.

Car nous qui aimons l'auteur-maison, l'auteur chéri des frères Offenstadt, nous savourons des phrases du type :

 

"Soudain, un petit nègre, vêtu d'un pagne jaune à raies rouges et casqué d'un vieux bidon à pétrole dans lequel il avait planté des plumes d'autruche, fendit la foule et arriva près des Européens.

Il tenait à la main une auge de bois rempli d'une bouillie rouge, qu'il posa sur le sol [...] Il trempa le doigt dans la peinture, et en dialecte congolais, s'écria "Je commence par celui-ci, c'est le plus gras ! Moi je me réserve les jambes [...]

Le nain saisit à sa ceinture une sorte de faucille et s'approcha du premier Allemand et saisissant le bras du malheureux, il le trancha..."

 

C'est vrai qu'il m'a fallu une sacrée chance pour découvrir ce monde enfoui dans d'aussi vieilles publications.

Certains diront - et c'est peut-être vrai - que mes goûts me préparaient à une telle rencontre. N'empêche ! Enfin, avouons que, nous qui aimons Moselli, nous sommes des gens heureux.

Je me plais d'ailleurs à penser que, s'il eût été Anglais, notre auteur aurait eu un franc succès durable, car ses récits d'aventures sont des romans de l'action où l'artificiel est banni. Ils s'éloignent ainsi assez considérablement  du roman à la française beaucoup plus "romanesque" ; une preuve entre autres, l'absence d'héroïnes.

On apprécie pleinement Moselli à l'âge adulte. L'enfant, l'adolescent ne retiennent que l'outrance des situations, que la démesure des héros et de leurs actes.

Or, le héros mosellien, de par ses actions liées à de situations hors du commun, n'a rien que d'humain, et son humanité est vraie, sans artifices ; c'est ce caractère véridique qui nous touche et décuple notre intérêt.

Il nous paraît curieux, encore une fois, que certains collectionneurs regrettent l'influence des Offenstadt sur la presse enfantine pendant un quart de siècle.

Car le feuilleton sous images, c'est une chose et la BD, une autre.

Que donnerait Moselli en BD ?

Frémissons à l'idée que, sans ses géniaux éditeurs, Moselli, Jo Valle et tant d'autres, n'auraient probablement pas pu s'exprimer, du moins de la même façon et de toutes manières avec moins d'ampleur.

D'ailleurs, le succès de "L'Intrépide", de "L'Epatant", etc., suffit à toute démonstration.

 


 

 

2.7 - JOSE MOSELLI, EL GRANDE

  par Jean Leclercq

(article paru dans "Désiré" 2° série, n° 31/32, p. 765-772)

 

CESAR = KAISER (en Allemand) = TSAR (en Russe)

 

A la réception de "Mon Dimanche- Guillaume Bec Ouvert", du 18 septembre 1910, envoyé par Vital Broutot, fin 1979, je restai perplexe.

Le document était intéressant mais laissait prise aux critiques des pupilles des "intellectuels de gauche", c'est-à-dire d'être traité de nationalard, patriotard, revanchard, belliciste, boutefeu, va-t-en guerre, et j'en passe... et même les admirateurs de Moselli pouvaient me blâmer d'avoir ressorti un article antédiluvien, si différent de ses grands romans d'aventures.

Voire ! A son numéro spécial sur José Moselli, "Le Chasseur d'Illustrés" n'a-t-il pas joint la reproduction du titre, d'une illustration  d'André Galland et le début de "Noël Sanglant", nouvelle inédite de J.M., parue dans "Le Conteur Populaire", n° 325, du 27 décembre 1910.

"Guillaume bec ouvert", "Noël sanglant", Moselli a cherché sa voie comme bien d'autres : Maurice Leblanc avec ses romans à la Maupassant, "Un vilain couple", "La faute de Julie", etc., avant de trouver son immortel Arsène Lupin - Gaston Leroux, avec ses pièces de théâtre sérieuses, ses reportages, avant d'écrire ses prestigieux romans d'action et de mystère,... Moselli a donc aussi erré avant d'arriver à produire ses captivants romans d'aventures, dont toute ligne a son poids de description d'un lieu ou d'une action.

