De la Spagyrie à l'Alchimie......
Voilà une belle transition pour retrouver nos Témoins d'Ulthar......
Un samedi à la campagne ; tel est le thème en effet que vous propose maintenant l'ODS, sur fond de transmutation alchimique. On y rajoutera la saveur d'un délicieux barbecue et l'ambiance d'une chaude amitié......

Philippe Marlin (c)


J'ai rencontré Jean-Pascal Percheron en 1996, au hasard d'une correspondance associative. Et je me souviens de mon émotion à la lecture de ce qui n'était encore que le gros tapuscrit du Livre d'Or de L'Alchimie. Je m'en explique dans la préface de son ouvrage publié chez Ramuel.

Jean Pascal

L'Alchimie m'a toujours fasciné, fasciné et dérouté. La difficulté du sujet est effroyable écrivait Pierre Lazlo, professeur à l'école Polytechnique, dès les premières lignes de son excellent livre " Qu'est-ce que l'alchimie ? "[1].Et cette effroyable difficulté résulte certainement de la grande confusion qui nimbe le sujet. Confusion au niveau de la démarche, tant il est difficile de faire la part des choses entre l'approche métallique et le cheminement d'ordre spirituel. Confusion au niveau de l'étude concrète, les charmes de la littérature dite hermétique demeurant bien souvent hors de la portée du néophyte se risquant encore de nos jours sur le sentier. Je me souviens avec sourire avoir il y a bien longtemps sué sang et eau sur " La Très Sainte Trinosophie " [2]. Et avoir rapidement calé à la lecture d'une allégorie sympathique, certes, mais dont le décodage précis m'apparaissait totalement impossible.

Concret, précis, tels sont en effet les deux termes qui m'ont toujours accompagné dans mes recherches sur l'Art Royal. Et force est de constater que je suis toujours resté sur ma faim, à deux exceptions près cependant, que je voudrais brièvement évoquer en reprenant divers articles parus dans Murmures d'Irem.

" J'ai relu récemment " L'Or du Millième Matin ", d'Armand Barbault (Editions Premières et J'ai Lu), afin de préparer une interview avec le fils de cet alchimiste sur lequel Fred Demma [3] avait pu mettre la main. Hélas, le fiston ne poursuit pas les travaux de son père et a décliné notre proposition !
Dommage, mais cela fut pour moi l'occasion de redécouvrir un grand alchimiste contemporain, au langage clair et à l'enthousiasme communicateur. On y parle de nature, de petits matins à la campagne et de rosée. On rentre avec l'auteur dans un labeur infini afin de recueillir au bout de nombreuses années l'Or Végétal, première étape du Grand Œuvre. On suit le savant dans ses démarches auprès de laboratoires pharmaceutiques afin de tester les propriétés curatives de son produit. Et on le quitte, avec regret, alors qu'il rentre dans la seconde étape, celle du Mercure Alchimique. Une Alchimie assurément poétique, qui insiste sur le rôle de la Femme dans le travail de l'Adepte et sur le caractère profondément astrologique de la démarche du souffleur. "[4]

La seconde est tout à l'honneur des Editions Ramuel. " .......je vous recommande fortement " Le Cours d'Alchimie ", signé du Docteur Alphonse Jobert. Il s'agit bien sûr d'un cours, clair et pratique, débarrassé de tout le fatras symbolique habituel dans ce type de littérature. Mais il s'agit aussi d'un quasi roman policier, d'une enquête sur l'identité réelle du Dr Jobert. Un personnage mystérieux, ami de Canseliet, dont la disparition a fait couler beaucoup d'encre. Ne s'agirait-il pas d'une opération montée par le gouvernement de l'époque pour tenter de s'approprier ses secrets ? Passionnant de bout en bout "[5].

Et puis...... je suis rentré en relations avec Jean-Pascal Percheron. Rencontre fortuite, au gré de mes recherches et de mes contacts dans le cadre de notre publication ésotérique. Assurément. Mais rencontre inspirée par le souffle des Arcanes, c'est évident.

" La galerie des alchimistes d'aujourd'hui " est un livre qui reste à écrire. Mais je suis persuadé que J.P. y tiendra une place de choix. Tout d'abord de par son expertise concrète. ....Je travaillais alors dans les métaux précieux. A la différence de bien des alchimistes en herbe, je connaissais les métaux ; dans l'atelier familial, je dissolvais, je chauffais, je fondais je soudais, activité normale dans l'artisanat des bijoux. J'ai vite eu la conviction que la réalité transmutatoire était une technique particulière de synthèse des qualités de différents métaux, sous forme de sulfates.[6]


Oui, vous l'avez compris, les efforts de l'ODS, mais surtout le grand talent de Jean-Pascal ont permis d'aboutir à une publication rapide. Une publication dont le succès a entraîné très vite la mise au point d'un fort intéressant produit dérivé, Le Stage d'Alchimie, et ce au domicile de notre ami Souffleur. L'ODS se devait de tester cette formule[7] .

Si la lecture exprime de façon symbolique la démarche de la philosophie hermétique, donne maints détails sur son historique, les divers courants qui depuis le fond des âges ont structuré la réflexion alchimique, peu de livres expliquent le travail concret. Les lecteurs de livres d'alchimie finissent par être saturés par l'étude symbolique et ne peuvent faire la synthèse entre la démarche spirituelle de l'alchimie et l'obligatoire retour aux métaux..

