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JOSÉ MOSELLI SA
VIE, SON ŒUVRE par
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DEUXIÈME
PARTIE JOSE
MOSELLI : SON ŒUVRE
(article
paru Le Chasseur d'Illustrés n° spécial Moselli, 1970 ) Les
écrivains qui se consacrent à la distraction des enfants connaissent un
étrange destin. Ayant infiniment plus de lecteurs que les plus favorisés de
leurs confrères "pour adultes", ils n'en comptent, par contre,
pratiquement pas qui aient lu la totalité de leurs œuvres. Un
père évoque avec ses frères et ses fils tel auteur dont la découverte fut,
pour les uns comme pour les autres, une prodigieuse source de joie, et à qui
ils doivent quelques-unes des heures les plus exaltantes de leur vie. Même
enthousiasme (un peu attendri, toutefois, chez les aînés), mêmes mots pour
l'exprimer. Il se trouve, simplement, qu'aucun d'eux ne parle des mêmes romans
que les autres. José
Moselli, c'est pour moi :" Marcel Dunot, Roi des Boxeurs", "John
Strobbins, détective-cambrioleur", c'est "Létio-Mousi",
"Le Baron Stromboli", c'est par-dessus tout "Les Requins du
Pacifique". Je
sortais des "Contes de Perrault" lorsque j'abordai "L'Epatant",
"L'Intrépide", "Le Petit Illustré". Avouerai-je que les héros
du cher José Moselli détrônèrent aussitôt le Petit Poucet, Chaperon Rouge
et Barbe-Bleue ? Ce
fut José Moselli qui m'initia aux jeux de l'Aventure, du Mystère, de la Peur,
l'étape suivante devant être Fantômas, Sherlock Holmes, Rouletabille et Arsène
Lupin. Mes
cadets ont dévoré : "Le Maître de la Foudre", "Les Mystères
de la Mer de Corail", "La Prison de Glace". Ils ont nourri pour
Iko Terouka le même culte que je vouais à Jean Flair. Leur enfance, comme la
mienne, reste indissolublement associée à quelques noms prestigieux, à
quelques phrases clefs, à quelques ineffables images. Je
revois Marcel Dunot, poings serrés, visage sanglant, devant un adversaire
effondré :"J'ai réglé le compte d'un lâche et d'une canaille ! ...
". Je revois la goélette "Ringarooma"... le vieil Horacio de
Zuniga dans ses bandelettes... un long index traçant un énigmatique W... Evoquer
ces souvenirs, sur lesquels le temps n'a pas de prise, représente à mes yeux
le plus bel hommage que je puisse rendre à José Moselli.
HOMMAGES A JOSE MOSELLI (article
paru Le Chasseur d'Illustré n° spécial Moselli , 1970) "José
Moselli"... Que de souvenirs évoque pour moi ce nom et sans doute,
également, pour tous ceux de ma génération qui, de 1910 et pendant les
années qui suivirent, firent leurs délices des œuvres de cet auteur. Les
gamins que nous étions alors attendaient chaque semaine avec une impatience
fébrile la mise en vente des "illustrés" publiés par la Maison
Offenstadt dans lesquels paraissaient tous ses romans. Nous
nous précipitions ce jour-là vers les kiosques à journaux (toujours le même
! et où nous étions connus) pour demander le numéro de "L'Epatant",
du "Cri-Cri", du "Petit Illustré" ou de "L'Intrépide"
dans lequel nous allions trouver la suite des palpitants exploits de "John
Strobbins, détective-cambrioleur" ou de "Marcel Dunot, Roi des
Boxeurs". Contre
les sommes de 0,05 fr. ou 0,10 fr. nous nous procurions alors notre ration de rêves
et d'aventures pour la semaine. En dépit de la modicité du prix de chaque numéro,
notre bourse d'écolier ne nous permettait pas toujours de faire l'acquisition,
la même semaine, de plusieurs des publications dans lesquelles figurait notre
auteur favori. C'est alors que s'organisait entre nous un petit marché de troc
que ne manque pas de rappeler - plus de cinquante ans après ! - la rubrique des
"Petites Annonces" du "Chasseur d'Illustrés". mais les
cours pratiqués n'y sont plus les mêmes, bien qu'à l'époque les cotes
fussent d'autant plus élevées qu'on savait trouver un "José Moselli"
dans l'objet des transactions. Si ma mémoire est bonne, les aventures du
"Bison Noir du Far-West" écrites par Jo Valle et illustrées par A.
Vallet, et paraissant dans "L'Intrépide", figuraient aussi, comme les
Moselli, parmi les valeurs sûres. Et
quel drame lorsque, le numéro à peine en main vous était confisqué par un
instituteur sans pitié qui vous surprenait à lire sous un pupitre, pendant la
leçon d'arithmétique, la suite de "W...Vert.." que vous n'aviez pas
eu la patience de ranger sagement entre deux cahiers pour n'en prendre
connaissance qu'à votre retour au bercail ! Je
ne voudrais pas cependant que ces souvenirs, s'ils tombaient par hasard sous les
yeux de lecteurs n'appartenant pas aux "Chasseurs d'Illustrés"
incitent ces non-initiés à penser dédaigneusement que José Moselli n'était
après coup qu'un auteur pour enfants. Nombre
de ses œuvres méritent mieux que ce jugement téméraire, et je me félicite
d'avoir eu l'occasion de republier en 1962, dans la revue "Fiction"
que je dirigeais alors, le remarquable roman de science-fiction que constitue
"La Fin d'Illa", et que la revue "Sciences et Voyages" avait
présenté originellement en 1925. C'est un véritable "classique" du
genre, et je suis heureux que mon ami Jacques Bergier, qui a pris la direction
littéraire d'une nouvelle collection de S.F. prochainement lancée par les
Editions Rencontre, ait choisi de nouveau "La Fin d'Illa", auquel il
ajoutera "Le Messager de la Planète" et "La Cité du
Gouffre" pour figurer parmi les titres de cette nouvelle collection. D'autres
romans de Moselli, à commencer par "Les Démons de la Mer", méritent
cette résurrection, et je souhaite qu'un éditeur s'en avise un jour pour
rendre à José Moselli un hommage qui lui est dû, et le fasse mieux connaître
des jeunes générations, tout en permettant à leurs aînés de le relire avec
joie.
2.2
- Caractère
des romans de José Moselli par
Jean Leclercq (article
paru dans "Désiré" 2° série, n° 31/32, 1981) Il
est très simple : ils sont très simples, linéaires, si j'ose dire. Partant
d'une idée nette : abattre un gang, ou venger un ami, ou trouver un trésor,
etc., ils sont des suites d'aventures, dans lesquelles le héros en voit de
toutes les couleurs et n'en sort que par son intelligence et sa force, toutefois
à l'échelle humaine. Une exception : John Strobbins, détective cambrioleur, où
des problèmes se posent dans nombre de petits récits. Les
romans de José Moselli sont donc essentiellement des récits picaresques, où
l'on va d'aventures en aventures, avec de multiples situations périlleuses
comme dans les fins des épisodes de films... à épisodes ! Quand la parution a
atteint son poids, alors il faut conclure et dans le fascicule terminal, le gang
est abattu, l'ami vengé ou le trésor trouvé, hélas ! souvent déjà vidé de
longue date. Alors,
quels intérêts dans ces romans assez simples ? Ils sont nombreux : les
personnages sont admirablement campés, typés même. Les lieux, les agencements
de trains et surtout de bateaux grands ou petits admirablement utilisés, tous
les lieux de la Terre parfaitement conformes à leurs spécificités - Moselli
n'a-t-il pas parcouru le monde ! Les avatars, les aventures se renouvellent
toujours avec nouveauté, comme dans les "Mille et Unes nuits", l'intérêt
toujours aiguisé et le suspens constant. On vit avec le héros, on croit en
lui, il est presque plausible, il est vrai ! Ses aventures, on aurait pu les
avoir si l'on était taillé comme lui. Bref, chaque roman est passionnant et le
tumulte de l'aventure emplit votre âme quand vous vous laissez aller à lire
Moselli.