Au sujet de Guillaume II, l'on chablait avant 14 et pendant la grande guerre sur le Kaiser, tout autant que l'on a ironisé sur Khrouchtchev et maintenant sur Carter et Reagan.

Le personnage y convenait particulièrement, car il prenait volontiers des attitudes théâtrales, il aimait les uniformes fastueux, le panache et la parade. Il prêtait admirablement à la satire... sans compter que l'Histoire a démontré sa nullité en tant que dirigeant d'Etat.

Mais il y a plus et nous plaiderons coupable. "Guillaume bec ouvert" est un article nationaliste et, plus tard, Moselli écrira de grands romans d'aventures patriotiques : les aventures de Marcel Dunot pendant la Grande Guerre, les aventures de Jean Flair de même, "Les Cœurs de Tigres", "Les Naufrageurs de l'Air", etc., sans compter que dans nombre de romans d'aventures "les vilains sont toujours allemands" comme dit Vital Broutout.

Moselli, un patriotard ? Mais Marcel Allain l'a été aussi (Naz en l'air), (L'Homme aux cent masques), etc. Maurice Landay idem, Maurice Leblanc de même (La Frontière, L'Eclat d'Obus, Le Triangle d'Or) ; Gaston Leroux idem (Le Capitaine Hyx, Confitou, Rouletabille chez Krupp, La Colonne infernale, etc.) et mille autres romanciers populaires également.

Alors les romanciers populaires de 1910 à 1925, tous des va-t-en guerre, des exaltés, des Déroulède au petit pied, des aveuglés ?

La vérité est que nous subissons encore une influence née des tueries de 1914/18 et de l'espoir que fit naître la Révolution Russe de 1917, qui - mélange de pacifisme et de socialisme de l'espérance - est celle des "intellectuels de gauche".

Les démocraties n'ont que trop tendance à se terrer devant les dictateurs (1938), les racketteurs (au pétrole, actuellement) et, malgré ses bons motifs, la domination des intellectuels de gauche est pernicieuse ; c'est une des causes de la défaite de 1940, c'est la cause de la défaite des U.S.A. (une puissance formidable) au Viêt-Nam.

Revenons à la vérité historique : par trois fois, l'Allemagne a agressé la France : en 1870, en 1914, en 1940. Et la force allemande n'était pas vaine : les soldats les plus disciplinés, les plus combatifs, les généraux les plus talentueux, les armements les plus modernes, les tactiques les plus audacieuses.  

 

Lutter à mourir ou vivre à genoux  

 

En 1870, pour apporter la victoire aux Allemands, il n'a fallu qu'un mois de guerre : le mois d'août. Après, ce ne fut que des résistances sans espoir.

En 1940, la victoire de la Wehrmacht en France a été foudroyante et, si elle n'a pas réussi à vaincre la Russie, c'est à cause d'une trahison grandiose, encore pratiquement ignorée et dont il faudra bien parler un jour.

Pour 1914, le début de la guerre a été une catastrophe pour la France. Les armées allemandes ont avancé jusqu'aux portes de Paris. Si elles n'ont pas réussi, s'il y a eu la Marne, c'est à cause d'erreurs allemandes (allégement de la droite prévue par le plan Schlieffen, tergiversations de Von Moltke - le neveu de Moltke de 1870 - et erreurs de Von Kluck), dont Galliéni et Joffre ont saisi les possibilités de contre-attaque. (Voir mon étude "La Bataille de la Marne" dans le n° 2 de "L'Ile").

Le journal "Le Monde" a publié, sous la signature du journaliste Eric Roussel, une grande étude, le 16 janvier de la présente année :" Pourquoi la France a-t-elle tenue en 1914 ?".

Oui, pourquoi ? La réponse de Roussel est claire, nette : par patriotisme ; "Le Patriotisme, condition d'une victoire".

Les romanciers populaires n'ont donc été qu'à l'unisson de la Nation et ont fait leur devoir, en 1914, en publiant des romans d'esprit patriotique.

Le contraire a eu un nom : le défaitisme - et les défaitistes ont été jugés et condamnés tant à l'époque que par l'histoire.

J'espère que cela, étant bien éclairci, fermera la bouche aux propos que l'on voit tenir dans la grande presse et même insidieusement dans notre petite presse paralittéraire par tel ou tel romancier patriotard soi-disant.

