Samedi
7 juillet 2001 :
Réunion odésienne à la Grande Loge à
l'occasion du passage à Paris de notre ami alchimiste Jean-Pascal
Percheron, accompagné de sa petite famille ; réunion
qui s'inscrit de droit dans le Livre des Records Odésiens
puisque, pour les plus fidèles, elle aura duré de
midi à une heure et demie du matin..........
Julie et son frère Sylvain sont arrivés un peu en
avance, afin de me donner un coup de main pour dresser le buffet.
Julie vient de décrocher son bac avec mention bien. Comme
" elle est grande maintenant ", je lui offre un exemplaire
de la Magie Sexuelle et Amoureuse de Marc-Louis Questin. Elle
me promet d'en faire le meilleur usage et de me rédiger
un compte-rendu de ses impressions après..... lecture !
En attendant, Julie taille....... son crayon, puisqu'avec Sylvain,
elle est en charge du compte-rendu officiel de la journée.....
Je ne retracerai que le contexte !
Et
le contexte est foisonnant ; 20 personnes dans les locaux feutrés
de la Grande Loge, ce n'est pas une mince affaire :
Sébastien Denis, l'étudiant nordiste, venu passer
ses examens de futur ingénieur à Paris et tombé
sous le charme des conspirations thuléennes qui se chuchotent
dans les couloirs du 36.42.
Philippe Gras, le poète tarologue, arrivé avec un
ami boire du coca-cola.... J'aurais dû les imiter, car l'eau
ferrugineuse, ça tue.......
Tchalaï, autre grande prêtresse du tarot, dont l'histoire,
la culture et les relations lui valent depuis longtemps une place
emblématique dans ce qu'il est convenu d'appeler "
l'Autre Paris ". On ne sort pas indemne d'une longue collaboration
passionnée avec Pauwels et Bergier !
Sylvain, le sataniste repenti, échappé pour quelques
jours de sa retraite rurale au fin fond du Larzac, et esbaudi
de rencontrer " en vrai " Celle Qui Lui A Fait Découvrir
le Tarot de Marseille.
Franck Buleux, notre Vénérable Frère, accompagné
de sa charmante sur Marie-Pierre qui aura retenu notre attention
sur deux points : son végétarisme pur et dur et
la taille dangereusement courte de son pull-over.....
Patrick Tyrol dont la présence se fera très discrète,
mobilisé par la surveillance et l'animation du Jardin d'Enfants
de la GL.
Didier l'érudit et son amie Véronique. Didier est
un fidèle des réunions ultra-secrètes du
Groupe Odésien de Thulé.
Et bien évidemment les deux Hommes en Noir sans lesquels
une réunion odésienne ne serait pas tout à
fait.... odésienne.
Les
absents ont toujours tort et on regrettera l'absence de Pat Clot
qui a cédé sa place à Greguti........
Lequel Greguti, comme souvent, aura oublié de venir
.
J'ai
rencontré pour la première fois JPP en 1999, lors
d'un séminaire alchimique dans sa résidence près
de Vendôme. Cette rencontre a été retracée
dans ces chroniques et a fait l'objet d'un reportage dans le numéro
10 de Murmures d'Irem. Que de chemin parcouru depuis........
3 livres, de nombreux articles dans diverses revues spécialisées,
de multiples cours et conférences....
Un parcours qui devrait bientôt le conduire au Canada. Il
est vrai qu'il appartient à une espèce rare, celle
des " alchimistes au fourneau " : les pieds sur terre,
la main dans la matière et la tête sur les épaules....
Le contraire d'un mystagogue. Il prépare du reste pour
MdI un article sur l'Alchimie Zarbie.......
Je me régale par avance, ayant lu il y a peu de temps les
délires d'un plumitif ésotérique sur la "
voie du sang ", une façon comme une autre de mettre
Dracula au fourneau !
Sa notoriété interpelle et dérange. Il vient
de subir une attaque en règle sur un site internet, attaque
bien évidemment anonyme. Les Services Spéciaux de
l'ODS n'ont pas tardé à identifier le coupable avec
lequel JPP a eu une explication on ne peut plus sportive......
Notre ami déroule son itinéraire et nous parle de
sa voie........
Mais
la suite est pour Julie.........
Samedi
7 juillet 2001 :
réunion
odésienne à la Grande Loge à l'occasion du
passage à Paris de notre ami alchimiste Jean-Pascal Percheron,
accompagné de sa petite famille. La salle se remplit peu
à peu d'odésiens affamés qui s'affairent
autour des amuse-gueule. Les places deviennent rapidement des
denrées rares. Quelques discussions se nouent autour du
nouveau tableau du GG : un tableau qui se veut alchimiste et dont
JPP nous confiera qu'il ne contient -pour lui!- pas grand chose.