2.3
- JOSE
MOSELLI OU L'AVENTURE SANS FARDS José
Moselli n'écrivait pas spécialement pour être publié "en images"
(c'est-à-dire, une suite de dessins accompagnant un texte non abrégé). De là
vient sans doute en partie l'oubli où il est tombé, avec nombre d'auteurs qui
nous offrirent de fameuses histoires avant la première guerre mondiale et
jusque vers 1940. Oubli immérité, car ses œuvres se prêtaient parfaitement
à l'adaptation en bandes dessinées - et l'on n'ignore pas que cette formule
est devenue pour tout illustré la condition "sine qua non" du succès
auprès des jeunes.
2.4
- NOTES
DIVERSES SUR MOSELLI Il
y a un Moselli que l'on oublie généralement : c'est l'auteur de romans
policiers. Pourtant il est le père de quatre personnages qui poursuivirent
leurs aventures, impavidement, durant des années. Il
y a d'abord IKO TEROUKA, le détective japonais qu'on trouvait dans "Le
Petit Illustré", ce n'est sans doute pas le premier, mais c'est le plus
attachant. Il
agissait seul, faisait correctement son travail de détective, usait parfois de
le réflexion et des procédés scientifiques. C'est ainsi qu'il avait recours
à un laboratoire pour retrouver, sur une page blanche, le texte disparu. Indécelable
au microscope, aucune rayure n'apparaissant, l'auteur ayant utilisé un pinceau
fort doux. Comme
tous les détectives de Moselli, il voyageait énormément, enquêtant au Chili,
au Libéria, en Ethiopie, au Brésil, etc. Mais c'était un détective qu'aurait
regretté S.S. Van Dine, porté plus par les événements que par la détection
pure. Sans
doute, dans une enquête au Brésil, il sait retrouver un ticket de funiculaire
qui le mène au sommet du pain de Sucre et là s'amorce une piste. Mais sinon,
il se laisse davantage porter par l'intuition, ou encore, il agite les eaux
jusqu'à ce que les coupables se manifestent. Ce
sont procédés de l'école américaine du temps, et que l'on allait découvrir
dans la Série Noire : le privé qui enquête au petit bonheur, avec le secours
du hasard et non des petites cellules grise de Poirot. Comme tel, il
m'accrochait alors que je le lisais - roman d'aventures, oui, plus que policier,
mais notre temps nous le rend plus proche. BROWNING
& Cie hantaient le "Cri-Cri" ; ils y avaient une équipe, Browning
étant flanqué d'un méridional, Baracasse (si ma mémoire est fidèle). Eux,
également, enquêtaient à travers le monde : au Spitzberg, aux Fidji, à
Londres, en Macédoine, en Egypte, etc. Leur
technique était celle de Térouka, la différence portant dans les crimes. Térouka
rencontrait des crimes classiques : vol de banque, détournement de fonds, héritage...
Parfois une ombre de crime passionnel : un soupirant cherchant à faire accuser
un candidat plus heureux que lui. Dans
Browning & Cie, les motifs sont plus sophistiqués : on vole une clochette
d'argent, non pour sa valeur, mais parce que l'une d'entre elles, renferme un
rubis dans son battant. Une autre fois, c'est un diadème de diamants bleus. Il
se révèle que ces diamants sont faux. Mais... mais... Leurs poids respectifs
indiquent les proportions de divers corps destinés à former un alliage imitant
l'or. Ailleurs,
il s'agit d'un richissime Canaque voulant venger sa race et tuant au hasard, par
le moyen d'une araignée de la famille des veuves noires. Alors
que chez Térouka, les motifs sont immédiatement apparents, ici, le plus
souvent, c'est le motif des crimes qui demeure masqué. JOHN
STROBBINS, le détective cambrioleur, était un habitué de "L'Epatant"
et de la "Collection d'Aventures". C'était une sorte d'Arsène Lupin,
cantonné davantage dans l'orbite des Etats-Unis, du moins dans les dernières
années de l'hebdomadaire. Que
dire de ces immenses sagas ? Que Moselli y est meilleur que dans ses
interminables romans ; chaque aventure a les dimensions d'une nouvelle ou d'une
"novelette", pour utiliser le terme américain. Et l'on n'y trouve pas
ces longueurs, ces rebondissements artificiels qui prolongent tant de romans. Ici,
une aventure rapidement contée, sans détours, sans digressions, dans un cadre
esquissé mais bien dessiné, avec des personnages typés. Je
ne crois pas que les lecteurs de 1980, qui n'ont pas la nostalgie au cœur,
feraient bon accueil à ces enquêtes. Mais je crois que pour les anciens, les
amateurs, les connaisseurs, il y a là de quoi alimenter leur intérêt. Y-a-t-il,
maintenant, des collectionneurs possédant des Offenstadt qui pourraient dresser
un catalogue des diverses aventures des divers détectives ? J'allais
oublier. Il y a un cinquième personnage, M. DUPONT, détective, qui apparut
dans "Cri-Cri", quand ce dernier fit peau neuve. Mais je ne crois pas
que sa vie fut bien longue. Si je me souviens bien du portrait qu'en fit Giffey,
il tenait à la fois du petit fonctionnaire barbichu et binoclard et d'Hercule
Poirot.
2.5
- JOSE
MOSELLI UN ROMANCIER QUE J'AIME article paru dans l'Annonce Bouquins n° 99, janvier 1994
C'est
par hasard que vers l' âge de douze ans j'ai lu quelques fascicules du
"Roi des Boxeurs" - des numéros épars et en petit nombre - mais ce
fut suffisant pour me marquer à
jamais, d'autant que les illustrations - de celui que j'appris plus tard
s'appelait PUYPLAT - "collaient"
bien au texte, un dessin puissamment évocateur, sans concessions. José
MOSELLI ne faisait apparemment pas dans la dentelle, à
la différence des romanciers que je connaissais : Jules Verne, Arnould
Galopin, Louis Boussenard, même si, pour certains d'entre eux, quelques scènes
étaient d'une certaine dureté. S'adressait-il à des enfants ? J'aurais juré
que non. A des adolescents, peut-être ! Et puis, non !
C'était de la lecture pour adultes. Pourtant ces fascicules de par leur
présentation (illustrations nombreuses) et
du fait qu'il s'agissait d'aventures laissaient supposer que l'auteur et l'éditeur
les destinaient à un public de jeunes garçons.