J'ai vu assez de gens sincères mais découragés par des années de lecture, où, en fin de compte, ils s'étaient aperçus qu'ils n'avançaient plus. Comme je l'ai dit dans le livre d'or, j'ai eu la chance de travailler dans les métaux précieux et celle d'être au contact avec un alchimiste au fourneau. Et quelle chance !
Auparavant, je pense que les alchimistes échangeaient beaucoup, qu'ils se réunissaient. Il est probable que tous ces gens travaillaient dans des activités propres à la démarche métallique. Ce n'est plus le cas aujourd'hui. De même, la transmission de Maître à élève ne se fait que par le livre. Et on pourrait discuter longtemps quant à la qualité desdits livres.
La philosophie hermétique a subi la même dérive que le mouvement maçon. Depuis l'Antiquité jusqu'au Moyen âge, les disciples d'Hermès travaillaient au fourneau. Le mouvement que l'on a appelé par la suite la Renaissance doit son existence à un retour vers les valeurs de l'antiquité. Ce sont les Grecs immigrés en Italie suite à la prise de Constantinople par les Turcs en 1453 qui ramenèrent la pensée antique dans les terres d'Occident. Auparavant, l'alchimie et ses branches annexes avaient survécues chez les arabes et dans les diasporas juives installées dans le bassin méditerranéen et en Espagne. S'il est sûr que les croisades participèrent à un renouveau alchimique en Occident, le mouvement demeura par trop discret. Il manquait un support doctrinal, et le dogmatisme étroit de la religion dominante empêchait un renouveau philosophique.
Il est tout de même certain qu'indépendamment de la voie de synthèse, d'autres voies se soient développées en Occident. On peut citer la voie du fer et de l'antimoine, la voie de la pechblende, la voie aérosolaire et la voie- du mercure.
Le mouvement issu de la synthèse entre le savoir des Grecs immigrés et des savants Italiens se développa, et c'est là sa grande qualité, en harmonie avec le culte Chrétien, sans s'opposer à sa doctrine. Les guerres d'Italie ra- menèrent le mouvement en France et il essaima dans toute l'Europe. Mais il s'agit d'un mouvement plus spéculatif, principalement incarné par la Rose- Croix.

S'il est vrai que la pensée rosicrucienne est très fortement teintée d'hermétisme, le travail concret est délaissé au profit de la quête spéculative et de la démarche spirituelle.
En notre fin de siècle ne subsiste plus en France une quelconque structure alchimique saine, s'entend. Nous sommes tous isolés dans notre petit réduit, et plus personne ne transmet sincèrement ses connaissances. J'ai expliqué dans le livre le pourquoi de ma démarche que je transcrivais en langage clair.
C'est la raison d'être de ces séminaires qui, je l'espère, contribueront pour les étudiants à pousser plus loin la recherche alchimique pure[8].


Samedi 26 juin 1999. Deux voitures partent de Paris, avec à leur bord votre serviteur, Michaël de Lille, Jack, Claire, Philippe Sliders, Sylvain et sa copine ; Emmanuel de Lausanne doit nous rejoindre sur place. Je fais équipe autoroutière avec Michaël, plus connu en Odésie qu'il vient de rejoindre sous le nom de Mithra. Un chercheur sympathique qui a adopté la voie de la maçonnerie forestière et qui cultive avec passion le chamanisme. Il a fondé une association, France-Québec, et se propose d'aller bientôt découvrir les charmes d'une nature que l'on dit encore sauvage. Il a la faconde et la rondeur des gens du Nord. Son rire tonitruant restera longtemps dans mes oreilles ! ! ! ! ! ! !

Sylvain et Mithra

Destination Morée dans le Loir et Cher, à quelques kilomètres de Vendôme.

Le cadre est enchanteur. Une petite maison nichée dans la verdure et blottie le long de la rivière. Accueil chaleureux et plaisir de se rencontrer pour la première fois Emmanuel a apporté une bouteille d'absinthe de Suisse et moi un magnum de champagne que j'avais précieusement conservé dans ma cave en l'attente de cet événement.
Dénia, la charmante maîtresse de maison, nous a préparé le petit déjeuner..... Morgane et Pernelle (prénoms oh combien inspirés ! ), les deux petites filles du couple sont blondes comme leur maman et babillent joyeusement sur des sujets qui n'ont rien d'ésotérique ! ! ! ! ! Jean-Pascal est d'une quarantaine alerte qui surprendra mes amis odésiens. On l'imaginait plus âgé...... Et il est vrai qu'un alchimiste qui n'a pas les cheveux blancs et qui n'est pas courbé sous le poids des siècles, ça décoiffe...... D'autant plus qu'il a le verbe rapide avec une petite pointe d'accent gouailleur qui ne dissimule guère de longues années passées en région parisienne. Bref, nous sommes loin de la voix caverneuse du mage centenaire que nous nous attendions à rencontrer ! ! ! !
L'Alchimiste se précipite pour me remettre son dernier ouvrage, qui sort tout chaud des alambics des Editions Ramuel. Et de deux ! ! ! ! ! Charles Perrault, Conteur et Hermétiste est un ouvrage comme je les aime, entièrement consacré au décryptage littéraire. Voici les quelques lignes que j'ai commises en préface :