Le chef se serait-il fait avoir ? Sylvain et moi restons perplexes
et tentons toutefois de déchiffrer les mystérieuses
écritures cunéiformes qui le recouvrent. Pendant
ce temps, Sylvain F. et JPP s'extasient sur la grande place de
Bruxelles, la plus belle place alchimiste européenne, où
les symboles et les jeux de mots foisonnent : on y trouve notamment
un lévrier (traduction : l'ouvre y est), où des
petites scènes représentant un forgeron ôtant
une armure du feu (retire l'âme mure du feu).
JPP nous confie sa passion pour Fulcanelli, dont le nom constitue
également un jeu de mots de toute beauté et une
des clés essentielles de la "réussite alchimique"
: Fulcanelli = Vulcain ailé ; ailé= hauteur = froid.
il faut donc travailler avec le feu froid. Soit une révélation
de grande ampleur ! JPP souligne alors la tendance actuelle à
complexifier les symboles, et déclare vouloir démystifier
l'alchimie, retourner à une pensée plus simple,
plus proche des aspirations des siècles précédents.
Il faudrait opérer une sorte de travail de "destruction"
de la conscience actuelle, non pas en un sens péjoratif
mais plutôt dans une idée de retourner aux sources,
aux racines même de la pensée originelle, libre de
toutes contraintes et influences. Il faudrait détruire
ce sceau du secret qui paraît
cacher
l'ignorance ! JPP veut parler clair, dire ce qu'on ne trouve pas
dans les livres, ou expliquer ce qu'on y trouve en des termes
si hermétiques.

Mais les auditeurs sont tous présents :
JPP se présente alors rapidement, lui, fils d'alchimiste
et bijoutier, et ses filles dont la plus grande, Pernelle, commence
déjà à parler de potassium. Mélusine
paraît vouloir marcher sur les pas de son père, mais
est encore un peu trop jeune. La voie de notre invité ?
Celle des métaux, pour lui la première matière,
la matière essentielle. Il pose rapidement les bases de
son exposé et énonce les différents sujets
qu'il désire aborder : tant le côté démonstration
spirituelle perçant le secret de la matière, que
la presque mythique pierre philosophale, un petit aperçu
historique et une projection de diapositives. Mais comme ventre
affamé n'a pas d'oreilles, ces trop brèves minutes
de présentation seront immédiatement suivies d'un
long et succulent buffet, arrosé de maints verres d'hydromel
; les hommes en noir ne manquent pas à leur réputation.
entre vin et ovnis, leur cour balance. JPP et Didier comparent
leur référence et se lancent dans une diatribe endiablée
: alchimie, évidemment, celtes et Bretagne, tout y passe.
Véronique les contemple dans un silence impressionné.
Sylvain et moi continuons notre analyse du tableau sous les yeux
ahuris de notre sataniste préféré, qui s'éloigne
doucement quand les remarques deviennent trop psychédéliques.
Je maintiens toutefois qu'il y a là une belle représentation
de la danse de la vie, et du savoir comme moyen de la structurer
!
Toutefois, là n'est pas le sujet : JPP nous rappelle à
l'ordre et les convives se précipitent sur les places assises.
Son plan de travail sera rapidement bouleversé par les
interventions de Didier et celles, plus discrètes -bizarre,
bizarre !- de Joe et Jean-Luc. Sébastien ajoute son grain
de sel scientifique pendant que je tente de retranscrire les paroles
passionnées de l'assemblée ; j'abandonne bien vite
ma tâche, n'ayant qu'un bras pour écrire.
JPP commence par refuser de définir l'alchimie et fustiger
un monsieur dont je n'ai pas le nom exact, qui en aurait donné
une définition effroyable. L'alchimiste, c'est le premier
chercheur dans la matière, point. Au début, avant
la densification, était l'incréé.
Et l'Alchimiste vit que cela était bon. Le premier jour,
il délimita deux axes de recherches : il y aurait d'un
côté les matières minérales (la materia
prima, ce qui ne signifie en aucun cas la matière première
mais bien la première matière) et de l'autre les
matières éthérées. Il s'agit d'extraire
du créé (la materia prima) l'incréé
; de remonter à l'antécréation -un nouvelle
fois, de retourner aux sources. Ce que JPP a mis 24 ans à
comprendre. JPP insiste ensuite sur l'éternelle division
en trois de chaque matière ; si l'on prend le feu, par
exemple, on y trouve un principe sulfureux ou mâle (la flamme),
un principe mercuriel ou féminin (la fumée) et enfin,
le sel (qui n'est pas salin !), les cendres, qui ne bougent pas
: le sel affirme sa terrestréité. Ou, dans des termes
plus rhétoriques : thèse, antithèse, synthèse.