Pour tout dire, j'étais tracassé, d'autant que moi, jeune garçon
justement, je me plongeais avec un plaisir un peu trouble dans ces feuilles qui
sentaient le vieux papier. Je me faisais l'effet d'être immergé dans une autre
époque ou plutôt dans un univers très particulier et j'avais l'impression
d'ouvrir là un livre défendu, les illustrations puissamment évocatrices et
d'un réalisme assez outrancier ajoutant à mon désarroi. Car enfin, les
personnages qui gravitaient dans le sillage du héros, Marcel Dunot, étaient-ils
durs, rébarbatifs ! Vrai, un monde étranger à la jeunesse ! A l'époque où
le grand romancier entra dans ma vie, nous sortions de la guerre. Nous avions
connu l'exode de 1940, les bombardements, les lointains sanglants, les chevaux
blessés ou morts sur le bord des routes, les fossés, la paille des écuries.
Ensuite nous apprîmes avec épouvante les atrocités nazis. Alors MOSELLI
n'exagérait peut-être pas tant que cela. L'homme était-il donc un monstre ?
Certes, il y avait la noble figure de Marcel Dunot, et le savoir près du
lecteur me réconfortait. Mais il semblait bien être le seul ou du moins un des
rares personnages de l'univers mosellien à être humain, celui surtout qui
permettait au lecteur de ses aventures de ne pas désespérer de l'homme. Voyons
! Qui se trouvait dans son champ ? Des êtres méchants, fourbes, veules et
laids qui mentaient, trichaient, torturaient, tuaient. Un monde de péchés ! Et
PUYPLAT qui imageait avec force cette vaste fresque : figures bestiales,
attitudes équivoques, dos voûtés, gestes manquant de noblesse, mains
semblables à des battoirs, regards fuyants. Où évoluaient ces tristes
personnages ? Il y avait les océans surtout, mais hostiles, pleins de traîtrises.
Les bateaux, de vieux rafiots rafistolés et rouillés. Les marins : des brutes,
toujours en train de se bagarrer, à faire souffrir plus faibles qu'eux,
sournois, manquant de parole. Des auteurs parlaient des bateaux en les comparant
à des villes flottantes. Je tombais de haut avec MOSELLI car, en fait de
"ville flottante", j'avais sous les yeux un microcosme sordide où la
vie était rude, où le parler n'était que jurons, la nourriture infecte. Une
vie souterraine. Une atmosphère empuantie par la suie, l'huile brûlée, les
rogatons. Et là-dessus le ciel, tel un couvercle, filtrant un pauvre soleil. Les
villes portuaires, une invite à l'évasion, avais-je lu. Que non chez "le
Roi des Boxeurs" ! Les ports, c'était le plus souvent des ruelles
tortueuses encombrées d'ordures, des passages peu sûrs, des seuils peu
engageants et, frôlant murs décrépits et palissades vermoulues, des
personnages à l'allure inquiétante, courbant les épaules, marchant
à grands pas. Et
ces scènes de tortures, qu'elles soient le fait de sauvages ou de civilisés !
Un raffinement, une cruauté à soulever le cœur ! Sans parler des repas
cannibales où aussi bien vrais anthropophages qu'hommes blancs participaient.
Des Blancs mangeant de la chair humaine ! Mais après tout n'avais-je pas lu
qu'en des temps anciens, en France même, lors de grande famine, des mères
avaient dévoré leurs jeunes enfants ! La
mort donc, omniprésente, comme aboutissement de la vie. Oui ! La mort était le
lot de tous, bons ou mauvais, qui partageaient les aventures de Marcel Dunot.
Elle est inéluctable, me disais-je, mais dans la plupart des cas, elle
s'annonce (maladie, vieillesse). Chez MOSELLI au contraire, elle fauche sans
crier gare avec un désarmante opportunité. Et quelle mort ! Noyades, tortures,
enlisements, maladies sordides comme la lèpre. La planète MOSELLI
m'apparaissait un peu comme une déviance, comme une offense à la morale. Ce
qui me surprenait et m'inquiétait c'était la fascination que les aventures du
"Roi des Boxeurs" exerçaient sur moi. C'est que, je le compris plus
tard, je trouvais la pâture pour mon goût du fantastique. Je m'en étais
entretenu avec Jean Leclercq qui, comme moi, aimait beaucoup MOSELLI. Nous
expliquions notre engouement pour cet auteur par notre caractère inquiet, notre
propension à l'insécurité, notre goût du morbide. MOSELLI
ne trichait pas, un chat était un chat. Il était dur comme l'était bien
souvent la vie à cette époque. Il ne fardait pas la réalité. Je me souviens
qu'au temps de ma découverte du romancier, des récits d'un tout autre genre m'étaient
parvenus, en particulier ceux parus avant-guerre dans la revue "Guignol,
cinéma de la jeunesse", la "Collection Printemps". Ces textes étaient
loin d'être inintéressants mais qu'ils me semblaient bien souvent ancrés dans
un monde artificiel, frelaté. Rue Gazan on édulcorait. Les héros, de jeunes
gens et jeunes filles de la bonne bourgeoisie, avaient bien des aventures, mais
qu'elles ressemblaient à des jeux ! C'était trop beau pour être honnête. Une
fois leurs petites aventures de jeunesse terminées, ils entraient dans leur vie
d'adulte avec argent, solide métier, belle propriété. Leur vie, toute de
bonheur, se déroulait harmonieusement. Rien de tel chez MOSELLI, qui savait que
dans la vie rien n'est gagné d'avance, que rien n'est acquis définitivement,
JAMAIS. C'est une des leçons qu'il faut tirer de ses romans. Plus
tard, grâce à "Désiré", j'acquis par voie d'annonce "Le Roi
des Boxeurs" complet. Puis ce fut avec "Le Chasseur d'Illustrés"
la découverte de "L'Intrépide". Je pus enfin apporter un peu de
chair à ce romancier qu'avait été jusqu'à ce jour, pour moi, José MOSELLI.
J'ai été vraiment surpris d'apprendre qu'il avait œuvré de 1910 à 1940 pour
les seuls Offenstadt et ce, à une cadence incroyablement soutenue, sans que
pour autant la qualité de son travail en souffre. Et depuis, José MOSELLI est dans ma vie, tant et si bien qu'au cours de mes
voyages certaines scènes me ramenaient à lui, à ses romans et à ses héros. Le
héros Mosellien est un solitaire. C'est l'un des aspects de sa personnalité
qui me séduit le plus, et Marcel Dunot est pour moi la référence. Un autre
grand solitaire, bien plus connu, c'est Tarzan. Le solitaire est un asocial. Il
semble de granit mais son sens aigu de la justice en fait un être bon et
charitable. Cet "isolement" ne va pas sans un certain égoïsme. La
routine, l'aliénation, très peu pour lui. Il s'attache d'ailleurs le moins
possible à ses débiteurs. Dès qu'il les a sortis de l'ornière, il s'esquive.
Il fait fi des convenances, n'aimant pas les simagrées. L'argent ne l'intéresse
pas, étant le plus souvent le fruit de la malhonnêteté. La politique, il s'en
gausse. Ceux qu'il croise, il les considère souvent avec une certaine
condescendance (de sont de "braves" gens). Il y a lui et les autres.