Le décryptage littéraire est une science à la mode. Et les Editions Ramuel ne sont pas les dernières à porter le flambeau de ce courant, avec notamment les travaux de Richard Khaitzine sur Peter Pan, le Petit Chaperon Rouge ou encore sur le fascinant mouvement littéraire que fut celui du cabaret du Chat Noir [9]. Et qu'importe la mode, car ce type de recherche est tout simplement fascinant. Je fais plutôt partie de ce qu'on appelle le bon public et déguste volontiers au premier degré les mets qui me sont proposés. Mais lorsque je découvre les travaux de ces décrypteurs du verbe, je ne peux m'empêcher de penser : mais bon sang, mais c'est bien sûr ! ! ! !........
Mon amie Denise Bonhomme[10], une dynamique retraitée française qui se dore aujourd'hui au soleil de la Californie, a été une des premières à m'interpeller . Allez trouver une corrélation entre l'œuvre de Voltaire et la théosophie de H.P. Blatavsky, voilà qui ne m'aurait pas sauté aux yeux spontanément ; mais son étude voltairienne de la Doctrine Secrète est percutante[11]. Tout comme est pour le moins troublante sa plongée dans l'univers poétique d'Alfred De Vigny[12], et ce toujours munie des outils qu'offre Isis Dévoilée.[13]
Le décryptage ésotérique se double souvent d'un décryptage historique, le texte proposé n'étant qu'un subtil prétexte pour mettre le lecteur sur la voie de mystérieux courants souterrains. Nous sommes alors en présence d'une véritable queste, cherchant à dévoiler le sens caché d'une réalité souvent insignifiante. Les travaux de Patrick Ferté sur Arsène Lupin[14]. sont certainement l'une des meilleures illustrations de ce type de démarche. Laissons parler quelques instants l'auteur.
"Des sociétés secrètes ont toujours agi dans les catacombes de l'histoire, - que ce fût au nom d'un savoir authentique ou au nom de fantasmes creux. Ce faisant elles ont, quoi qu'il en fût, influencé l'histoire à leur mesure qu'il faut savoir déceler en évitant à la fois la loupe et les œillères; sans paranoïa mais sans nihilisme. Elles ont même séduit et enrôlé des écrivains qui ont abreuvé cryptographiquement leurs œuvres de leur crédo vain ou divin. Maurice Leblanc est de ceux-là.
Je ne me suis donc pas limité à décrypter les œuvres de Maurice Leblanc et à y déceler les éléments d'un fantastique message secret connecté sur d'authentiques mystères historiques. Fouillant sa biographie, ses relations, j'ai réussi à démontrer que cet homme extrêmement discret avait ses entrées, ou en tout cas ses antennes, dans des chapelles ésotériques qui ont souvent hanté les souterrains de Rennes et de Gisors et d'autres hauts-lieux du Mystère......" [
15]

Esotérisme, histoire, un cheminement qui nous entraîne insensiblement sur le terrain de l'Art Royal. Jean-Pascal Percheron est bien connu des lecteurs des productions Ramuel chez qui il a publié il y a quelques mois Le Livre d'Or de l'Alchimie. Et c'est par le biais de cette discipline dont il a fait le cœur de sa démarche intellectuelle qu'il nous livre ici un décryptage audacieux, celui des contes de Charles Perrault . Audacieux parce que, pour bon nombre de lecteurs, ces petites pièces littéraires ne sont rien d'autres que de gentilles distractions à usage enfantin. Charles Perrault était-il un alchimiste caché ?
Je ne pense pas que Charles Perrault était un alchimiste dans l'acception pratique. Mais il était, à mon avis, un membre d'une confrérie rosicrucienne. Les références symboliques dans Cendrillon, le petit poucet ou le chat botté sont flagrantes. A l'époque de Perrault, les associations, groupes, et sociétés secrètes connaissaient un succès sans précédent. Or, les rose-croix avaient réadapté le vieux langage hermétique du Moyen Âge, par trop obscur, et l'avait exposé en une doctrine rationnelle. La littérature publiée eut un succès énorme dans toute l'Europe. Et le lien entre les ordres rose-croix et les hermétistes est historique.
Regarde Cendrillon (définition du dictionnaire : femme qui se tient près du foyer). Le petit chaperon rouge et le loup gris, couleur de la matière du sel philosophique en son état naturel, la galette, rappel des stries qui se forment pendant la cuisson du soufre philosophique (ça, je peux l'attester, je l'ai vu), le petit poucet, tel un mercure ailé avec ses bottes de sept lieues, ou sept lieux ? les sept métaux planétaires, les sept frères.
Perrault avait une teinture de science, c'est sûr. Je ne suis pas le seul à l'avoir dit. Fulcanelli et Canseliet le citent plusieurs fois.
Dans ce livre, il est vrai que le conte me sert de support pour expliquer les arcanes du Grand Oeuvre. En cela, je respecte aussi une tradition des grands auteurs hermétiques[16].


Je m'empresse de demander à Jean-Pascal un exemplaire supplémentaire pour notre amie odésienne Agnès Rivendal de Gdansk. Une amie qui s'est mise en tête de traduire les travaux alchimiques de notre hôte en polonais......... Une affaire assurément à suivre.......

 

Bon, allez, au boulot ! ! ! ! Matinée théorique et après-midi pratique. Mon propos n'est pas ici de refaire l'enseignement de Jean-Pascal, ses bouquins sont là pour cela ........ Et de plus si vous allez suivre son séminaire, il vous remettra une petite brochure de synthèse fort bien faite que je pillerai sans vergogne pour ce reportage. Je me bornerai ici à retracer l'ambiance, le vécu de cette réunion étonnante......

Denia et Mithra

Nous sommes dans le salon. L'Alchimiste est assis sur le bord de la cheminée, et Dénia fera des apparitions plus ou moins prolongées, au rythme des humeurs de ses adorables bambines. Ici, l'Alchimie est familiale.......

Jean-Pascal va droit au but ; l'alchimiste cherche à retrouver le divin, il descend dans la matière pour en percer les secrets et sa démarche passe par la fabrication de l'or (le métal parfait) et par la confection de l'élixir de longue vie (une approche de la vie éternelle). Il sort de sa bibliothèque Le Mystère des Cathédrales de Fulcanelli et balaye d'un revers de la main l'Alchimie spéculative.

........ Il reste impossible de faire une synthèse avec le livre hermétique seul. Il faut donc étudier d'autres domaines. La pensée d'Hermès s'est répandue dans beaucoup de cultures. Il fallait donc étudier des domaines où se manifestait cette présence discrète. En premier, les nombres vus sous l'angle de Pythagore et de Platon. Même si cette branche du savoir a ses limites, elle a l'immense mérite de clarifier les nombres bornes pour l'alchimiste. En second, l'herméneutique sacrée des religions polythéistes et monothéistes. Je passerais rapidement sur l'étude des monuments anciens, comme les pyramides et les cathédrales, monuments où les harmonies architecturales passent par des nombres à dimension sacrale. Enfin, il faut s'instruire en astronomie, en histoire ancienne, en Kabbale et dans bien d'autres domaines.
Arriver à la synthèse théorique du Grand Oeuvre n'est pas pour autant évident. Elle se fait lentement, et c'est là la véritable initiation hermétique. Cette sorte de conjonction mentale prend des années. J'espère que chacun sait que la démarche ésotérique est loin d'être un loisir que l'on pratique après le métro-boulot-dodo comme on pratiquerait un sport défoulatoire ou un lobby genre philatélie ou maquettisme. Moi, j'en ai retenu une formidable somme de travail, de nuits blanches ou agitées, de bouleversements mentaux difficiles à gérer dans la vie quotidienne ; mais aussi une joie libératrice absolument unique[17].