Il faut choisir : le patriotisme ou la débâcle de 1940.  

 

Un romancier aux mille qualité  

 

Mais revenons à José Moselli. Sa voie trouvée - peut-être grâce aux frères Offenstadt - ses dons se manifestent avec éclat.

Il peut romancer impeccablement tous azimuts et se meut aussi bien dans le passé : "Le Chevalier de Marana", "Les Démons de la Mer", "Le Sire de Kergorec", "La Mission du Cardinal", "Le Roi des Tavernes", "Le Cadet de Crévecœur", etc.,... que dans les aventures autour du monde : Les Exploits de Marcel Dunot, de Jean Flair, d'Iko Térouka, etc., les combats de boxe... émérites de Marcel Dunot,... que dans les récits policiers : John Strobbins, le détective-cambrioleur de San-Francisco, Le baron Stromboli, gentilhomme international, Jean Flair, aventures d'un jeune policier, etc.

Tous les coins de la planète sont par lui explorés et exploités :

- Le Grand Nord américain : "Le Claim n° 29", "Scalp Rouge", "Tavar la Hache", "Le Totem de l'Homme Mort", etc.

- Le canal de Panama : aventures de Marcel Dunot.

- Le Pacifique et l' Océanie : "Les Requins du Pacifique", "Le Récif des Cannibales", "L'Homme à la Carabine", "Les Mystères de la Mer de Corail", etc.

- La Chine et ses mystérieuses associations : "W...Vert..", "Les Suppliciés de Hoang-Ho", etc.

- L'Indochine : "Le Dragon d'Emeraude".

- Le Japon : M. Dunot, N.S. 159 à 182, fin.

- L'Afrique Noire : "Le Sultanat de Kazongo", Marcel Dunot pendant la Grande Guerre, etc.

- Les Antilles : "Les Champs d'Or de l'Urubu", Marcel Dunot, n° 118 à 138 de la N.S., etc.

- L'Amérique latine : "Zaraza el Grande", "Le Téléluz" (Brésil), M. Dunot, "Le Trésor des Yapurés".

Et n'oublions pas les aventures maritimes où il excelle, servi par sa grande connaissance de la mer par tous temps et des bateaux, à voile comme à vapeur et ici de leurs locaux et de leurs machineries : "Les Requins du Pacifique", "Les Démons de la Mer", "Le Maître de la Banquise", "Les Naufrageurs de l'Air", etc.  

 

La Fin d'Illa

 

J'allais oublier ses talentueux romans publiés dans "Sciences & Voyages", dont on trouvera la liste en page 3/743 du présent fascicule, où il aborde avec maîtrise la science-fiction, notamment avec "La Fin d'Illa", que...

Comme les moutons de Panurge, les éditions Rencontre, en 1970, dans leur série de douze livres de SF, et les éditions Marabout, en 1972, sous la direction de J. B. Baronian, dans leur collection fantastique, ont repris, après les n°s 98 & 99 (janvier et février 1962) de la revue Fiction.

Fiction ajoutait des notes et une bibliographie succincte de J. Moselli (probablement de J. Van Herp) dans ses numéros. Rencontre publiait en fin de son volume "Le Messager de la Planète" et "La Cité du Gouffre". Une riche postface de J. Van Herp clôturait le volume n° 421 de Marabout, qui publiait encore "La Guerre des Océans", n° 533 de la collection.

Que Marabout n'a-t-il continué à republier du Moselli, pour le bonheur de beaucoup ?

 

André GALLAND

 

Mais, au nom de José Moselli, doit être associé son AMI, le dessinateur - l'artiste - André Galland, qui illustra avec quel bonheur la plupart de ses romans - et d'autres aussi comme "Les Aventures de Coucou" de Gaston Choquet, avec ses superbes planches de couverture des "Romans de la Jeunesse".

Quelle sûreté de trait, quel talent ! J'ai dans la tête depuis cinquante ans l'image d'une pirogue pagayée par des noirs maigres et musclés dans "Les Négriers des Rivières du Sud" de Moselli/Galland ! Et les dessins pour "La Fin d'Illa", quelle étonnante série !

André Galland suivait toutes les séances des tribunaux de Paris, notamment celles des Cours d'Assises, et on lui doit des dessins magistraux de leurs tristes vedettes.