Les titres, les honneurs, la reconnaissance même sont quantités négligeables,
même si Marcel Dunot est le plus grand des boxeurs, même si Tarzan est connu
dans toute l'Afrique. Son terrain d'élection, les espaces peu fréquentés. La
solitude du milieu répond à la sienne. Et pourtant, bien que fuyant le monde,
le monde vient à lui et ce n'est point là l'un des moindres paradoxes qui
s'attache à ses pas. Il suffit qu'il sorte, qu'une porte ou un pont soit
franchi et voici qu'affluent des mondes parallèles. Aussi ne nous étonnons pas
si Tarzan rencontre des Pithécanthropes, des Hommes-Fourmis, des Croisés, des
Romains ; si, telles des visions, viennent à lui des contrées inconnues, comme
préservées, où faune et flore ont depuis longtemps disparu du reste de la
terre ; si le "Monde intérieur" (le centre de la Terre) réclame son
concours. Cependant, à la différence de E.R. Burroughs, MOSELLI n'est pas un hétéroclite.
Ses personnages n'ont rien d'imaginaire et c'est
ce qui les rend encore plus inquiétants ! C'est par leur outrance, leur
caractère déviant qu'ils nous surprennent et nous font peur : bandits hors du
commun, l'abomination faite homme tel l'Empereur du Pacifique, femme-pirate,
peuple souterrain de l'Amérique du Sud. Qui
fûtes-vous José MOSELLI ? On sait peu de choses de vous. Vous naviguez d'abord
comme mousse, puis comme officier marin. Dans plusieurs de vos romans, vous
rendez justice à ce mousse qui, à l'époque, était souvent le souffre-douleur
de l'équipage, voire du capitaine. Vous en parlez avec une émotion contenue.
Il est ce qu'il y a de plus pur dans votre œuvre. Vers
l'âge de trente ans (en 1910) vous écrivez des romans d'aventures qui
paraissent dans des hebdomadaires pour jeunes garçons et adolescents. Je vous
vois à votre table de travail, attelé à votre machine à écrire plusieurs
heures par jour et ce, durant près de trente ans. Inlassablement, et avec quel
talent, vous donnez vie à des personnages d'une grande véracité et souffrez
leurs tourments. Vous avez de la peine à faire mourir dans d'atroces
souffrances les méchants mais vous n'y pouvez rien, car il fallait bien qu'ils
disparaissent un jour et d'une manière peu banale. Vous ne vous prenez pas
très au sérieux à l'instar de vos collègues qui œuvrent pour les Offenstadt.
ou d'autres éditeurs populaires. Ne racontez-vous pas des histoires pour jeunes
lecteurs ? Le support de vos récits, des hebdomadaires, au mauvais papier,
coûtant peu, destinés à être jetés le plus souvent ou à être utilisés à
des usages domestiques, prouve le peu d'importance de votre travail. Et faut-il
que vous en écriviez de ces romans pour gagner à peu près votre vie. Vous
n'êtes connu que de vos jeunes lecteurs qui sont, il est vrai, nombreux ; quant
aux adultes, ceux qui s'occupent particulièrement
de la jeunesse, le plus souvent, ils vous dénigrent, vous rejettent, vous
condamnent. Mais vous recueillez les suffrages de vos lecteurs, tant et si bien
que vous êtes le pilier des publications Offenstadt qui, sans vous, auraient
laissé moins de traces dans nos mémoires. Vous allez captiver des
générations de jeunes lecteurs : il y aura celle d'avant 1914, des années 20,
puis des années 30. Vous ne serez jamais édité en volume de votre vivant et
si peu, si peu, bien longtemps après votre disparition. Vous nous avez quittés
depuis cinquante ans et restez dans la mémoire d'une poignée d'admirateurs.
Ceux qui vous connaissaient bien pour vous avoir lu chaque semaine ont presque
tous disparu. Reste aujourd'hui un petit nombre de vos inconditionnels d'un
certain âge qui vous ont découvert -c'est mon cas- après que vous ayez cessé
de paraître. Vous restez bien vivant pour ceux-là, croyez-le. Je fais
peut-être montre d'un certain optimiste, mais je suis persuadé que l'on va
vous retrouver. Vous ne pouvez disparaître bien que vous soyez enfoui dans des
revues peu connues et difficilement accessibles. Votre talent si personnel,
votre prose qui n'a pas vieilli, la sûreté avec laquelle vous approchez
l'homme, l'action formidable dans laquelle vous savez entraîner vos
personnages, non ! l'un de nos meilleurs romanciers d'aventures ne peut pas, ne
doit pas disparaître. Je formule un vœu : votre résurrection, votre sortie du
purgatoire. C'est le souhait, des quelques-uns que nous sommes, à vous aimer,
à vivre avec vos personnages.
2.6
- REVERIE (article
paru dans Désiré 2° série, n° 31, 1er trimestre 1981, p. 761-763) Quand
j'étais jeune et que je trafiquais du côté de Singapour, j'ai souvent
rencontré Marcel Dunot, le Roi des Boxeurs. Aujourd'hui,
retiré momentanément sur mon domaine de Champcourt (Le Tampon, île de la Réunion),
il suffit que je pense à lui... et il est là ! Dès
que le soir descend sur l'Océan Indien, il pénètre furtivement dans mon
bungalow en bois de natte, noyé au milieu de mes plantations de canne à sucre
et de mes bananeraies. Mon
domaine le ravit car, sans être dépaysé, il peut s'y reposer. Il
retrouve là, une nature, des visages qui ne lui sont pas tout à fait étrangers,
mais qui, pour une fois, ne lui sont pas hostiles. Marcel
parle peu, mais il suffit que je sorte des rayons de ma bibliothèque le roman
de sa vie d'aventures ("Le Roi des Boxeurs" par José Moselli, série
de 516 fascicules, parus de 1925 à 1935 à la Société Parisienne d'Edition)
pour qu'il sorte de son mutisme. Moments
délicieux et exaltants qui se terminent sur la varangue (terrasse), alors que
la nuit est déjà avancée. Le
grondement lointain de l'océan semble alors lui faire signe. Sans bruit, alors
que je commence à somnoler, il me quitte, emporté par le vent venu des mornes
proches. Mes
regards se portent presque instinctivement vers le littoral du côté de
Saint-Pierre et de Saint- Louis, distants d'une dizaine de kilomètres du
Tampon. A-t-il atteint le lagon ? A-t-il franchi les récifs de coraux ? Certes,
il est déjà loin, au milieu des embruns ! ...
N'importe, il suffira qu'un jour prochain, je lui fasse signe à nouveau pour
qu'il soit au rendez-vous. J'aimerais néanmoins le retrouver sur le théâtre
de ses actions. J'y
pense souvent. Il me faudra, quelque jour, reprendre ma valise et retourner là-bas
dans le Sud-Est asiatique ; nul doute ! je le rencontrerai comme ce fut le cas
maintes fois, il y a une dizaine d'années. Marcel
Dunot a le don d'ubiquité, il sait entrer en relation, ou plutôt en communion,
avec ses amis... Oui ! J'ai rencontré le Roi des Boxeurs bien souvent... Dans
l'arrière boutique d'un commerçant à Chinatown de Singapour, dans la cité
lacustre dayake de Bornéo, sur un minable petit bateau qui, en janvier 68, me
ramenait de l'Etat de Sarawak à Singapour, au marché flottant de Bangkok,
rencontré aussi au retour d'une randonnée à l'intérieur d'Espirito-Santo, en
pleine mangrove, non loin de la Montagne des Dieux... *
* * Je
lis, j'ai lu maints romans d'aventures, d'aventures exotiques principalement.