Je l'ai dit, Jean-Pascal est fils de bijoutier, et commencera la vie active aux côtés de son père. Un père alchimiste, mais un père qui se refusera toujours à lui mâcher la tâche. Tu n'as qu'à chercher. Sa seule contribution fut de lui offrir le fameux Mystère des Cathédrales, un livre qu'il refermera à de nombreuses reprises avant de le dévorer enfin. C'était pendant son service militaire. Puis ce fut la rencontre avec Roger Guasco, une rencontre qui le mit définitivement au travail.

Jean-Pascal aborde les différentes voies qui s'offrent traditionnellement au chercheur.

La voie du fer et de l'antimoine, associée à un sel double de potasse
La voie du mercure, associée à un sel de potasse.
La voie aéro-solaire, évoquée par Alexander von Bernus, qui semble être une voie utilisant quatre sels sur lesquels la composition demeure absolument gardée.
La voie de la pechblende et du wolfram, voie extrêmement dangereuse, comme on a pu le voir à Nuremberg en 1561 (vitrification d'un quartier de la ville).
Enfin, les voies spagyrico alchimiques, qu'il qualifie encore d'inter-règnes, la voie du miel, du gui ou du vin.[18].

Je vous fais grâce ici des plaisanteries odésiennes sur la voie du vin ou voie de Bacchus.

Il n'y a pas de voie miracle ; c'est à chaque chercheur de choisir la sienne, celle dans laquelle il se " sent ". La voie, ou plutôt la démarche de Jean-Pascal ne manque pas d'originalité. Se mettre dans la tête d'un alchimiste du début de notre ère, et éliminer tout ce qui n'était pas connu des Anciens.... Il appelle cette voie la voie de synthèse arabo-juive ou voie des amalgames.

Morgane et Pernelle se disputent dans leur chambre.......

Il faut casser la mémoire de la matière pour en faire autre chose. C'est toute la démarche de la recherche de l'Or Chymique.

Le métal en état de perfection est l'or.
J'ai eu des doutes pendant longtemps quant à cette affirmation alchimique. Car d'autres métaux présentent des caractéristiques d'inaltérabilité, de radioactivité qui donnent à penser que l'affirmation alchimique citée présente avec les découvertes contemporaines bien des défaillances.
Nous connaissons maintenant des métaux comme le tungstène, le radium, l'uranium que les anciens alchimistes ne connaissaient pas. Cette source de doute quant à la sériosité de la maxime alchimique a trouvé sa solution par comparaison avec les autres règnes vivants (encore une triade, le règne minéral, le règne végétal, le règne animal).
Nous, les alchimistes, nous pensons que la vie est présente dans le règne minéral. Par vie, j'entend pouvoir évolutif. La pierre philosophale, cette quintessence aurifique que nous cherchons tant d'années est en quel- que sorte un accélérateur harmonieux d'évolution des métaux. Les alchimistes pensent que le grand organisateur du macrocosme a répandu son sel vivifiant dans toutes les matières.
A observer le règne végétal et le règne animal, on s'aperçoit que bien des espèces sont éteintes. Les raisons en sont multiples. Mais on s'aperçoit aussi que la nature évolue tous azimuts, sans ligne directrice, en explorant toutes les possibilités mutatoires. Il en est de même pour le règne métallique. Selon les conditions, les minerais vont évoluer différemment. Si l'or est le métal parfait, arrivé au terme de son évolution, c'est que les conditions terrestres dans lesquelles le minerai a évolué permettaient -une harmonie. Les autres métaux cités plus haut n'ont pas eu ces conditions et ont évolué différemment. Seulement, dans le règne métallique, une déviance met des milliers de siècles à s'éteindre (on trouve dans la nature des minéraux radioactifs ; le plus courant est le granit de Bretagne, déjà légèrement radioactif. De là à penser que le granit et ses dérivés soient les ancêtres des matériaux radioactifs, pourquoi pas ?).[19]

Les fillettes se sont calmées. Sylvain, d'habitude bavard au point de ne jamais écouter celui qui parle, semble fasciné. Emmanuel et Michaël noircissent leurs cahiers de notes. Jack médite. Claire est à l'affût du Grand Secret.........

Jack médite....

L'or, la pierre philosophale.......... Et l'élixir de longue vie ? La pierre philosophale est une pâte très lourde, inaltérable. On la dissout dans de l'alcool ou du vin blanc, et on boit ce breuvage en petites quantités. Mais attention ! ! ! ! ! Le premier effet est une perte des dents et des cheveux..... Pas de panique ; cela repoussera, et chacun sait que nous avons dans la mâchoire les embryons d'une troisième dentition. Vie éternelle, longue vie ? Le vieillissement est la conséquence de l'accumulation dans l'organisme de métaux lourds. Le liquide philosophal permet de les éliminer, ou peut être de les transmuer en or, et de repousser les limites de la vie. Et de citer les anecdotes bien connues d'alchimistes célèbres rencontrés bien après leur centenaire théorique. Cagliostro ou Saint-Germain, Sethon également, revu après sa mort civile sous le nom de Cubraith, et plus près de nous Fulcanelli. Chose étrange, les alchimistes célèbres, supposés avoir réalisé le Grand Œuvre, ont tous disparu mystérieusement. Evaporés........