Ne pourrait-on pas souhaiter une exposition des œuvres de José Moselli et des dessins d'André Galland, qui unirait et fêterait judicieusement les deux grands amis, morts et injustement oubliés ?

 

Et il butinait et semait à tous vents...

 

Mais, à sa table de travail, lisant de multiples revues françaises et étrangères, prenant des notes, y réfléchissant, José Moselli n'était pas seulement l'auteur des prodigieux romans d'aventures justement célèbres dans la jeunesse, mais aussi celui de nombreuses notes qui parurent dans diverses rubriques des illustrés Offenstadt ; rubriques titrées :

Les Explorations Françaises et Etrangères - Aux Prises avec les Bêtes Féroces - Les Grandes Aventures - Echos du Monde Entier - et dans "Sciences et Voyages" et d'autres magazines scientifiques.

Il écrivit même des historiettes qui parurent dans les "Histoires en Images", une des plus longues et à bon marché séries des Offenstadt. Mme Charles-Marcelin en a relevé plus de quarante.

 

La qualité aussi

 

Mais, après la démonstration faite plus haut, de l'aspect quantitatif de la production de José Moselli, aisée à faire, il faut se pencher sur les aspects qualitatifs de son œuvre.

Il paraît qu'aux Galeries Lafayette, à chaque instant il se passe quelque chose ! Il en est de même pour les lignes publiées de José Moselli dont chacune compte : en une ou deux lignes, le paysage est cliché, puis viennent les mots consacrés à des actions. Celles-ci se suivent, se poursuivent, fulgurantes, précipitées ; une action chasse l'autre.

Le sommeil vous arrive à trois heures du matin, quand, ayant absorbé moult prouesses du héros, épuisé, vous tombez de fatigue, éteignez la chandelle, obligé de remettre à demain la suite du roman d'aventures palpitantes.

J'en ai eu la preuve de nouveau : avant d'écrire sur Moselli, j'ai tenu à relire un de ses romans - je ne pouvais les relire tous ! - j'en ai choisi un que j'avais lu à dix-sept ans, l'un des derniers car, à la même époque, je quittai ma mère, veuve de guerre remariée à un homme brutal, et il m'a fallu gagner seul ma vie et donc penser à bien d'autres choses.

J'ai donc relu "Les Démons de la Mer", superbe "feuilleton sous images", pour reprendre l'heureuse expression de Claude Hermier, qui parut dans "L'Intrépide" du n° 652 du 18/02/1923 au n° 730 du 17/08/1924. L'illustrateur Janko (?) m'a fait promener de l'Atlantique à l'Océan Indien, bien avant Cl. Hermier, mais en images et imagination, il faut l'avouer.

"Les Démons de la Mer" n'ont pas pu reparaître dans la "Collection d'Aventures" ; c'est dommage car c'était une belle série.

De ce roman, comme tant d'autres de José Moselli, si l'on truffait ses phrases nettes, précises, incisives de descriptions allongées et de rêveries sur les états d'âmes, on aurait obtenu d'aussi gros romans que ceux de Robert Gaillard, mais bien plus intéressants.

Il est vrai qu'il aurait fallu ajouter des personnes  du sexe que la majorité des lecteurs de "Désiré" n'a pas, car les femmes sont rares dans les tumultueuses aventures inventées par José Moselli. Tout au plus quelques jeunes filles, des plus jolies et vertueuses, y apparaissent telle que Mabel de Zuniga, qui se mariera avec le médecin richard Daguerre, à la fin de la lutte contre "Les Requins du Pacifique".

 

José le cruel ?

 

"Les Démons de la Mer" ont leur dose de cruautés et d'implacabilité inhérentes à tous les grands romans de Moselli.

Par trois fois, à Londres et dans un comptoir de l'Afrique Occidentale, on voit une et deux alignées d' "évêques des champs" : des pendus à leurs gibets.

Les évêques des champs "bénissent la terre avec leurs pieds".

Et à Cadix, le grand port d'Espagne, les flibustiers pris sont, encadrés de moines cierges allumés et d'alzaguils, conduits au bûcher, car l'Espagnol sait être cruel ; parce que c'est  un blanc arabisé, pense M.P.  