Certains ont atteint depuis longtemps la notoriété, ont été et seront encore
étudiés ; d'autres, par contre, eurent un succès éphémère et ne sont plus
maintenant connus que d'une poignée d'amateurs, qui va d'ailleurs s'amenuisant,
ces romans-là n'ont pas été retenus par les spécialistes. De
la masse de ces écrits ignorés, axés sur l'aventure pure, ce sont ceux de José
Moselli que je préfère, et de loin ! Il ne s'agit pas de nostalgie, mes
lectures de jeunesse furent surtout les romans de la Bibliothèque Verte et les
illustrés de l'après deuxième-guerre. Oui,
José Moselli me captive, m'envoûte, comme il a envoûté les adolescents des
années 1910-1935. Aussi,
pour nous qui aimons ce romancier, quelle tristesse de constater l'oubli où il
est aujourd'hui. Car enfin, nous avons, nous Français, la chance d'avoir un
romancier hors pair et nous le délaissons ! C'est déplorable ! Voici pourtant
un auteur qui ne laisse jamais indifférent, qui le plus souvent empoigne, et il
n'est pas connu ! Ses
jeunes admirateurs - oh ! peu nombreux - ont bien de la chance car c'est souvent
le hasard qui le leur a fait connaître. Il
faut, en effet, être sensible aujourd'hui au phénomène que sont les littératures
d'évasion, il faut avoir le goût de la collection, il faut avoir comme amis
d'anciens lecteurs des illustrés d'Offenstadt un tant
soit peu au fait de ce que fût, pour plusieurs générations de jeunes
lecteurs, le romancier José Moselli. Ouvrez
"L'Intrépide", "L'Epatant", Moselli figure presque à
chaque numéro. A
ce propos, à propos de l'éditeur Offenstadt, il faut mettre les choses au
point. En
effet, depuis une dizaine d'années environ, pas mal d'amateurs et de
professionnels de la bande dessinée dénigrent cet éditeur. On lui reproche d'être
le responsable de la pénétration tardive, en France, des bandes dessinées américaines,
on parle avec dédain de sa production débordante, envahissante, de son goût
douteux, de son esprit vieux-jeu... et en particulier, de ses feuilletons écrits
par les "auteurs maisons" et le comble "mis en images" de façon
"hâtive" par des illustrateurs français sans talent... Halte-là
! Que ces personnes prennent la peine d'ouvrir les toutes premières années de
"L'Intrépide". Nous leur suggérons les numéros 57 du 18 juin 1911
et suivants, jusqu'au n° 93 du 25 février 1912. Qu'ils
regardent les dessins signés André Galland, illustrant "Le Sultanat de
Kazongo" de José Moselli, qu'ils lisent ce récit... S'ils
ne sont pas épris de ces belles compositions au trait précis et fin, aux
couleurs délicates, si le texte les laisse indifférents, alors certes qu'ils
ferment pour toujours ces pages. Mais
aussi et surtout que les noms de l'éditeur Offenstadt, du romancier José
Moselli, de l'artiste André Galland, ne soient, par eux, plus jamais prononcés. Car
nous qui aimons l'auteur-maison, l'auteur chéri des frères Offenstadt, nous
savourons des phrases du type : "Soudain,
un petit nègre, vêtu d'un pagne jaune à raies rouges et casqué d'un vieux
bidon à pétrole dans lequel il avait planté des plumes d'autruche, fendit la
foule et arriva près des Européens. Il
tenait à la main une auge de bois rempli d'une bouillie rouge, qu'il posa sur
le sol [...] Il trempa le doigt dans la peinture, et en dialecte congolais, s'écria
"Je commence par celui-ci, c'est le plus gras ! Moi je me réserve les
jambes [...] Le
nain saisit à sa ceinture une sorte de faucille et s'approcha du premier
Allemand et saisissant le bras du malheureux, il le trancha..." C'est
vrai qu'il m'a fallu une sacrée chance pour découvrir ce monde enfoui dans
d'aussi vieilles publications. Certains
diront - et c'est peut-être vrai - que mes goûts me préparaient à une telle
rencontre. N'empêche ! Enfin, avouons que, nous qui aimons Moselli, nous sommes
des gens heureux. Je
me plais d'ailleurs à penser que, s'il eût été Anglais, notre auteur aurait
eu un franc succès durable, car ses récits d'aventures sont des romans de
l'action où l'artificiel est banni. Ils s'éloignent ainsi assez considérablement
du roman à la française beaucoup plus "romanesque" ; une
preuve entre autres, l'absence d'héroïnes. On
apprécie pleinement Moselli à l'âge adulte. L'enfant, l'adolescent ne
retiennent que l'outrance des situations, que la démesure des héros et de
leurs actes. Or,
le héros mosellien, de par ses actions liées à de situations hors du commun,
n'a rien que d'humain, et son humanité est vraie, sans artifices ; c'est ce
caractère véridique qui nous touche et décuple notre intérêt. Il
nous paraît curieux, encore une fois, que certains collectionneurs regrettent
l'influence des Offenstadt sur la presse enfantine pendant un quart de siècle. Car
le feuilleton sous images, c'est une chose et la BD, une autre. Que
donnerait Moselli en BD ? Frémissons
à l'idée que, sans ses géniaux éditeurs, Moselli, Jo Valle et tant d'autres,
n'auraient probablement pas pu s'exprimer, du moins de la même façon et de
toutes manières avec moins d'ampleur. D'ailleurs,
le succès de "L'Intrépide", de "L'Epatant", etc., suffit
à toute démonstration.
2.7
- JOSE
MOSELLI, EL GRANDE (article
paru dans "Désiré" 2° série, n° 31/32, p. 765-772) CESAR
= KAISER (en Allemand) = TSAR (en Russe) A
la réception de "Mon Dimanche- Guillaume Bec Ouvert", du 18 septembre
1910, envoyé par Vital Broutot, fin 1979, je restai perplexe. Le
document était intéressant mais laissait prise aux critiques des pupilles des
"intellectuels de gauche", c'est-à-dire d'être traité de
nationalard, patriotard, revanchard, belliciste, boutefeu, va-t-en guerre, et
j'en passe... et même les admirateurs de Moselli pouvaient me blâmer d'avoir
ressorti un article antédiluvien, si différent de ses grands romans
d'aventures. Voire
! A son numéro spécial sur José Moselli, "Le Chasseur d'Illustrés"
n'a-t-il pas joint la reproduction du titre, d'une illustration
d'André Galland et le début de "Noël Sanglant", nouvelle inédite
de J.M., parue dans "Le Conteur Populaire", n° 325, du 27 décembre
1910. "Guillaume
bec ouvert", "Noël sanglant", Moselli a cherché sa voie comme
bien d'autres : Maurice Leblanc avec ses romans à la Maupassant, "Un
vilain couple", "La faute de Julie", etc., avant de trouver son
immortel Arsène Lupin - Gaston Leroux, avec ses pièces de théâtre sérieuses,
ses reportages, avant d'écrire ses prestigieux romans d'action et de mystère,...