Bon, alors, on fait comment ? Jean-Pascal insiste sur l'importance du bois, et plus particulièrement du chêne dans le processus de mutation.

....... On sait que les alchimistes anciens ont toujours mis le chêne à l'honneur dans l'iconographie hermétique.
Si vous souhaitez procéder comme eux, abattez un chêne de taille moyenne pendant une Lune descendante (les jardiniers comme les bûcherons connaissent les influences de la Lune. Le bois abattu se conserve mieux, sèche sans se putréfier quand il est abattu en Lune montante). Récupérez beaucoup de feuilles et de brindilles, débitez le tronc et fendez les bûches trop grosses. Mettez le tout à sécher dehors le temps qu'il faudra. En moyenne, si les morceaux ne sont pas trop gros, une bonne année suffit. En allumant ensuite le feu avec les feuilles sèches, vous brûlerez tout votre arbre. Finement tamisée ensuite, la cendre permet par les dissolutions d'obtenir le loup gris (Je pense d'ailleurs que les anciens alchimistes opéraient dans des fûts de chêne, d'où le symbolisme de Latone).[20]

Et puis bien évidemment, arrive le moment de parler de la rosée. Un liquide mystérieux qui m'a toujours fasciné et dont Armand Barbault traite longuement dans son fameux Or du Millième Matin (cf supra). Rendons la parole à Jean-Pascal

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La rosée rentre donc dans les préparations, les travaux préparatoires du G.O., en cela que cette eau influencée par le rayonnement lunaire possède des qualités que même l'eau de pluie n'a pas.
Si les anciens tenaient la rosée en très haute estime, c'est que les qualités de cette eau de condensation nocturne les surprenaient. En premier, les lavandières s'étaient aperçues que le linge mis à sécher dehors les nuits où la Lune est pleine étaient plus blancs. Il ne faut pas oublier que les gens d'antan pratiquaient comme nous. Ils faisaient bouillir de l'eau dans des contenants. Les dépôts des eaux de source autour de ces contenants leurs prouvaient que cette eau n'était pas pure. Mais avec de l'eau de pluie ou de la rosée, cette eau ne laissait pas de dépôt. La rosée intriguait car elle ne provenait pas de la pluie, et était périodique. Les choses simples de l'observation.
Les apothicaires, toujours à l'affût de bonnes affaires, vendaient de la rosée aux dames pour qu'elles se blanchissent le visage (rien ne change en ce bas monde).
On sait maintenant pourquoi la rosée lave plus blanc : lors de sa condensation nocturne, les micro gouttelettes se chargent dans l'atmosphère de quantité appréciable de peroxyde d'hydrogène, qui possède un pouvoir oxydant et décolorant.
Quant à faire entrer le liquide dans le Grand Oeuvre, c'est une absurdité d'ignorants qui écrivent en se targuant de connaître, alors qu'ils n'ont jamais travaillé au fourneau.
Mais la rosée est indispensable pour la préparation du sel philosophique. C'est bien avant le premier Oeuvre qu'il faut commencer à récolter sa rosée, de façon à disposer de beaucoup de cette eau pour les rinçages du matériau dont on extraira le sel philosophique.
La pollution atmosphérique terrestre a compliqué les choses (pour se donner une idée, les touristes comme les parisiens qui montaient au troisième étage de la tour Eiffel pouvaient, un siècle auparavant, apercevoir les Alpes par temps clair). Il est donc primordial de chercher un endroit isolé des villes et des grands sites industriels.
Méfiez-vous de même des campagnes polluées par les activités de traitements agricoles.

Voici donc ma méthode pour récolter de la rosée
C'est bien plus simple qu'il n'y paraît. Il suffit d'être un tant soit peu méticuleux.
On sait que c'est aux alentours de la pleine Lune que le dépôt de rosée dans la nature est le plus important. La raison est simple : lorsque la Lune brille, il n'y a pas de nuages. Or les nuages servent de protection calorifique nocturne. Il s'ensuit donc une absence de nuages qui provoque une baisse plus importante de la température nocturne (bien que ce phénomène puisse intervenir dans d'autres phases lunaires ou sans raisons visibles, mais moins catégoriquement. Le 15 août de l'année 1998, chez moi, alors que la Lune était nouvelle, une quantité impressionnante de rosée s'est déposée. La nuit, le ciel était sans nuages, mais il n'y avait évidemment pas de Lune. Est-ce dû en ces saisons chaudes à la grande amplitude de température nocturne diurne, et le fait que le sol soit chaud depuis plusieurs jours ?), s'accompagnant d'une importante condensation, favorable à la dissolution lente des agents oxydants.