"Démons de la Mer" : ce ne sont que combats sur mers, pour prise de proies :

 

                                                         Le canon tonne,

                                                         L'écho résonne,

                                                         La mort les environne...

                                                         Der Dreigroschenoper The Threepenny Oper

                                                         De trois passe à quatre sous ! en France, dans "L'Opéra de 4'sous"

 

                                                         Et ce sont les abordages :

                                                         Les pistolets trouent les têtes

                                                         Les épées traversent les ventres

                                                         Les haches des flibustiers fendent les corps en deux

                                                         Les sabres, les cimeterres de même

                                                         Pas de quartier !

 

                                                         Und die versunken sind, sieht nur des Hai in See

                                                         Nothing but sharks down there to show a drawned man the way

                                                         Ceux qui tomberont à l'eau sont l'affaire des requins

                                                         Happy End

                                                         Chanson du feu infernal et du repentir

 

                                                        Berthold Brecht       Kurt Weil

   

 

Cet aspect  de Moselli n'avait, bien sûr, pas échappé à Marcel Lagneau, qui en publia un article d'une page et demie : "José Moselli et les morts lentes" (à ne pas lire la nuit), dans "Le Chasseur d'Illustrés", n° 12, de septembre 1969.

Citation  : "... José Moselli avait surtout une prédilection pour pimenter ses récits avec la description de scènes de tortures raffinées, que sa fertile imagination variait sans cesse".

L'article nomme huit des romans moselliens et résume les tourments décrits.

Le huitième roman étant "Le maître de la banquise", où trois détectives, enterrés jusqu'au cou dans une cave, les figures enduites de miel, sont livrés à des rats monstrueux, pendant que jubilent de leurs râles (admirable ! sublime !) trois monstres blancs, dont l'un jouait sur son violon la marche funèbre de Chopin.

Conclusion :"Voilà une scène qui aurait délecté les amateurs de sensations fortes, clients habituels du Grand Guignol - Marcel Lagneau".

 

J'ai devant moi trois photographies de José Moselli, qui me furent offertes par Mme Charles-Marcelin (Georgette Marcelin était la nièce de Fernande Marcelin qui fut la compagne de vie de l'écrivain).

Deux Moselli, assez jeune, le visage un peu poupin. Il se durcit dans la deuxième photographie pour devenir très ferme dans la troisième. - Se reporter au dessin - juste de Lagneau , qui orne la couverture du "Chasseur d'Illustrés", n° spécial consacré à Moselli.

Son visage devint plus dur encore quand approcha l'heure de sa mort, par cancer en 1941.

On sait ce que c'est : un être étranger se crée dans l'une des parties du corps, dont il vit et qu'il ronge ; c'est deux ans d'agonie assurée, que Moselli cacha, autant qu'il le pût à sa compagne, Fernande.

Je ne puis donc m'en tenir au point de vue purement descriptif de Marcel Lagneau, ni à sa conclusion simpliste. Il faut fouiller plus profond.

De la connaissance de son œuvre, de discussions avec ses proches, je tiens José Moselli pour un homme foncièrement droit, honnête et qui ne décrivait pas des scènes de torture par sadisme. - D'ailleurs, tous ses héros - du comte Louis de la Fère dans "Les démons de la mer" à Marcel Dunot, etc.  sont des êtres droits, justes, portant secours à leur prochain dès qu'ils le peuvent (comme la plupart des héros du R.P. d'ailleurs).

Mais Moselli avait reconnu, plus qu'un autre, la nature perverse de l'être humain.

L'homme, venant de l'animal, en est un qui a eu la chance d'adopter la station verticale et la marche plantigrade, ce qui l'a libéré d'une queue, lui a développé les mains et les doigts et surtout le cerveau qui s'est mis à grossir, passant de cinq cent grammes à bientôt deux kilos et qui est une merveilleuse boîte électronique permettant des investigations encore jamais atteintes et l'élaboration de conceptions schématiques et abstraites tenant à rendre compte de la matière et de l'Univers. (voir mon article dans un "Désiré" : "Du Suranimal au Surhomme").

Mais le fond reste là : c'est une bête méchante, qu'à grand peine ont pu dompter la marche à la civilisation et la promulgation de lois toujours plus élaborées.