Moselli a donc aussi erré avant d'arriver à produire ses captivants romans
d'aventures, dont toute ligne a son poids de description d'un lieu ou d'une
action. Au
sujet de Guillaume II, l'on chablait avant 14 et pendant la grande guerre sur le
Kaiser, tout autant que l'on a ironisé sur Khrouchtchev et maintenant sur
Carter et Reagan. Le
personnage y convenait particulièrement, car il prenait volontiers des
attitudes théâtrales, il aimait les uniformes fastueux, le panache et la
parade. Il prêtait admirablement à la satire... sans compter que l'Histoire a
démontré sa nullité en tant que dirigeant d'Etat. Mais
il y a plus et nous plaiderons coupable. "Guillaume bec ouvert" est un
article nationaliste et, plus tard, Moselli écrira de grands romans d'aventures
patriotiques : les aventures de Marcel Dunot pendant la Grande Guerre, les
aventures de Jean Flair de même, "Les Cœurs de Tigres", "Les
Naufrageurs de l'Air", etc., sans compter que dans nombre de romans
d'aventures "les vilains sont toujours allemands" comme dit Vital
Broutout. Moselli,
un patriotard ? Mais Marcel Allain l'a été aussi (Naz en l'air), (L'Homme aux
cent masques), etc. Maurice Landay idem, Maurice Leblanc de même (La
Frontière, L'Eclat d'Obus, Le Triangle d'Or) ; Gaston Leroux idem (Le Capitaine
Hyx, Confitou, Rouletabille chez Krupp, La Colonne infernale, etc.) et mille
autres romanciers populaires également. Alors
les romanciers populaires de 1910 à 1925, tous des va-t-en guerre, des exaltés,
des Déroulède au petit pied, des aveuglés ? La
vérité est que nous subissons encore une influence née des tueries de 1914/18
et de l'espoir que fit naître la Révolution Russe de 1917, qui - mélange de
pacifisme et de socialisme de l'espérance - est celle des "intellectuels
de gauche". Les
démocraties n'ont que trop tendance à se terrer devant les dictateurs (1938),
les racketteurs (au pétrole, actuellement) et, malgré ses bons motifs, la
domination des intellectuels de gauche est pernicieuse ; c'est une des causes de
la défaite de 1940, c'est la cause de la défaite des U.S.A. (une puissance
formidable) au Viêt-Nam. Revenons
à la vérité historique : par trois fois, l'Allemagne a agressé la France :
en 1870, en 1914, en 1940. Et la force allemande n'était pas vaine : les
soldats les plus disciplinés, les plus combatifs, les généraux les plus
talentueux, les armements les plus modernes, les tactiques les plus audacieuses.
Lutter
à mourir ou vivre à genoux
En
1870, pour apporter la victoire aux Allemands, il n'a fallu qu'un mois de guerre
: le mois d'août. Après, ce ne fut que des résistances sans espoir. En
1940, la victoire de la Wehrmacht en France a été foudroyante et, si elle n'a
pas réussi à vaincre la Russie, c'est à cause d'une trahison grandiose,
encore pratiquement ignorée et dont il faudra bien parler un jour. Pour
1914, le début de la guerre a été une catastrophe pour la France. Les armées
allemandes ont avancé jusqu'aux portes de Paris. Si elles n'ont pas réussi,
s'il y a eu la Marne, c'est à cause d'erreurs allemandes (allégement de la
droite prévue par le plan Schlieffen, tergiversations de Von Moltke - le neveu
de Moltke de 1870 - et erreurs de Von Kluck), dont Galliéni et Joffre ont saisi
les possibilités de contre-attaque. (Voir mon étude "La Bataille de la
Marne" dans le n° 2 de "L'Ile"). Le
journal "Le Monde" a publié, sous la signature du journaliste Eric
Roussel, une grande étude, le 16 janvier de la présente année :"
Pourquoi la France a-t-elle tenue en 1914 ?". Oui,
pourquoi ? La réponse de Roussel est claire, nette : par patriotisme ; "Le
Patriotisme, condition d'une victoire". Les
romanciers populaires n'ont donc été qu'à l'unisson de la Nation et ont fait
leur devoir, en 1914, en publiant des romans d'esprit patriotique. Le
contraire a eu un nom : le défaitisme - et les défaitistes ont été jugés et
condamnés tant à l'époque que par l'histoire. J'espère
que cela, étant bien éclairci, fermera la bouche aux propos que l'on voit
tenir dans la grande presse et même insidieusement dans notre petite presse
paralittéraire par tel ou tel romancier patriotard soi-disant. Il
faut choisir : le patriotisme ou la débâcle de 1940.
Un
romancier aux mille qualité
Mais
revenons à José Moselli. Sa voie trouvée - peut-être grâce aux frères
Offenstadt - ses dons se manifestent avec éclat. Il
peut romancer impeccablement tous azimuts et se meut aussi bien dans le passé :
"Le Chevalier de Marana", "Les Démons de la Mer", "Le
Sire de Kergorec", "La Mission du Cardinal", "Le Roi des
Tavernes", "Le Cadet de Crévecœur", etc.,... que dans les
aventures autour du monde : Les Exploits de Marcel Dunot, de Jean Flair, d'Iko Térouka,
etc., les combats de boxe... émérites de Marcel Dunot,... que dans les récits
policiers : John Strobbins, le détective-cambrioleur de San-Francisco, Le baron
Stromboli, gentilhomme international, Jean Flair, aventures d'un jeune policier,
etc. Tous
les coins de la planète sont par lui explorés et exploités : -
Le Grand Nord américain : "Le Claim n° 29", "Scalp Rouge",
"Tavar la Hache", "Le Totem de l'Homme Mort", etc. -
Le canal de Panama : aventures de Marcel Dunot. -
Le Pacifique et l' Océanie : "Les Requins du Pacifique", "Le Récif
des Cannibales", "L'Homme à la Carabine", "Les Mystères de
la Mer de Corail", etc. -
La Chine et ses mystérieuses associations : "W...Vert..", "Les
Suppliciés de Hoang-Ho", etc. -
L'Indochine : "Le Dragon d'Emeraude". -
Le Japon : M. Dunot, N.S. 159 à 182, fin. -
L'Afrique Noire : "Le Sultanat de Kazongo", Marcel Dunot pendant la
Grande Guerre, etc. -
Les Antilles : "Les Champs d'Or de l'Urubu", Marcel Dunot, n° 118 à
138 de la N.S., etc. -
L'Amérique latine : "Zaraza el Grande", "Le Téléluz" (Brésil),
M. Dunot, "Le Trésor des Yapurés". Et
n'oublions pas les aventures maritimes où il excelle, servi par sa grande
connaissance de la mer par tous temps et des bateaux, à voile comme à vapeur
et ici de leurs locaux et de leurs machineries : "Les Requins du
Pacifique", "Les Démons de la Mer", "Le Maître de la
Banquise", "Les Naufrageurs de l'Air", etc.