Je procède avec des bâches plastiques transparentes et de qualité alimentaire, (cela fera peut-être hurler les partisans de la tradition, mais j'estime que quand le progrès nous aide, autant l'utiliser ; on chauffe bien ses vaisseaux au gaz ou à l'électricité), fixées à dix centimètres du sol grâce à des petits piquets eux aussi en plastique de même qualité (on peut aussi pratiquer, pour les adeptes de la Tradition, avec des draps de lin ; mais il faut en acquérir de qualité supérieure, et dont on doit absolument être sûr de leur composition. De plus, il faut être à deux pour les tordre, ce qui n'est pas toujours le cas, hélas, vous saurez pourquoi. Par contre, il est vrai et avéré par l'expérience que le volume quotidien de récolte est largement supérieur, la capillarité du tissu favorisant l'imprégnation, tandis que les matières plastiques ne permettent qu'un écoulement. De plus, en utilisant des bâches, on perd pratiquement toute la rosée qui sourd du sol.
Je les met en place le soir dès que le soleil est couché (entre chien et loup), et je vais récolter le matin avant le lever du soleil. Pour cela, il est indispensable d'utiliser une cuillère en plastique elle aussi de qualité alimentaire. Je verse directement dans le contenant grâce à un entonnoir plastique. La Tradition affirme que le postulant ne doit pas toucher sa rosée avec les mains.
On peut évidemment pratiquer à chaque pleine Lune, mais la Tradition hermétique préférerait le mois de Mars, pour le renouveau de la nature et la conjonction diurne entre le soleil et la lune. Ce n'est d'ailleurs pas la seule période de l'année où 1"astre solaire et l'astre lunaire sont tous les deux visibles de jour.
Quant au stockage, j'ai toujours utilisé des contenants en verre, que je scelle quand ils sont pleins avec une pastille en verre et de la colle silicone de qualité supérieure, translucide (celle qui sert à coller les aquariums est parfaite). Mais un bouchon plastique scellé (genre bouchon de bouteille de cidre plastique), de la même manière, fait aussi bien l'affaire.
Si votre rosée présente des impuretés, comme des bouts de feuilles ou des insectes, il faut la filtrer avec un filtre à café en matière plastique mis dans l'entonnoir. Ne pas prendre un filtre à café en papier, à cause des petits débris de cellulose (on peut aussi directement mettre un coton dans le goulot de l'entonnoir). Ensuite les bonbonnes, pleines à ras bord, sont stockées au frais, et à l'abri de toute lumière, naturelle comme artificielle (une cave obscure est idéale, car les amplitudes de température sont minimes).
Comme vous le voyez, l'opération est simple. Les écrivains alchimistes spéculatifs ont toujours tendance à compliquer.[21]

Préparation des métaux

Je regarde par la baie vitrée du salon. La bâche est étendue sur la pelouse du jardin.......

Comme je l'ai indiqué, Jean-Pascal habitait auparavant en région parisienne. Et de nous décrire avec beaucoup d'humour ses travaux alchimiques en appartement. Les manipulations dégagent fumées et vapeurs toxiques. Et il avait eu l'excellente idée de faire cracher les émanations de son fourneau de cuisine dans les gaines d'aération de l'immeuble. Stupeur des voisins qui chercheront pendant longtemps la provenance de ces mauvaises odeurs. Curiosité également des mêmes à la vue de ce mystérieux aquarium logé sur le balcon de l'appartement et dans lequel se produisaient d'étranges évaporations.

Il y a de cela quelques années, je vivais en appartement en région parisienne et j'avais construit un petit fourneau en tôle avec ventilation extérieure. La porte de mon fourneau était une porte d'insert de cheminée. La technique était simple et pratique. Avec cette grande vitre, frontale, je voyais très bien ce qui se passait. J'ai donc commencé ma mise en Oeuvre en respectant la tradition, au 21 mars de l'année. Tout se passait bien. Comme moyen de chauffe, j'avais acquis des lampes thermogènes que je réglais avec un potentiomètre, ce qui permet d'obtenir une précision de température inégalable. Dans mes deux vaisseaux de verre fermés maturaient tranquillement les substances citées précédemment, se transformant en une pâte colloïdale. En mai, je prévoyais déjà l'ouverture de mes vaisseaux et le second Oeuvre, pour arriver au fameux mercure double igné, et remettre ensuite à cuire dans un grand vaisseau. Mais c'était sans compter sur les coupures d'électricité à répétition, suite à des travaux dans l'immeuble, qui ont gâché mes travaux. C'est pour cela que je préfère un chauffage autonome.[22].

Tout cela pour dire que, même si vous ne disposez que d'un minuscule studio, vous pouvez tenter de réaliser sans peine de Grand Œuvre. Jean-Pascal cite dans sa brochure un texte de Gilles Kerlorc'h qui devrait achever de vous convaincre ! ! ! ! [23].

Pour ne plus que l'air de votre cuisine embaume les vapeurs de plomb fondu, au moment du dîner.
Avant que la hotte aspirante ne rende l'âme dans une dernière inspiration bronchitique.
Et que votre -épouse ne déboule ventre à terre, fulminante de vous voir utiliser la plaque à gaz pour une mixture bien peu culinaire ; nous allons ici, par un bricolage simple à réaliser, créer une petite forge à métaux, qui vous permettra de fondre vos trouvailles inintéressantes.
Prenez votre caddy, et partons ensemble pour quelques emplettes mécaniques. Premier arrêt, une casse-auto
Choisissez d'abord une jante de voiture en bannissant celles en alu qui résistent mal aux fortes températures. Les jantes de 4L sont selon moi idéales, en acier résistant et présentant sur leurs faces internes une vasque suffisante pour en faire le contenant de votre future forge.
Quelques rangées de voitures plus loin, prélevez un ventilateur de radiateur fixé à son moteur; de préférence optez pour un avec des pales métalliques.
Enfin, procurez-vous une batterie de 12 Volts, en état de fonctionner bien entendu.
Second arrêt, un magasin de bricolage :
Prenez une bande de tôle d'une longueur de 120 centimètres pour 40 centimètres de largeur (cette bande est à adapter aux dimensions des éléments que vous allez vous procurer). Du grillage à fines mailles. Trois barres de section carrée de 80 centimètres chacune, feront des pieds très respectables. Enfin, terminez vos courses avec un assortiment de tiges filetées et de boulons.
Vous voilà en possession d'un grand mécano, prêt à être monté. Fixez tout d'abord les trois pieds sur la jante à égales distances les uns des autres. Pour cela, percez avec une mèche à acier, les trous qui accueilleront les tiges filetées dans la roue et les barres, au moins deux points de fixation par pied.
Votre support ne boite pas et la face creuse de la jante est tournée vers le haut. Le ventilateur muni de son moteur est fixé à l'aide de ses supports sur la base des pieds, hélice vers le haut, à au moins cinq centimètres du sol. Plus le centre de gravité sera bas, plus votre forge sera stable (voir croquis). Pour ne pas vous blesser avec la rotation des pales, vous pouvez poser un grillage tout autour des pieds au niveau du moteur et de son hélice.
Il est possible de se procurer des ventilateurs beaucoup plus puissants, en l'occurrence ceux servant à refroidir les chambres froides, chez les ferrailleurs ou les brocanteurs ; par contre ils sont à brancher sur le secteur.
Vous allez ensuite donner à votre plaque de tôle, une forme circulaire en la plaçant entre les trois pieds de la forge. Veillez à ce que ce tube s'inscrive parfaitement dans la base de la jante, puis fixez le aux trois barres. Ce tube de tôle permettra de canaliser l'air produit par le ventilateur et de l'orienter avec plus de force pour raviver les braises. A ce propos, les jantes de 4L sont ajourées de trous sur leur surface extérieure, leur placement est circulaire. Il est donc souhaitable de pratiquer d'autres trous avec une mèche à acier, un peu partout dans la vasque pour que l'air soit réparti équitablement et que la chauffe ne soit pas centrée sur un seul point.
Pour terminer, posez un grillage d'acier de très fines mailles au fond de la vasque, ceci évitera aux braises de s'échapper par les trous de ventilation et de détériorer le moteur.
Vous pouvez dès à présent, brancher le ventilateur sur la batterie à l'aide de pinces crocodiles, pour un premier essai. Du charbon de barbecue fera un très bon combustible pour votre forge, cependant les boulets de la même matière que l'on peu encore trouver au fond de certaines caves ont un pouvoir calorifique bien supérieur.
Pensez à vous mettre en extérieur quand vous faite fonctionner votre forge, car des petits morceaux de charbon incandescent s'envolent souvent avec le souffle du ventilateur.