Personne de nous n'est bon. Près de mon assiette, si passe une fourmi, je l'écrase d'un coup de pouce, brisant ainsi une petite vie et tout un système ingénieux de vie.

A la campagne, celui qui fait une maladresse, un tort envers son voisin, devient son ennemi pour toujours. Rien ne se pardonne. - A la ville, dans les "affaires", on ne cherche qu'à tenir le bon bout, à empiler. Nombre de personnes exultent de mettre des affaires entre les mains de juges et d'avocats. - dans les grandes villes, l'irrespect, le chapardage, le racket augmentent de jour en jour : j'en ai la preuve chaque fois que je vais à Paris, de voir des Noirs, même cossus, sauter les barrières du métro pour ne pas payer.

Les jeunes, ivres d'envie des possibilités de la société de consommation veulent prendre, et pour rien.

Sur le plan des nations, la guerre a été un phénomène constant. D'ailleurs, elle fut probablement nécessaire au moyen âge, par exemple : au stade artisanal, la paysannerie et les artisans ne pouvaient produire pour tous : les filles de trop devenaient servantes, nonnes ou putains, les mâles, valets, moines, bandits, soldats, galériens. Les guerres écrémaient le trop-plein de population.

Actuellement, avec la folie génésique des Arabes et des Noirs, et le triplement de leur population en trente ans, peut-on douter d'explosions d'envie qui mèneront ces masses à l'assaut des nations développées, sans compter celui des un milliard et demi de Chinois, qui sera gigantesque.

Les hommes étant méchants, parmi eux, il y a des hommes très méchants, vicieux - des bêtes à l'état pur - qui torturent : depuis les "Chauffeurs" qui rôtissaient les pieds des paysans pour trouver leur magot, jusqu'aux membres des polices pour obtenir des renseignements, ou d'organisations (sacrifices rituels, Inquisition,  Gestapo, G.P.U., C.I.A.) au service de leurs concepts religieux ou d'Etats.

En couronnement il existe de ces bêtes humaines, qui torturent pour voir souffrir, par jouissance, et le développement du cinéma et de la littérature sadomasochiste est l'indice du développement de cette sinistre tendance de l'homme.

Par ses voyages, par ses lectures, par ses réflexions, José Moselli avait reconnu tout cela, avait perçu que L'HOMME EST MECHANT. - Il le dévoile, le répète à chaque roman. C'est un MORALISTE. - Il est clair que, si la trame même des aventures de chacun de ses romans ne concerna que les adolescents, les aspects de cruauté des hommes, dévoilés par José Moselli concernent les adultes. Nous verrons encore ceci plus loin.

 

Un connaisseur de la gent humaine

 

Dans les "Démons de la Mer", par ruse et à l'aide de Noirs libérés d'un entrepôt d'esclaves, de La Fère s'empare d'un trois-ponts, navire de guerre anglais, le Sea-Queen.

Les officiers anglais, rescapés de la bataille et du massacre, sont obligés de se rendre au "pirate" et ils le font sans morgue ni bassesse et avec dignité et une tenue exemplaires.

Quels gentlemen ces Anglais ! Au fond, tout Anglais est un gentleman et l'Anglais qui n'est pas un gentleman, n'est pas un Anglais ! - Moselli me semble avoir eu, dans l'ensemble, de la considération pour les Anglais et j'entrevois, chaque fois qu'il en dépeint, les visages du colonel Bramble, du docteur O'Grady et les hommes du pont de la rivière Kwaï.

Leurs cousins allemands sont moins bien lotis. Les Allemands, qui nous ont dotés de deux guerres, désastreuses pour la primauté européenne, méritée, sont-ils intelligents ?

Oui, sans contexte, mais leur intelligence est lente, comme si elle devait s'extraire des brumes nordiques.

Dans Moselli, il y a deux sortes d'Allemands : le grand et mince du type junker et le gros trapu, buveur de bière bavarois (Max Blozer et Karl Bomarsund des "Requins du Pacifique"). Quoi qu'il en soit de leur intelligence, de leurs qualités de volonté, d'activités et d'accomplissements des taches, ils n'arrivent jamais à rien dans les histoires de Moselli, conformément à l'Histoire - Au fond, un malheureux peuple que celui de ces Allemands, maintenant coupées en