La
Fin d'Illa J'allais
oublier ses talentueux romans publiés dans "Sciences & Voyages",
dont on trouvera la liste en page 3/743 du présent fascicule, où il aborde
avec maîtrise la science-fiction, notamment avec "La Fin d'Illa",
que... Comme
les moutons de Panurge, les éditions Rencontre, en 1970, dans leur série de
douze livres de SF, et les éditions Marabout, en 1972, sous la direction de J.
B. Baronian, dans leur collection fantastique, ont repris, après les n°s 98
& 99 (janvier et février 1962) de la revue Fiction. Fiction
ajoutait des notes et une bibliographie succincte de J. Moselli (probablement de
J. Van Herp) dans ses numéros. Rencontre publiait en fin de son volume "Le
Messager de la Planète" et "La Cité du Gouffre". Une riche
postface de J. Van Herp clôturait le volume n° 421 de Marabout, qui publiait
encore "La Guerre des Océans", n° 533 de la collection. Que
Marabout n'a-t-il continué à republier du Moselli, pour le bonheur de beaucoup
? André
GALLAND Mais,
au nom de José Moselli, doit être associé son AMI, le dessinateur - l'artiste
- André Galland, qui illustra avec quel bonheur la plupart de ses romans - et
d'autres aussi comme "Les Aventures de Coucou" de Gaston Choquet, avec
ses superbes planches de couverture des "Romans de la Jeunesse". Quelle
sûreté de trait, quel talent ! J'ai dans la tête depuis cinquante ans l'image
d'une pirogue pagayée par des noirs maigres et musclés dans "Les Négriers
des Rivières du Sud" de Moselli/Galland ! Et les dessins pour "La Fin
d'Illa", quelle étonnante série ! André
Galland suivait toutes les séances des tribunaux de Paris, notamment celles des
Cours d'Assises, et on lui doit des dessins magistraux de leurs tristes
vedettes. Ne
pourrait-on pas souhaiter une exposition des œuvres de José Moselli et des
dessins d'André Galland, qui unirait et fêterait judicieusement les deux
grands amis, morts et injustement oubliés ? Et
il butinait et semait à tous vents... Mais,
à sa table de travail, lisant de multiples revues françaises et étrangères,
prenant des notes, y réfléchissant, José Moselli n'était pas seulement
l'auteur des prodigieux romans d'aventures justement célèbres dans la
jeunesse, mais aussi celui de nombreuses notes qui parurent dans diverses
rubriques des illustrés Offenstadt ; rubriques titrées : Les
Explorations Françaises et Etrangères - Aux Prises avec les Bêtes Féroces -
Les Grandes Aventures - Echos du Monde Entier - et dans "Sciences et
Voyages" et d'autres magazines scientifiques. Il
écrivit même des historiettes qui parurent dans les "Histoires en
Images", une des plus longues et à bon marché séries des Offenstadt. Mme
Charles-Marcelin en a relevé plus de quarante. La
qualité aussi Mais,
après la démonstration faite plus haut, de l'aspect quantitatif de la
production de José Moselli, aisée à faire, il faut se pencher sur les aspects
qualitatifs de son œuvre. Il
paraît qu'aux Galeries Lafayette, à chaque instant il se passe quelque chose !
Il en est de même pour les lignes publiées de José Moselli dont chacune
compte : en une ou deux lignes, le paysage est cliché, puis viennent les mots
consacrés à des actions. Celles-ci se suivent, se poursuivent, fulgurantes,
précipitées ; une action chasse l'autre. Le
sommeil vous arrive à trois heures du matin, quand, ayant absorbé moult
prouesses du héros, épuisé, vous tombez de fatigue, éteignez la chandelle,
obligé de remettre à demain la suite du roman d'aventures palpitantes. J'en
ai eu la preuve de nouveau : avant d'écrire sur Moselli, j'ai tenu à relire un
de ses romans - je ne pouvais les relire tous ! - j'en ai choisi un que j'avais
lu à dix-sept ans, l'un des derniers car, à la même époque, je quittai ma mère,
veuve de guerre remariée à un homme brutal, et il m'a fallu gagner seul ma vie
et donc penser à bien d'autres choses. J'ai
donc relu "Les Démons de la Mer", superbe "feuilleton sous
images", pour reprendre l'heureuse expression de Claude Hermier, qui parut
dans "L'Intrépide" du n° 652 du 18/02/1923 au n° 730 du 17/08/1924.
L'illustrateur Janko (?) m'a fait promener de l'Atlantique à l'Océan Indien,
bien avant Cl. Hermier, mais en images et imagination, il faut l'avouer. "Les
Démons de la Mer" n'ont pas pu reparaître dans la "Collection
d'Aventures" ; c'est dommage car c'était une belle série. De
ce roman, comme tant d'autres de José Moselli, si l'on truffait ses phrases
nettes, précises, incisives de descriptions allongées et de rêveries sur les
états d'âmes, on aurait obtenu d'aussi gros romans que ceux de Robert
Gaillard, mais bien plus intéressants. Il
est vrai qu'il aurait fallu ajouter des personnes
du sexe que la majorité des lecteurs de "Désiré" n'a pas,
car les femmes sont rares dans les tumultueuses aventures inventées par José
Moselli. Tout au plus quelques jeunes filles, des plus jolies et vertueuses, y
apparaissent telle que Mabel de Zuniga, qui se mariera avec le médecin richard
Daguerre, à la fin de la lutte contre "Les Requins du Pacifique". José
le cruel ? "Les
Démons de la Mer" ont leur dose de cruautés et d'implacabilité inhérentes
à tous les grands romans de Moselli. Par
trois fois, à Londres et dans un comptoir de l'Afrique Occidentale, on voit une
et deux alignées d' "évêques des champs" : des pendus à leurs
gibets. Les
évêques des champs "bénissent la terre avec leurs pieds". Et
à Cadix, le grand port d'Espagne, les flibustiers pris sont, encadrés de
moines cierges allumés et d'alzaguils, conduits au bûcher, car l'Espagnol sait
être cruel ; parce que c'est un
blanc arabisé, pense M.P.
"Démons
de la Mer" : ce ne sont que combats sur mers, pour prise de proies :
Le
canon tonne,
L'écho
résonne,
La
mort les environne...
Der
Dreigroschenoper The Threepenny Oper
De
trois passe à quatre sous ! en France, dans "L'Opéra de 4'sous"
Et
ce sont les abordages :
Les
pistolets trouent les têtes
Les
épées traversent les ventres
Les
haches des flibustiers fendent les corps en deux
Les
sabres, les cimeterres de même
Pas
de quartier !