Vous pourrez avec cette forge, fondre les métaux les plus courants trouvés en prospection. De l'Etain, avec sa température de fusion à 23° en passant par le Plomb à 327°, le Zinc à 419°, l'Aluminium à 660°, voire même l'Argent à 961°. Cette forge ne sera pas assez puissante par contre pour fondre les métaux avec une température de fusion supérieure, comme le Cuivre ou l'Or.
Pensez au gain d'énergie que vous allez faire, cet outil ne consommant que du charbon et peu d'électricité en comparaison au gaz de votre cuisinière ou de votre bleuet.
Un dernier conseil pratique, même en extérieur, les métaux en fondant produisent des vapeurs qui peuvent êtres toxiques, prévoyez toujours un masque filtrant pour protéger vos voies respiratoires.
Gilles KERLORC'H, 1998 (c)

Il est 12h30, et nous devisons à bâton rompu sur la démarche de notre ami. Pourquoi cette aventure ? Je n'en sais rien, de la passion, et bien sûr le désir ardent de trouver la Pierre Philosophale. Mais où en es-tu exactement ? Réponse sibylline qui est en elle même tout un programme : on est rien tant que l'on n'a pas réussi.....
Et le vécu dans tout cela ? Il faut beaucoup d'amour pour les métaux. Lorsque je travaille, il m'arrive souvent de constater que le temps a disparu, qu'il s'est arrêté, un peu comme lorsque l'on fait l'amour......

Claire et votre serviteur

Malgré le temps orageux et les petites ondées sporadiques, nous passons sur la terrasse pour déjeuner. Dénia a préparé du kir, Emmanuel propose de la Fée Verte. Sur une table de jardin mature une étrange mixture philosophique jaunâtre. C'est ici mon principal laboratoire, l'air libre et le soleil. Les conversations vont bon train, alchimie, ODS et amitié se mélangent joyeusement autour d'un sympathique barbecue. Jack me confie en aparté son nouveau projet, celui de réaliser un fanzine sur le Paris Esotérique. On ne l'arrêtera jamais. Je crains le pire, c'est à dire un nouveau pavé.........
Le magnum de champagne aide à clôturer ce moment de détente......
Le téléphone portable de Claire sonne ; c'est un de ses élèves qui lui annonce qu'il vient de rater son bac. Elle lui répond sèchement : écoute je suis en stage d'alchimie et je bois du champagne ..... Pauvre gars ! ! !

 

Et débute la phase pratique de notre journée. Le laboratoire-atelier est situé à l'extrémité de la maison, près de la rivière. Une sorte de petite remise. Grosse déception en y pénétrant ; pas de gigantesques cornues remplies de liquides colorés et bouillonnants, pas de manuscrits parcheminés, pas de pentacles magiques au sol, pas d'improbables toiles d'araignée....... Non, un fourneau et une foule d'ustensiles parmi lesquels un sèche-cheveux qui sert à attiser les braises. L'homme de la rue ne devinerait pas ce qu'il se trame dans cette antre.
Non, je n'ai pas de manuscrits, je ne note rien, tout est dans ma tête. Et Jean-Pascal de nous expliquer que toutes ses notes lui ont été dérobées, et qu'il ne recommencera pas .

Al fourno

L'alchimiste insiste beaucoup sur l'importance du feu dans le travail.

Les différents feux. Méthode de Paracelse. Paracelse avait imaginé un système ingénieux. Il mettait ses vaisseaux dans un mélange de crottin de cheval et de chaux. Ainsi, avec un dégagement de chaleur sans flamme, il pouvait monter de 32°C à 80°C tout en exposant ses vaisseaux à la lumière solaire et à la 1umière lunaire.
Le bain-marie. Attribué à Marie la Juive, c'est une très bonne méthode de chauffe. On peut avec un petit aquarium et des résistances chauffantes électriques, des thermostats et des potentiomètres réaliser une petite étuve qui permet de monter jusqu'à 60 °C. La seule chose à surveiller est la hauteur de l'eau.
Enfin, on peut travailler avec le charbon pour les chauffes violentes, mais ce sont les préparations des matériaux avant le 1er Oeuvre.
On peut aussi travailler avec le gaz, mais cela demande une attention plus soutenue.
Je me dois de revenir sur le feu secret. Pour moi, dans la symbolique touffue des siècles précédents, le feu secret est le sel, qui sert de fondant dans la voie sèche comme dans ma voie. C'est un sel d'union.
La différence entre une brasure et une soudure est là. Dans une brasure on chauffe les morceaux de métaux jusqu'à leur température de fonte et on les brase sans additif.
Pour une soudure d'or ou d'argent, par exemple, on chauffe jusqu'à température au rouge, mais on a pris soin d'enduire d'un sel (le borax), qui va permettre de coller entre les deux morceaux de métal un troisième, sans aller jusqu'à une température de fusion. Le sel sert de trait d'union pour inclure le troisième métal.[24].