Le sel double permet de recréer l'androgyne primordial.
Et tout ceci se fait par identification avec les métaux
-qui sont vivants ! Dans le créé, il y a plusieurs
solutions, plusieurs voies. JPP souligne alors que l'eau ne contient
pas de sel. H2 est le principe mercuriel et O sulfureux -d'où
les fameuses "histoires d'O", ahah. C'est pourquoi l'eau
est liquide, et recherche le sel : l'eau est en état d'imperfection
; physiquement, elle devrait être solide. Ou gazeuse. Petit
voyage historique : l'alchimie existe partout, et de tout temps.
Des 4 éléments magnifiés par Empédocle
à nos jours. Les métaux sont pris selon la géographie
du milieu ; par exemple, si l'on s'intéresse à la
voie asiatique, il y a deux sortes d'alchimie : l'alchimie intérieure
qu'est le taoïsme (dont le but est aussi une vie plus forte,
plus longue -on retombe sur le principe de la pierre philosophale)
et l'alchimie du cinabre. En Amérique du Sud, l'or et l'argent
priment. Revenons aux sept métaux primordiaux: ils ne sont
"que" des supports, des serviteurs. Le principal, c'est
le sel d'union. JPP souligne alors que l'alchimie se rattache
plus à physique que, comme on pourrait pourtant le penser,
à la chimie, car les métaux se font condensateurs
d'énergie, l'alchimie devient accélérateur
évolutif des métaux. Les métaux sont la base
de l'évolution.
Vient ensuite une partie plus spirituelle : JPP souligne que l'alchimie
n'est pas une formation, mais plutôt une fortification de
l'esprit, et insiste sur le lien spirituel liant le créateur
à son athanor. Pour lui, c'est un épanouissement
- ne serait-ce qu'au point de vue intellectuel, car les domaines
de recherche sont vastes et multiples- , il y a même fusion
avec le créateur. Ne sommes-nous pas nous-mêmes de
gigantesques athanors ? Comparez cet instrument et votre physiologie.
demandez-vous pourquoi nous dégageons autant de chaleur.
Tout simplement parce que nous brûlons, nous sommes un gigantesque
fourneau. intéressant, non ? Nous sommes tous capables
de transmutation (les auditeurs se sont ainsi longuement étendus
sur l'exemple du homard qui est capable de régénérer
par lui-même sa carapace sans calcium à sa portée).
- parenthèse : serions-nous capables de nous reproduire
sans homme ? Rappelez-vous Jurassic Park : uniquement des femelles
et des enfants terribles qui poussent de nulle part ! Soit ensuite
un sujet brûlant : la pierre philosophale. Malheureusement,
le sujet sera rapidement, trop rapidement abordé. Bien
sûr, il y a un principe de longue vie, et de régénération
: l'alchimiste perd ses poils, cheveux et dents et ces parties
mortes repoussent. Mais, comme le soulignent justement certains
sceptiques, n'avons-nous pas trois mâchoires ?
Il évoque aussi le cas curieux de certains alchimistes
reparaissant d'un siècle sur l'autre ! Le cas le plus réputé
est celui de Nicolas Flamel qui prédit sa mort, et se fit
enterrer. Lors de la Révolution Française, pillage
de cimetières: on ne retrouvera dans son cercueil et dans
celui de sa femme qu'une poutre de chêne. Où sont
passés les corps ? L'alchimiste et sa tendre moitié
ont-ils reconstruit une nouvelle vie dans un autre pays ?
JPP évoque rapidement certains cas de fabrication d'or,
voire même d'une curieuse pièce mi-or mi-argent,
ce qui en laissent certains mi-figue mi-raisin. Certaines transformations
ne sont, toutefois, pas stables : d'une minute à une année,
le résultat n'est pas constant, ce qui n'empêche
pas certains de s'enrichir. Malheureusement pour vous, notre résumé
s'arrêtera là : nous avouons, honteux et confus,
consternés, avoir malencontreusement décroché
notre wagon alors que les propos de JPP et des joyeux drilles
s'orientaient vers des perspectives plus chimiques : re-lecture
alchimique de la table des éléments de ce génie
qu'est Mendeleïev et autres conseils pratiques (si on prend
du chlorure de potassium au lieu de..). Pour le reste de la soirée,
nous rendons la main au gourou : n'est-il pas le seul à
savoir parfaitement camper l'ambiance d'une soirée odésienne
? Nous saluons son talent et lui rendons sa place, empruntée
timidement pour une unique soirée.
Julie
& Sylvain Proust Tanguy