Und
die versunken sind, sieht nur des Hai in See
Nothing
but sharks down there to show a drawned man the way
Ceux
qui tomberont à l'eau sont l'affaire des requins
Happy
End
Chanson
du feu infernal et du repentir
Berthold
Brecht Kurt
Weil
Cet
aspect de Moselli n'avait, bien sûr,
pas échappé à Marcel Lagneau, qui en publia un article d'une page et demie :
"José Moselli et les morts lentes" (à ne pas lire la nuit), dans
"Le Chasseur d'Illustrés", n° 12, de septembre 1969. Citation
: "... José Moselli avait surtout une prédilection pour pimenter
ses récits avec la description de scènes de tortures raffinées, que sa
fertile imagination variait sans cesse". L'article
nomme huit des romans moselliens et résume les tourments décrits. Le
huitième roman étant "Le maître de la banquise", où trois détectives,
enterrés jusqu'au cou dans une cave, les figures enduites de miel, sont livrés
à des rats monstrueux, pendant que jubilent de leurs râles (admirable !
sublime !) trois monstres blancs, dont l'un jouait sur son violon la marche funèbre
de Chopin. Conclusion
:"Voilà une scène qui aurait délecté les amateurs de sensations fortes,
clients habituels du Grand Guignol - Marcel Lagneau". J'ai
devant moi trois photographies de José Moselli, qui me furent offertes par Mme
Charles-Marcelin (Georgette Marcelin était la nièce de Fernande Marcelin qui
fut la compagne de vie de l'écrivain). Deux
Moselli, assez jeune, le visage un peu poupin. Il se durcit dans la deuxième
photographie pour devenir très ferme dans la troisième. - Se reporter au
dessin - juste de Lagneau , qui orne la couverture du "Chasseur d'Illustrés",
n° spécial consacré à Moselli. Son
visage devint plus dur encore quand approcha l'heure de sa mort, par cancer en
1941. On
sait ce que c'est : un être étranger se crée dans l'une des parties du corps,
dont il vit et qu'il ronge ; c'est deux ans d'agonie assurée, que Moselli
cacha, autant qu'il le pût à sa compagne, Fernande. Je
ne puis donc m'en tenir au point de vue purement descriptif de Marcel Lagneau,
ni à sa conclusion simpliste. Il faut fouiller plus profond. De
la connaissance de son œuvre, de discussions avec ses proches, je tiens José
Moselli pour un homme foncièrement droit, honnête et qui ne décrivait pas des
scènes de torture par sadisme. - D'ailleurs, tous ses héros - du comte Louis
de la Fère dans "Les démons de la mer" à Marcel Dunot, etc.
sont des êtres droits, justes, portant secours à leur prochain dès
qu'ils le peuvent (comme la plupart des héros du R.P. d'ailleurs). Mais
Moselli avait reconnu, plus qu'un autre, la nature perverse de l'être humain. L'homme,
venant de l'animal, en est un qui a eu la chance d'adopter la station verticale
et la marche plantigrade, ce qui l'a libéré d'une queue, lui a développé les
mains et les doigts et surtout le cerveau qui s'est mis à grossir, passant de
cinq cent grammes à bientôt deux kilos et qui est une merveilleuse boîte électronique
permettant des investigations encore jamais atteintes et l'élaboration de
conceptions schématiques et abstraites tenant à rendre compte de la matière
et de l'Univers. (voir mon article dans un "Désiré" : "Du
Suranimal au Surhomme"). Mais
le fond reste là : c'est une bête méchante, qu'à grand peine ont pu dompter
la marche à la civilisation et la promulgation de lois toujours plus élaborées. Personne
de nous n'est bon. Près de mon assiette, si passe une fourmi, je l'écrase d'un
coup de pouce, brisant ainsi une petite vie et tout un système ingénieux de
vie. A
la campagne, celui qui fait une maladresse, un tort envers son voisin, devient
son ennemi pour toujours. Rien ne se pardonne. - A la ville, dans les
"affaires", on ne cherche qu'à tenir le bon bout, à empiler. Nombre
de personnes exultent de mettre des affaires entre les mains de juges et
d'avocats. - dans les grandes villes, l'irrespect, le chapardage, le racket
augmentent de jour en jour : j'en ai la preuve chaque fois que je vais à Paris,
de voir des Noirs, même cossus, sauter les barrières du métro pour ne pas
payer. Les
jeunes, ivres d'envie des possibilités de la société de consommation veulent
prendre, et pour rien. Sur
le plan des nations, la guerre a été un phénomène constant. D'ailleurs, elle
fut probablement nécessaire au moyen âge, par exemple : au stade artisanal, la
paysannerie et les artisans ne pouvaient produire pour tous : les filles de trop
devenaient servantes, nonnes ou putains, les mâles, valets, moines, bandits,
soldats, galériens. Les guerres écrémaient le trop-plein de population. Actuellement,
avec la folie génésique des Arabes et des Noirs, et le triplement de leur
population en trente ans, peut-on douter d'explosions d'envie qui mèneront ces
masses à l'assaut des nations développées, sans compter celui des un milliard
et demi de Chinois, qui sera gigantesque. Les
hommes étant méchants, parmi eux, il y a des hommes très méchants, vicieux -
des bêtes à l'état pur - qui torturent : depuis les "Chauffeurs"
qui rôtissaient les pieds des paysans pour trouver leur magot, jusqu'aux
membres des polices pour obtenir des renseignements, ou d'organisations
(sacrifices rituels, Inquisition, Gestapo,
G.P.U., C.I.A.) au service de leurs concepts religieux ou d'Etats. En
couronnement il existe de ces bêtes humaines, qui torturent pour voir souffrir,
par jouissance, et le développement du cinéma et de la littérature
sadomasochiste est l'indice du développement de cette sinistre tendance de
l'homme. Par
ses voyages, par ses lectures, par ses réflexions, José Moselli avait reconnu
tout cela, avait perçu que L'HOMME EST MECHANT. - Il le dévoile, le répète
à chaque roman. C'est un MORALISTE. - Il est clair que, si la trame même des
aventures de chacun de ses romans ne concerna que les adolescents, les aspects
de cruauté des hommes, dévoilés par José Moselli concernent les adultes.
Nous verrons encore ceci plus loin. Un
connaisseur de la gent humaine Dans
les "Démons de la Mer", par ruse et à l'aide de Noirs libérés d'un
entrepôt d'esclaves, de La Fère s'empare d'un trois-ponts, navire de guerre
anglais, le Sea-Queen. Les
officiers anglais, rescapés de la bataille et du massacre, sont obligés de se
rendre au "pirate" et ils le font sans morgue ni bassesse et avec
dignité et une tenue exemplaires. Quels
gentlemen ces Anglais ! Au fond, tout Anglais est un gentleman et l'Anglais qui
n'est pas un gentleman, n'est pas un Anglais ! - Moselli me semble avoir eu,
dans l'ensemble, de la considération pour les Anglais et j'entrevois, chaque
fois qu'il en dépeint, les visages du colonel Bramble, du docteur O'Grady et
les hommes du pont de la rivière Kwaï. Leurs
cousins allemands sont moins bien lotis. Les Allemands, qui nous ont dotés de
deux guerres, désastreuses pour la primauté européenne, méritée, sont-ils
intelligents ? Oui,
sans contexte, mais leur intelligence est lente, comme si elle devait s'extraire
des brumes nordiques. Dans Moselli, il y a deux sortes d'Allemands : le grand et mince du type junker et le gros trapu, buveur de bière bavarois (Max Blozer et Karl Bomarsund des "Requins du Pacifique"). Quoi qu'il en soit de leur intelligence, de leurs qualités de volonté, d'activités et d'accomplissements des taches, ils n'arrivent jamais à rien dans les histoires de Moselli, conformément à l'Histoire - Au fond, un malheureux peuple que celui de ces Allemands, maintenant coupées en |