Suivent une série d'expérience portant sur la fabrication de produits aux noms délicieusement poétiques. Le Lait de La vierge, ou encore le Lion Rouge.


La première conjonction à réaliser est une crème de sulfates (dans la phraséologie actuelle, on appelle cela des colloïdes). Il faut pour cela mélanger en quantité égale du sulfate de fer et de cuivre. Dans un creuset réfractaire, chauffer d'abord lentement, puis, quand le mélange ne bruite plus,. il faut dans ce cas chauffer au chalumeau, par le dessus et violemment. Le mélange carbonise en surface et rougit en dessous. Cette opération est rarement couronnée de succès. Il faut acquérir la main métallique. Travailler à l'intuition, au "feeling", comme on dit maintenant. Quelques précisions : pour moi, travailler au "sentir" n'a rien d'empirique. C'est " renifler " le moment où je me sens en phase avec ma nature pour travailler les métaux. Des fois le jour, des fois la nuit, il m'arrive de ressentir d'un seul coup l'envie, le besoin et une sorte de plénitude qui me provoque un espace mental où je sais que je peux tirer la quintessence de mon labeur. Mon dernier exemple, et il date de peu, le trente avril de cette année, en plein après-midi, j'ai ressenti le besoin d'aller faire un colloïde de sulfate de cuivre et fer. Je pensais en faire un beau à envoyer à un ami du sud de la France. Devant ma table de travail, j'ai regardé et j'y ai vu plusieurs têts en porcelaine et creusets de ratés. A ce moment, l'idée a changé : j'ai repris tous ces essais, je les ai réunis et broyés. Mis en chauffe, j'ai obtenu un de mes plus beaux colloïdes pour cette année et l'année passée. De plus, j'ai remarqué que la réussite est optimale les quinze jours précédents les équinoxes. Il y a à ce moment des conjonctions qui favorisent cette opération.

L'autre lion rouge est le réalgar, que l'on devra mélanger dans la proportion d'un tiers au sulfosel crémeux. Mettre en vaisseau fermé et commencer la sublimation.
Pour le mercure, si faire du sulfate d'argent et du sulfate d'étain ne présente pas de problème particulier, le sulfate de plomb devait ennuyer sérieusement les alchimistes.
Pour faire du sulfate de plomb (PBS04), il faut partir du nitrate de plomb, soluble dans l'eau, et d'ions S04, sous forme de sulfate de sodium, solubles eux aussi dans l'eau. Le mélange des solutions aqueuses donne immédiatement un précipité de sulfate de plomb, qu'on filtre et sèche.[25].

L'assistance sera subjuguée lorsque Jean-Pascal mènera à bien la création d'un métal à partir d'un amas de cendres.....

Instant de détente qui n'a rien d'alchimique. Michaël fond un bloc de plomb et en projette des morceaux dans de l'eau afin de fabriquer des figures impossibles. Chacun repartira avec ce qui ne peut bien évidemment représenter qu'un monstre lovecraftien......

Il est 19 heures, et nous devons rejoindre la capitale et ramener Mithra à la gare du Nord. Sylvain, son amie et Emmanuel restent dîner.

Jean-Pascal me dira le lendemain par téléphone : l'ODS a une égrégore exceptionnelle ; toutes mes manipulations se sont opérées sans problème ; et je peux t'assurer que ce n'est pas toujours le cas. ! ! !
Alors, si cette aventure vous tente, faites signe à notre ami et recommandez vous de Murmures d'Irem. Le meilleur accueil vous sera réservé et vous serez assuré de passer une journée de passion et de découvertes enrichissantes.


[1]Paru dans la collection " Questions de Science " chez Hachette.
[2] Attribuée au Comte Saint Germain. Rééditée en 1971 par la Bilbiotheca Hermetica chez Denoël.
[3] Correspondant en Alsace de l'ŒIL DU SPHINX.
[4] Paru dans Murmures d'Irem 2
[5] Paru dans Murmures d'Irem 4
[6] Les différentes citations de J.P.P. sont extraites de son interview publiée dans Murmures d'Irem 8
[7] Extrait de la brochure du séminaire.
[8] Extrait de la brochure de stage.
[9] Fulcanelli et le Cabaret du Chat Noir.
[10] PO Box 60729, Sunnyvale, California 94088-0729 ou Missouf@aol.com
[11] The Esoteric Substance of Voltarian Thought, chez l'auteur.
[12] The Poetic Enigma of Alfred de Vigny, The Rosetta Stone of Esoteric Litterature, chez l'auteur.
[13] Denise prépare un nouvel ouvrage, cette fois sur le Petit Prince.
[14] Patrick Ferté, Arsène Lupin Supérieur Inconnu. La clé de l'oeuvre codée de Maurice Leblanc.(Du secret de l'Aiguille Creuse aux mystères de Rennes-le-Château par les souterrains de l'Histoire), Paris, 1992, Guy Trédaniel Editeur, 76 rue Claude-Bernard, 75005 Paris, 554 p, 160F. En Librairie ésotérique ou à commander à l'éditeur.
[15] Extrait d'une interview publiée dans MURMURES D'IREM (no 5).
[16] Extrait de l'interview de Jean-Pascal Percheron, publiée dans MURMURES D'IREM no 8.
[17] Extrait de la brochure de stage.
[18] Extrait de la brochure de stage.
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[23] reproduit avec l'aimable autorisation de la revue " Les Trésors de l'Histoire ".
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